Cinq questions à la journaliste marocaine  Rim Mathlouti | Nathalie Galesne
Cinq questions à la journaliste marocaine Rim Mathlouti Imprimer
Nathalie Galesne   
Après l'attentat de Casablanca perpétré en 2003 qui fit 45 victimes, c'est  Marrakech et sa célèbre place Jama el Fnaa qui ont été, le 28 avril, la cible du terrorisme islamiste. Pour l'heure les doutes pèsent sur Aqmi. Le dernier bilan de l'attentat  fait état de 16 morts. Les Marocains, qui ont condamné à l'unanimité cet attentat, sont choqués, tristes et continuent de revendiquer leur caractère pacifique. Ils craignent, en outre, de voir ralentir le processus des réformes démocratiques annoncées par Mohammed VI.

Ce drame intervient à un moment délicat . En effet le Maroc n’est pas épargné par le vent de protestation qui souffle sur l’ensemble des pays arabes. La troisième grande manifestation organisée dimanche 24 avril à l’échelle nationale a rassemblé plusieurs milliers de personnes. C’est de loin à Casablanca que la contestation a été la plus vive avec environ 5000 manifestants.

Le régime semble avoir choisi de ne pas se heurter frontalement à un mouvement, là encore, composé en grande majorité de jeunes. Cette jeunesse, qui refuse de voir sa révolte récupérer par les partis, incarne à elle seule ce sentiment de dégoût et de ras le bol face à l’absence de perspectives qui enlisent leur avenir. Les revendications sont une fois de plus très proches de celles exprimées dans les autres pays arabes : changements, réformes démocratiques, et surtout lutte contre la corruption.

Cinq questions à la journaliste marocaine  Rim Mathlouti | Nathalie Galesne

Cinq questions à la journaliste free lance Rim Mathlouti

Pensez-vous qu’à l’exemple d’autres pays arabes, la révolte des jeunes marocains peut croître au point d’inquiéter réellement la monarchie?
Je pense que la révolte des jeunes marocains inquiète déjà la monarchie. Elle y a répondu rapidement et gagne du temps en annonçant un changement de la constitution en juin. Changement qu'elle promet depuis 10 ans.

Comment la protestation s’organise-t-elle au Maroc, qui en sont les leaders? Est-elle plus importante à Casablanca?

Elle est dans l’ensemble assez mal organisée. Le point de ralliement et d'info reste le collectif du 20 mars qui regroupe un certain nombre de jeunes qui n'appartiennent à aucun parti politique. La protestation est sans nulle doute bien plus importante à Casablanca qu'ailleurs. El Hoceima est également très active.

Comment définiriez-vous ce mouvement et comment est-il perçu par le Marocain moyen?

Ce mouvement a évidement été encouragé par les événements qui ont eu lieu dans les autres pays arabes. Ici, même s'il y a eu des arrestations et des passages à tabac, le Roi n'a pas tiré sur les citoyens et n'a donc pas donné de raison valable à un énervement sans limite. Le mouvement est complétement freiné par l'avis de la majorité et surtout par la stratégie de réponse du Palais royal. Le marocain moyen pense que le Roi n'a rien à voir avec les dictateurs d'ailleurs. Il ne prend pas la mesure de l'oligarchie existante ! Les marocains sont bien moins éduqués qu'en Tunisie ou en Egypte et estiment que M6 (Mohammed VI) a déjà fait avancer le pays. Ils le disent d’ailleurs très clairement en ces termes : “ils aiment leur Roi et ne souhaite pas lui couper la tête”.

Comment voyez-vous l’avenir?

La révolte n'aura pas lieu vraiment cette année. Le Roi va annoncer des réformes fortes qui calmeront (pour un temps) les plus révoltés. Ici on n'attaque pas un dictateur, mais un système. La cible n'est pas aussi concentrée qu'elle était en Tunisie ou en Egypte.
En revanche, je pense elle peut murir et devenir bien plus forte plus tard.

Propos recueillis par Nathalie Galesne
(02/05/2011)


mots-clés: