Le Maroc en route vers la révolution?  | Rim Mathlouti
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Rim Mathlouti   
Plus que jamais, il règne une ambiance de patriotisme dans tout le pays. Le lendemain des manifestations du 20 février, les panneaux d’affichage grand format ont été recouvert d’une main de fatma portant le slogan «touche pas à mon pays» en arabe et en français, les drapeaux marocains flottent au vent et le Roi Mohamed, VI qui a passé une dizaine de jours à Marrakech, a accompli ses prières du vendredi dans les mosquées de la ville touristique comme pour rappeler qu'il est un Roi de droit divin. Peuple croyant, les marocains ne demandent pas son éviction même si tout le monde sait qu'il est un homme d’affaire important. En 2008, le magazine américain Forbes l’avait classé à la tête de la septième fortune royale du monde sur une liste de quinze monarques. Il devance les émirs du Golfe avec une richesse multipliée par cinq en dix ans selon le même journal.

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Le 20 février, les Marocains sont sortis dans les rues pour manifester pacifiquement leur désespoir et réclamer un changement. La stratégie du gouvernement a été, dans un premier temps, de jouer la carte de la désinformation, de discréditer les jeunes, et de ne pas faire intervenir les forces de l’ordre. Du coups, à Marrakech, de grandes enseignes ont été saccagés sous les yeux des policiers. Le soir même, une campagne d’arrestations et d’intimidations a commencé. L’association marocaine des droits de l’homme (AMDH) est devenue la bête noire des autorités et une de ses principales cible. Depuis, la violence, le passage à tabac et les arrestations policières accompagnent toute forme de rassemblement.

« On aime notre Roi Mohamed VI ! ». C’est le slogan qui a pu être entendu lors des manifestations et lu sur les pages Facebook des jeunes. « On aime notre Roi » c’est aussi une réalité qu’il faut prendre en compte. Une partie des Marocains crie à qui veut l’entendre que le Maroc n’est pas la Tunisie, ni la Libye. « Ici on n a plus de liberté depuis que Mohamed VI a remplacé son père, les villes se sont développées » raconte une mère de famille de 26 ans. En effet, depuis son intronisation il y a dix ans, Mohamed VI a ouvert la porte au pluripartisme et à la liberté de la presse entre autres. Les hommes peuvent parler de sujets politiques aux terrasses de café sans être arrêtés, et il n’est pas rare de voir les diplômés chômeurs en sit-in sur les places de Rabat. Les jeunes se sentent libres même si pour certains il ne s'agit que d'une liberté de façade.

Le pays est officiellement en transition vers la démocratie, les Marocains peuvent voter pour des députés. A ces arguments, Fati, une étudiante répond qu‘«ils sont tous corrompus, et de toutes façons (qu’) ils n’ont aucun pouvoir » Dans les faits, les députés discutent des lois, débattent, mais la constitution est fondée sur l’unité du pouvoir du Roi, et la séparation des fonctions législatives, exécutives et judiciaires i n’ont pas de statut de pouvoir à proprement parlé. Ainsi, le parlement n’a pas de réelle légitimité. On comprend également pourquoi les dernières élections ont enregistré 63 % d’abstentionnistes. « On ne veut plus du pouvoir tel qu’il est, on ne veut plus des grandes familles, on ne veut plus de la corruption mais on veut que le Roi reste» explique Aziz, âgé de 19 ans. Si la réforme de la constitution est exigée depuis longtemps par les partis politiques, aujourd’hui elle semble nécessaire pour le peuple.

Même si depuis le 20 février, les Marocains essayent de se rassembler et de faire face aux intimidations et à la désinformation, rien n’est clair, ni les pages Facebook, ni leurs attentes, même la motivation semble leur faire défaut. Une jeune assistante de direction de 25 ans explique qu’elle n’a pas participé aux manifestations qui, selon elle, sont mal organisées. « La plupart des revendications sont classiques. La corruption, le chômage, on est tous conscient de cela mais je ne pense pas que ces problèmes puissent se régler du jour au lendemain. Tout le monde sait que le Maroc a entamé un changement depuis plusieurs années, c’est aussi aux Marocains de changer pour accompagner l’évolution du pays ».

Au contraire, les mécontents refusent d'attendre davantage les résultats d'un processus commencé depuis 10 ans. Pour Rachid, jeune travailleur«il y a deux catégories de personnes. Ceux qui ont peur pour leur morceau de pain, aussi petit soit-il, et ceux qui se battent pour une meilleure distribution des richesses, pour une équité sociale et la séparation du pouvoir et du business. La démocratie de vitrine et la monarchie éclairée a ses limites. Les gens ne demandent pas plus qu’un premier ministre qui soit capable de penser et d’agir indépendamment du bon vouloir du Palais Royal et qui assume la responsabilité de ses abus de pouvoir devant une justice équitable et impartiale. Le changement arrive doucement , le Roi commence à vendre ses parts dans le secteur bancaire et alimentaire notamment.»
Le Roi vient de mettre en place un conseil économique et social, qui selon ses propos, serait une instance consultative de cent membres, acteurs socio économiques et associatifs. Elle a pour objectif «d'impulser un développement durable». Un Conseil National des Droits de l'Homme remplace désormais un Conseil Consultatif des droits de l'Homme. Ces réponses ne satisfont pas les manifestants qui préparent un nouveau rassemblement national pour le 20 mars.


Rim Mathlouti
(08/03/2011)



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