La radio, lieu de rencontres musicales entre les peuples | Cicek Tahaoglu
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Cicek Tahaoglu   
La radio, lieu de rencontres musicales entre les peuples | Cicek Tahaoglu«Chaque peuple a ses propres chansons, et ces chansons renferment son héritage culturel. Nous pensons que si nous rapprochons ces héritages, les gens, peut-être, se comprendront mieux.»

Nous nous entretenons avec Yüksel Kilinc, à Yon Radio, dont il est le fondateur. C’est une journée chargée ; le téléphone n’arrête pas de sonner, les invités et les producteurs vont et viennent...à tavers le studio on l’on enregistre l’émission en direct.

Le parcours de Yon a commencé avec la diffusion de türküs (mot turc désignant les œuvres musicales traditionnelles du peuple turc) ; cette radio commerciale a d’abord été conçue comme une chaîne de musique traditionnelle. Quinze ans plus tard, la musique folklorique continue d’être la formule dominante. Toujours en turc, mais d’autres langues s’y sont ajoutées.

Actuellement, la programmation de Yon se compose de journaux d’informations nationales et internationales, de commentaires, d’émissions sur la culture et sur l’art, de débats, d’émissions pour enfants, et de créneaux musicaux, qui diffusent pour l’essentiel des interviews et de la musique traditionnelle.

De la musique traditionnelle: pourquoi?

Pourquoi de la musique traditionnelle ? Parce que les chansons de musique traditionnelle racontent la «petite histoire», celle des gens. Dans les chansons traditionnelles, il est possible d’être sensible à des choses comme la guerre, la paix, l’oppression, les insurrections, la douleur et la passion, même lorsqu’on n’en comprend pas la langue. La musique traditionnelle donne la parole aux femmes en pleurs et aux opprimés. La musique traditionnelle transporte le passé dans le présent, et aide les gens à se comprendre. C’est pourquoi elle est universelle.

Kilinc nous rappelle que les racines du rock sont à chercher dans la musique traditionnelle américaine.

«La musique traditionnelle, c’est la vie même, la valeur commune des gens. C’est pour cette raison qu’on diffuse aussi «Pena», une émission hebdomadaire de rock.»

Le premier partenaire, venu du Japon.
La radio, lieu de rencontres musicales entre les peuples | Cicek TahaogluLe premier partenaire international de Yon Radio venait du Japon. La chaîne compte désormais plusieurs partenariats, avec des stations de radio du monde entier.

En faisant connaître la musique anatolienne au monde, l’équipe souhaiterait par la même occasion faire connaître les musiques du monde en Turquie.

Yon a diffusé des émissions de musique traditionnelle, dans lesquelles étaient invités des musiciens, sur les musiques de Cuba, du Venezuela, de Chine et d’Arménie. Des explications instructives viennent enrichir ces émissions, afin d’aider les auditeurs à mieux comprendre ces traditions musicales et culturelles.

Kilinc est absolument enchanté de l’intérêt que le public manifeste pour ces programmes.

Suite à des émissions spéciales dans lesquelles on présentait des morceaux arméniens, qu’on expliquait en détail, nous avons eu un retour positif non seulement d’auditeurs arméniens, mais également d’autres personnes qui avaient eu l’occasion d’écouter ces chansons et de mieux les comprendre.
Tous nous ont fait savoir combien ils avaient apprécié.

Yon Radio collabore avec des animateurs de Chine et de Russie, et produit des émissions quotidiennes telles que «Hello from China», «Russia’s Voice», et «Hello from Xinjiang Uygur». Ces émissions comportent à la fois de la musique et des journaux d’information.

Emettre des deux côtés de la frontière
Le projet le plus récent de Yon Radio, c’est son partenariat avec la radio arménienne «Radio Van». Dans le cadre de ce projet, les deux chaînes partagent leurs expériences de radiodiffusion privée, ainsi que des formules d’émission, de la musique et des informations.

«Ils nous informent sur l’étendue de la diffusion radio, sur les émissions qui attirent l’attention, sur les technologies actuellement utilisées en Arménie, ils nous apprennent comment préparer les journaux d’information en arménien, et de notre côté, on leur communique l’expérience qui est la nôtre en Turquie», explique Kilinc.
Dans le cadre de ce projet, ils échangent également des animateurs. Les producteurs de Turquie vont en Arménie, et les animateurs arméniens viennent en Turquie, pour préparer les émissions et partager leurs expériences professionnelles.

Kilinc croit que « ce projet permettra aux présentateurs des deux pays de voir et de découvrir des cultures différentes, et d’en observer les effets sur la radiodiffusion dans les deux pays ».
«Les gens cherchent à apprendre les uns des autres, et chacun s’efforce d’apporter sa contribution aux autres».

La bibliothèque des musiques traditionnelles du monde
La radio, lieu de rencontres musicales entre les peuples | Cicek TahaogluYon Radio fait également office de bibliothèque de musique traditionnelle, et essaie d’étendre son réseau de diffusion internationale et d’augmenter le nombre de ses partenariats. La musique stockée dans les archives de la radio est partagée avec d’autres diffuseurs qui en font la demande.

Les archives de musique anatolienne contiennent divers exemples de musique folklorique, allant des chansons traditionnelles de la région de la Mer Noire, aux semahs (danse rituelle) alévis (l’Alévisme est l’une «branches» de l’Islam), et aux morceaux arméniens et kurdes.
Là où en Turquie existent des tensions politiques entre certains groupes, Yon essaie de rapprocher les histoires de ces dernières à travers la culture et à travers les chansons.
Kilinc souligne qu’ «il ne s’agit pas une forme d’engagement politique». «Notre objectif est de présenter diverses cultures les unes aux autres à travers la musique traditionnelle».

Un climat de rapprochement culturel et de paix
Kilinc confie qu’il y a encore de nombreux pays que son équipe aimerait approcher afin de chercher des partenariats supplémentaires.

«Nous essayons d’établir des partenariats avec des pays africains, de produire des émissions en Irak et de faire venir la voix des Irakiens jusqu’à notre radio. Le travail des hommes politiques ne suffit pas pour obtenir la paix. En tant que station de radio, nous avons la responsabilité de faire découvrir d’autres nations à nos auditeurs, et d’établir de manière durable un climat de rapprochement culturel et de paix.»

Cicek Tahaoglu
Traduction de l’anglais Marie Bossaert
(05/11/2010)


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