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Mehmet Basutçu   
 
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Abdullah Gül et Recep Tayyip Erdoğan
Elections de tous les dangers, en Turquie et en France…

Politique fiction en plusieurs actes…
Le feuilleton électoral turc, avec de multiples rebondissements quotidiens, continue de maintenir en haleine son spectateur… Haine, amour, bravoure, lâcheté, soif de pouvoir, sagesse politique, coup bas et transparence tout se trouve en vrac dans ce feuilleton populaire de mauvais goût. L’intrigue est alourdie de situations tellement prévisibles que l’on s’étonne parfois de les trouver, çà et là, surprenantes. Il devient alors possible de soupçonner la plume d’un scénariste hollywoodien derrière tout cela...

Pour le moment, après la deuxième tentative infructueuse de réunir, ce dimanche 6 mai, les 367 députés nécessaires pour procéder au vote pour l’élection présidentielle, il n’est plus question de voir Abdullah Gül au palais de Çankaya. C’est un premier succès, un premier soulagement pour les milieux laïques. Le ministre actuel des affaires étrangères a en effet promis de se retirer de la course, où il est d’ailleurs l’unique candidat, en cas de scrutin impossible. Mais alors, pourquoi diable ne l’a-t-il pas fait juste après le 1er mai, quand la Cour constitutionnelle a annulé le premier tour de scrutin parce que, justement, ces 367 députés sur 550 n’étaient pas trouvables?

La démission d’Abdullah Gül ne suffira pourtant pas à endiguer rapidement cette crise. Le feuilleton a encore de nombreux épisodes à nous proposer. Chaque jour apporte une nouvelle surprise si ce n’est plusieurs. Le parlement est devenu un cirque où les trapézistes triomphent. La sagesse politique est devenue denrée rare. Il est même question, aujourd’hui, d’élire le prochain président de la République au suffrage universel, à condition que l’on puisse faire amender la constitution dans la foulée, à un Parlement qui est sur le point de mettre fin à son existence…

Rebondissement: législatives anticipées en juillet
En effet, la grande nouveauté de la semaine a été la décision d’organiser au plus vite des élections anticipées. L’AKP (Parti de la justice et du développement) a bénéficié pour ce faire de l’appui de l’opposition parlementaire et la décision fut prise à l’unanimité. C’est bien dommage que nombre de conseils et suggestions qui allaient tous dans ce sens depuis plusieurs mois, n’aient été entendus à temps; cela aurait permis d’éviter une grave crise institutionnelle.

Au cours de cette semaine tout est allé, en effet, très vite. Tentons de résumer: L’AKP du premier ministre a décidé d’attaquer tout en résistant. La loi entérinant la dissolution de l’Assemblée et la convocation des élections anticipées a été votée au Parlement dès le mercredi 2 mai. Très bien, mais le barrage des 10% demeure. Que ce niveau soit le plus élevé de tous les pays du Conseil de l’Europe, n’y fait rien; ceux qui peuvent faire sauter ou abaisser ce barrage, n’ont évidemment aucun intérêt à le faire. Peu leur importe alors les crises politiques futurs que cela pourrait entraîner…

Les Turcs sont donc invités à aller aux urnes le 22 juillet prochain, en pleine période estivale, pour élire leurs députés lors d’un scrutin à un tour.

Un autre point négatif pour ceux qui espéraient une amélioration des conditions de la pratique démocratique en Turquie, consiste en la désignation des députés candidats à la nouvelle législation par les chefs de parti, sans primaires internes, pour faute de temps… Evidemment, ce manque de temps arrange bien les appareils politiques et porte un nouvel coup bas à la démocratie…

Amender la Constitution pour élire le président de la République au suffrage universel…
Le parti islamiste «modéré» de Monsieur Erdoğan espère revenir en force et remporter plus des deux tiers des sièges. L’AKP a d’ailleurs proposé, dans la foulée, que le président de la République soit désormais élu au suffrage universel à deux tours dont la première phase pourrait d’ailleurs se tenir en même temps que les élections législatives anticipées… Mais pour cela, il faut amender la constitution dans ce sens. Ce qui nécessite l’accord d’une majorité des deux tiers, soit ces fameux 367 députés introuvable sans l’opposition. Il faut en plus espérer que le président actuel, le très kémaliste Ahmet Necdet Sezer n’use pas de son droit de veto, après les quinze jours dont il dispose pour étudier les lois proposées. Le manque de temps fait penser que cette réforme ne pourra être raisonnablement réalisée que par le prochain Parlement qui doit donc élire le successeur de Monsieur Sezer, une fois terminée l’élection législative anticipée dont la date, fixé pour le moment au 22 juillet, peut encore bouger… Sauf si… Voyons, ne vous impatientez pas! Tout coup de théâtre vous sera dévoilé à temps. L’épisode prochain est à suivre dans quelques temps!
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La France aura élu son président ce soir…
Quant au feuilleton électoral français, il touche enfin à sa fin. Le résultat, attendu ce soir, s’annonce triste. Pourtant, ce n’est qu’un petit au revoir aux électeurs français qui doivent aller voter deux fois encore avant l’été, pour les législatives. Les feuilletons politiques sont toujours à plusieurs épisodes et le scénario de la bataille électorale semble sorti tout droit, en France également, de l’ordinateur d’un scénariste de politique-fiction hollywoodienne. La peur de l’autre et le manque de confiance en soi ne furent-ils pas les moteurs de cette campagne électorale? Tout semble se conjuguer en noir et blanc, tant la peur et le manichéisme sont de retour…

Mon père qui a lu dans son journal, le fameux quotidien kémaliste «Cumhuriyet», les articles concernant les enjeux des élections françaises, m’a interpellé à deux reprises hier soir: «Tu ne vas pas quand même pas voter pour ce Sarkozy, j’espère. Son penchant pour l’autorité semble le pousser vers une pente fascisante…»
« Mais non, papa, tu peux en être sûr ! Mais malheureusement, mon vote ne changera rien au résultat qui s’annonce en faveur du plus puissant… Arrête s’il te plaît de t’inquiéter pour la situation française. Tu as déjà suffisamment de soucis à faire pour la Turquie, n’en rajoute pas…» lui dis-je, avant de raccrocher le téléphone.

Il est clair que mon père a autant peur du libéralisme musclé de Sarkozy, que l’islamisme modéré d’Erdoğan. Une éventuelle intervention de l’armée turque lui fait infiniment moins peur que ces deux va-t-en guerre, avides de pouvoir… Mehmet Basutçu
(06/05/2007)
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