Le mythe d’Aphrodite | babelmed
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  Le mythe d’Aphrodite | babelmed Selon le mythe, Aphrodite se baigna dans les eaux du Paphos à Chypre pour retrouver sa virginité, après avoir été découverte alors qu’elle trompait son mari, Hephaestus, avec Arès, le dieu de la guerre. Son nom grec signifie «née de l’écume» et reflète cette “renaissance” à la suite de ces sensuels rendez-vous (elle eu trois enfants de son amant). Aphrodite Anadyomène, littéralement “Aphrodite émergeant des eaux”, est la pièce maîtresse d’une exposition qui retrace 3200 ans d’art dans l’île de Chypre. La statue- sa tête, ses bras et le bas de ses jambes manquent- a passé des siècles sous les eaux avant d’être découverte sur la côte de Paphos en 1956. Ce lavage intensif a poli son marbre qui lui donne aujourd’hui une surface exceptionnellement douce et soyeuse. Légèrement tournée vers la gauche, la statue s’inscrit dans la grande tradition de sculpture de Praxitèle qui commença avec sa fameuse Aphrodite de Cnide, la première statue grandeur nature réalisée de la déesse complètement nue, ancêtre des modèles vivants féminins modernes. Le mythe d’Aphrodite | babelmed L’exposition se base sur l’hellénisation de la culture des îles mais dégage plutôt les origines orientales du culte d’Aphrodite. Il semble qu’elle a pour origine Ishtar, la déesse de la sexualité en Mésopotamie, qui allant plus à l’est, en Syrie et Palestine, devint «Astarté» avant d’arriver à Chypre où elle devint la déesse grecque de l’amour. L’exposition veut clairement montrer l’hellénisation de la culture chypriote, du cosmopolitisme de l’age du bronze (1650-1050 avant J-C), à partir de l’influence des colons grecs de Mycènes au XIème siècle avt-JC, jusqu’à l’hellénisation totale opérée sous Alexandre le Grand au IV siècle. Si l’objectif est de raconter la simple histoire de l’«hellénisation» de l’île – un projet idéologique ayant en tête un public contemporain (celui des jeux olympiques, par exemple) les pièces exposées rendent, par leur seule présence, une telle simplification peu pertinente.

La seconde partie de l’exposition montre la culture de l’île après l’arrivée des Phéniciens au IX siècle avant JC. Plusieurs figurines d’argile témoignent de l’importance de la culture mésopotamienne dans l’île à cette époque. La coexistence pacifique des éléments les plus récents avec les plus anciens, (éléments importés de la culture mycénienne) se retrouve parfaitement dans le culte de la déesse de l’est, Astarté, qui perdura encore longtemps en se mêlant aux cultes locaux de la fertilité. C’est seulement durant la période classique que l’alphabet grec et les déités grecques apparurent, avant de connaître un développement endémique après les expéditions militaires d’Alexandre.

L’Aphrodite hellénistique est de toute évidence un produit de la tradition de sculpture grecque et de la position de l’île comme rendez vous important des cultures méditerranéennes. Il semble que le titre de l’exposition, cependant, porte à la simplification: si le projet a pour but de montrer 3200 ans d’hellénisme chypriote, il échoue totalement. L’exposition, bien organisée et expliquée, montre en réalité la fascinante culture hybride de l’île avant la période classique. Aphrodite, nue et grecque, arriva bien plus tard, après une histoire culturelle complexe qui a recueilli l’influence de l’ouest (la Grèce) mais aussi de l’Est. L’exposition elle-même montre la beauté de cette histoire mélangée. On peut regretter que le titre (‘3200 ans d’hellénisme chypriote’) semble être tombé complètement dans le mythe de la déesse: un bain peut il réellement purifier de 800 ans de fertile infidélité à l’hellénisme? Leonidas Liambey
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