Outlook, Exposition internationale d’art | babelmed
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Untitled, by Nikos Markou
Athènes (Grèce)
Du 25 octobre 2003 au 25 janvier 2004

Les sculptures des artistes anglais Damien Hirst et Sarah Lucas, accompagnées des peintures de Franz Ackerman, se sont deversés dans trois sites différents de la ville: au sein du centre historique et sur la route Athènes-Le Pirée. Insolites, les œuvres combattent le marasme industriel attirant l’attention des conducteurs, des passagers de bus et du trafic.

Les 11,000 visiteurs qui s’y sont aventurés pour le moment (l’exposition a ouvert le 25 Octobre) ont pu goûter une “exposition dominée par des images fortes” comme l’explique le directeur artistique, Christos M. Joachimides, alors que la taille monumentale des travaux “est le résultat d’une connection organique et d’une cohésion entre la taille et le concept de l’oeuvre, qui recherche l’immédiateté de l’expérience.”

Aucune théorie prédominante prétend unifier les travaux présentés. On pourrait, de ce fait, reprocher à Outlook un certain manque de cohérence derrière l’exposition d’oeuvres souvent fortes, mais qui dispersent l’attention des visiteurs dans toutes les directions.

Bien que l’exposition accueille une grande variété d’expressions visuelles, de techniques et de styles (peinture, sculpture, art vidéo, photographie, et installations), elle se penche plus particulièrement sur l’intéraction des travaux entre eux et entre l’espace qui les accueille.

Ces extensions deviennent des éléments clés de l’exposition: tous les jours, les objets sont transformés en sculpture, les peintures en environnement, les photographies prennent la forme de peintures, la vidéo devient une installation.

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Jan Fabre, ‘Searching for utopia’
L’exposition abrite une installation majeure de l’allemand Joseph Beuys (1921-1986) avec un labyrinthe d’acier et de charbon conçu par
Jannis Kounellis (né en 1936) et aussi les nouveaux travaux du vainqueur du prix Turner Keith Tyson. Les œuvres de Jan Fabre, William Kentridge et Raymond Pettibon sont également exposées.

Une partie des artistes ont utilisé “les particularités d’Athènes, son activité citadine anarchique, sa vie chaotique et ses rythmes frénétiques, sa diversité et ses strates d’histoires multiples” comme point de départ pour des travaux créés in situ, ou spécifiquement pour l’exposition.

L’artiste Mexicain Francis Alÿs, par exemple, a conçu une performance vidéo avec feux d’artifices dans une des rues les plus passantes de la ville, produisant une vidéo de cet exercice cartographique explosif qui devient, ainsi, partie prenante de son installation.

Plus traditionnellement peut être, Barthelemy Toguo, un sculpteur camerounais basé à Paris, a exposé ensemble sculptures de bois, produits industriels et oliviers afin de créer une mise en scène intense rappelant le flux des migrations et du commerce global.
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Installation 2003 by Maria Papadimitriou
Le projet a été critiqué, et en particulier pour son coût (2.3millions d’Euros), une somme sans précédent pour une exposition à Athènes. Mais sans entrer dans la critique injustifiée des grands projets en général, une autre critique a été avancé sur l’aspect par trop occidental de la manifestation.

Alekos Fasianos, un peintre grec qui n’expose pas commentait récemment: “Je préférerais qu’Outlook soit plus réellement globale, qu’elle accueille plus d’artistes venants de Chine, du Japon, de l’Inde, de l’Afrique ou de l’Amérique latine. Présenter essentiellement des artistes du monde occidental, c’est imposer un style d’art particulier, provenant de la supposée avant garde occidentale. Je pense qu’il est injuste que les artistes qui vivent à la périphérie du monde occidental ne soient pas représentés lors de grandes expositions comme celle-ci. En regardant certains travaux je me demande aussi si les visiteurs les comprendront.”

Parmi les artistes prenant part à l’exposition; onze sont grecs ou d’origine grecque. Les neuf autres sont des pays de la Méditerranée, de l’Afrique, de l’Amérique latine ou de l’Asie.

A l’inverse, M. Joachimides soutient que la particularité d’Athènes «pourrait bien être transformée en exemple culturel, vue la constellation d’artistes brillants, sélectionnés hors des circuits traditionnels de la production de l’art.

Cette perspective est confirmée par l’enthousiasme des artistes qui sont venus à Athènes et se sont nourris des contrastes esthétiques de la manifestation à laquelle ils participaient. La dynamique produite par cet intérêt a laissé ses empreintes sur une bonne moitié des travaux présentés à Outlook.”

Si certaines œuvres ont laissé les visiteurs déconcertés ou déçus, c’est souvent le résultat de leur incapacité à être à la hauteur des attentes qu’une œuvre d’art peut susciter.

Le but du directeur artistique, cependant, est plus ambitieux, “notre pari est d’entrer sans réserve dans un monde différent, à la fois poétique et imprévisible. La perspective idéale pour l’art comme pour la vie, c’est de sentir et de voir – et non pas de voir ce qui vous a été expliqué.”

Faisant partie du programme culturel des Jeux Olympiques, l’exposition devrait rendre public le travail des artistes contemporains les plus significatifs dans une ville qui n’a pas eu l’habitude de recevoir des projets de cette dimension.

Point sud du triangle culturel entre la Biennale de Venise et le plus modeste mais régulier Salon d’Istanbul, Outlook peut être considérée comme la tentative, hésitante mais ambitieuse, de porter le circuit de l’art international vers les eaux claires de la mer Egée. Leonidas Liambey
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