Alain Ceccaroli: Les formes de l’ordinaire, Athènes et thessalonique | babelmed
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Alain Ceccaroli n’est pas photographe. Voilà une affirmation utile à la confusion des rôles au moment où les disciplines créatives sont à l’épreuve. Faisons un tri, le photographe se prend pour un peintre, le peintre, toujours maudit, se prend pour un sculpteur pour pouvoir enfin en découdre. Le sculpteur, car l’appétit vient en mangeant, se prend pour l’architecte. L’architecte, affecté de double schizophrénie, se prend soit pour un artiste en général dans une discipline improbable restant à inventer, soit pour un homme politique en campagne électorale permanente. Et si le designer est le roi Balthazar de la crèche, alors le poète sera le photographe de la révélation.
Enfin, bref.
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Si Ceccaroli se prend pour un peintre alors c’est Nicolas Poussin, car il ne peut fermer sa gueule, il est dans la mêlée, il ne sait pas rester neutre, il ne sait pas la boucler. Faut pas lui donner un appareil photo, il s’en sert comme une arme à gros calibre à tir rapide. La photographie de Ceccaroli n’est pas négative, elle est critique, elle n’est pas minimale mais maximale. Il n’est pas anorexique, il déteste manifestement cet éloge du banal forcément banal, ou cet éloge de l’ordinaire forcément ordinaire. Du port du Pirée en direction du nouvel aéroport d’Athènes, ou bien du centre ville de Thessalonique vers son aéroport, le photographe devient urbaniste commissaire enquêteur d’une situation territoriale. Évidemment en Grèce comme en France, l’inventaire de la laideur appelle de l’énergie. La globalisation et la marchandisation du monde ont fait des dégâts sur nos paysages. Le regard du photographe n’est pas un inventaire c’est un examen des pathologies en place comme cette photographie où sont co-visibles et de même taille le musée Benaki et la boîte de nuit voisine. La mise en parité de ces deux lieux est signifiante d’un état d’égarement morphologique de toute cité soumise à la dictature du design comme point de vue anthropologique.
Tout est possible dans le meilleur des mondes du village global. L’aventure exotique de la photographie ne tient plus la route, la photographie architecturale se rapproche de la photographie de guerre. L’exil de la beauté tout comme l’épuisement européen obligent le photographe à la responsabilité. La limite de la photographie ce n’est pas la photographie mais l’insignifiance politique, comme dans tant de domaines culturels. Le problème est que l'auteur est méditerranéen et qu’il ne supporte plus l’outrage fait aux cités du Sud qu’il parcourt depuis tant d’années. Le travail exprime avec une totale absence de cynisme le refus du recul et de l’abstraction parce que Ceccaroli aime trop la Grèce et là est cet émouvant malentendu dans l’œuvre de ce peintre qui se croit photographe.

Rudy Ricciotti
Grand Prix National d’Architecture
Le 15/12/2008

(01/04/2009)

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