La menace nazie en Grèce: l’Aube Dorée | Dimitri Deliolanes, Aube Dorée, Pavlos Fyssas, Nikolaos Michaloliakos, Övgü Pınar, Human Rights Watch, Dublin II
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Övgü Pınar   

La menace nazie en Grèce: l’Aube Dorée | Dimitri Deliolanes, Aube Dorée, Pavlos Fyssas, Nikolaos Michaloliakos, Övgü Pınar, Human Rights Watch, Dublin IILe parti raciste grec Aube Dorée, surfant sur la vague de mécontentement causé par la Crise et l'arrivée massive d’immigrants clandestins, est entré au Parlement pour la première fois en 2012. Les politiques et les observateurs grecs comparent son ascension à celle des nazis en 1930. Human Rights Watch à défini ce phénomène comme « l’exemple le plus inquiétant de la tension politique » en Grèce.

Antimusulman, antisémite, homophobe, le parti encourage les attaques violentes. Human Right Watch affirme que «les agressions contre les migrants afghans, nord-africains et subsahariens se sont répandues de manière inquiétante, et que la plupart ne sont même pas dénoncées». En Grèce « certains politiques sont réticents à réagir avec fermeté par crainte d’une réaction populiste des militants d’Aube Dorée ».

Pourtant, après l’assassinat du rappeur antifasciste Pavos Fyssas, en septembre dernier, le groupe a commencé à perdre de nombreux sympatisants. Ses leaders ont été arrêtés et accusés d’appartenir à une organisation criminelle. Les financements publics ont été coupés. Selon certaines sources, l’assassinat de Fyssas Aube Dorée aurait causé la perte d’ au moins un tiers de ses militants en une seule nuit. Certains sympathisants qui avaient le corps recouvert de tatouages racistes, de croix gammées par exemples, se sont précipités pour les effacer.

Mais alors qu’on parlait d’une perte du pouvoir d’Aube Dorée, des homicides qui ont tout d'une vengeance ont changé les choses. Deux porte-paroles du parti ont été tués le premier novembre. Même si le guet-apens est suspect, il semblerait que les consensus d’Aube Dorée soit à nouveau en train de grimper.

//Dimitri DeliolanesDimitri DeliolanesNous avons demandé au journaliste grec Dimitri Deliolanes, auteur de « Aube Dorée. La Grèce nazie menace l’Europe », de nous expliquer les raisons qui ont amené au succès du groupe et quelles sont les véritables menaces qu’il fait peser sur le pays. «L’avancée de l’extrême droit raciste et xénophobe menace les valeurs fondamentales de l’Europe. Aube Dorée s’est contentée d’ouvrir la voie », écrit Deliolanes dans la présentation de son livre.

Comment est née « Aube Dorée»?

Elle existe depuis 1980, mais a eu un rôle insignifiant durant toutes ces années. Elle comptait au maximum une centaine d’inscrits et n’a causé que des problèmes occasionnels, lors d'agressions sporadiques. Avec la crise économique, pendant les élections de 2010 le parti a réussi à obtenir un siège au Conseil communal d’Athènes. C’est le « führer » du groupe, Nikolaos Michaloliakos, qui a pris cette place.

 

Est-ce la crise économique en Europe et tout particulièrement en Grèce qui a renforcé Aube Dorée?

Certainement. L’ascension du parti au Parlement et sa croissance dépendent de nombreux facteurs, mais il en a deux majeurs : la crise et l’immigration clandestine.

La crise est aussi née d’une période de trouble politique, pendant laquelle ce parti a profité de l’affaiblissement de la démocratie. Par ailleurs, la leadership de la Commission Européenne est, à mon avis, composée de personnes médiocres. Barroso, Van Rompuy, Baroness, Asthon… ont un niveau bien plus bas que celui des autres dirigeants politiques européens. Ils n’ont rien fait mais ils sont au même niveau que les États les plus puissants de l’Union, comme l’Allemagne, la France… Même s’il y a eu une forte baisse de la démocratie, ils ont poursuivi leur approche néo-libérale au lieu d’essayer de chercher une alternative pour relancer la croissance. Cela a également poussé les gens mécontents à rejoindre les groupes antidémocratiques.

L’immigration, par ailleurs, est une question plus complexe. Il ne s’agit pas seulement d’un problème grec, cela concerne tout le monde. Et il n’y a pas de formule magique pour le résoudre. La seule solution pour un gouvernement est d’essayer de la gérer. Quand l’immigration venant des pays de l’Est a commencé, il n’y avait aucun problème car les pays de destination avaient besoin de main d’œuvre. Mais quand les temps sont durs, les emplois deviennent précieux, alors le racisme et la xénophobie augmentent. C’est ce qui s’est passé en Grèce. Et puis il y a un autre aspect. Nous sommes une des frontières de l’Union Européenne et la plupart des migrants n’est que de passage en route vers l’Europe du Nord, mais le plus souvent ils n’arrivent pas à rejoindre leur destination finale et restent donc en Grèce, un pays pauvre et lui même en crise. Comme il n’y a pas beaucoup d’emplois, certains immigrés, avec les Grecs naturellement, ont intégré des réseaux criminels : cela change la manière dont ils sont perçus et fait naître de nouvelles tensions.

 

Cela signifie-t-il que même l’Union Européenne a une responsabilité dans le problème de l’immigration?

Bien sûr. Il y a le fameux accord « Dublin II » qui stipule, par exemple, que si un migrant se retrouve en France et que l’on découvre qu’il est entré en Europe par la frontière entre la Turquie et la Grèce, il doit retourner en Grèce. Cela transforme les pays de frontière comme la Grèce, l’Espagne, l’Italie, Malte, Chypre, en une énorme décharge de personnes dont l’Europe ne veut pas. La responsabilité de l’Europe est donc bien réelle.

 

Au cours des dernières années, des milliers de personnes ont essayé de fuir les zones de guerre vers l’Europe. Comment les Grecs voient-ils les flux des migrants du Moyen-Orient et d’Afrique?

C’est un problème très complexe. Pendant les quinze dernières années, la plupart des migrants qui arrivaient en Europe ne cherchaient pas un travail mais essayaient de fuir la guerre pour survivre. C’est un grand problème. Par exemple, en Grèce comme en Turquie, naturellement, cela fait plus de dix ans que nous avons un flux continu de migrants qui viennent d'Afghanistan. Et on ne peut pas distinguer ceux qui fuient la guerre de ceux qui viennent en Europe pour trouver de meilleures opportunités. En ce moment, la population grecque a aussi ses problèmes et essaie de survivre.

 

Récemment, les leaders d'Aube Dorée ont été arrêtés, les fonds publics pour le parti ont été coupés, de nombreux sympathisants sont en train de changer d’avis, Aube Dorée décline-t-elle ?

Je voudrais souligner une chose importante : Aube Dorée n’est pas un groupe d’extrême droite, c’est un groupe nazi. C’est précisément en cela que réside la différence avec les autres groupes d’extrême droite d'Europe. Le nom « Aube Dorée » est une référence à l’ordre magique britannique qui a le même nom, avec Aleister Crowley, le mage sataniste, comme leader. Il y a une grande différence par rapport aux autres groupes d’extrême droite comme la Ligue du Nord en Italie, Marine Le Pen en France… Il s’agit de militants nazis qui soutiennent une solution violente et parlent explicitement de guerre civile. Ce n’est donc pas un groupe d’opinion, mais un groupe militant.

En septembre, ils ont tué le rappeur antifasciste Pavlos Fyssas et, bien sûr, le peuple grec a fortement critiqué ce geste. Jusqu’à l’assassinat de deux membres du parti, le premier novembre dernier, le groupe perdait son consensus. Il a quelques jours, un groupe d’extrême gauche dont on ne savait rien jusqu’alors, « Les Forces Révolutionnaires du Peuple Militant », a revendiqué l’attaque. C’était un guet-apens mis en place par des professionnels, minutieux. On aurait dit le travail d'un tueur à gage. Je crois que ce guet-apens est un coup monté. Avant l’assassinat de Pavlos Fyssas, Aube Dorée recueillait environ 15% d’adhésions auprès des Grecs, après l’assassinat plus que 7%. Et les gens ont commencé à effacer leurs tatouages racistes. Mais avec ce dernier guet-apens, le consensus est remonté à 10%.

 


 

Övgü Pınar

06/12/2013