La démocratie | Jacques Fournier
La démocratie Imprimer
Jacques Fournier   
La démocratie | Jacques FournierJe serais tenté de dire qu’il n’existe à ce jour aucune expérience pleinement réussie sur ce terrain en pays arabe. Ceci dit les réalités varient grandement d’un pays à l’autre et il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac.

Pas plus en ce domaine qu’ailleurs on ne doit se référer à un modèle particulier. Mais quelques principes sont incontournables : pluralisme des forces politiques, élections libres, organisation équilibrée des pouvoirs, libertés reconnues et respectées, Etat au service de l’intérêt général.

Les révolutions en cours permettront-elles de donner des visages à ce portrait ?

Parlant de la région que je connais le mieux je dirai que j’ai sur ce point , à long terme, un certain optimisme pour ce qui est des pays du Maghreb. Les schémas institutionnels existent, les valeurs sont reconnues, les hommes et les femmes susceptibles de les mettre en œuvre peuvent s’affirmer.

Le développement économique
Cette question est essentielle. Il existe un risque élevé de désenchantement si la révolution n’est pas suivie par des améliorations tangibles au niveau de l’emploi et des conditions de vie.

Elle est difficile à traiter en quelques mots.


Tous les pays concernés ont suivi les politiques d’ajustement structurel imposées par le FMI et se sont ouverts à la mondialisation libérale.
Je renvoie ici aux analyses de l’économiste libanais Georges Corm, ancien ministre des finances de son pays, sur les méfaits de cette orientation et la nécessité de trouver une voie plus autonome de développement.

La coopération, entre les pays de la zone, entre ces pays et le reste du monde, peut jouer un rôle essentiel.
Mais je ne crois pas à l’efficacité des mécaniques globales du type Union pour la Méditterrannée. Qui trop embrasse mal étreint.

Revenant là encore aux pays du Maghreb il me semble que deux voies sont à privilégier : la
coopération entre ces pays eux-mêmes, et ce qu’on a appelé la démarche 5+5, c’est à dire la coopération entre les pays de la méditerranée occidentale, les cinq du nord (Portugal, Espagne, France, Italie et Malte), et les cinq du sud (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Lybie) autour de projets communs comme par exemple la promotion de l’énergie solaire.

La première voie est malheureusement toujours fermée du fait de la persistance du conflit algéro-marocain sur le Sahara occidental. Les gouvernements issus des processus en cours sauront-ils dépasser leurs divergences et faire aussi la révolution sur la manière d’aborder ces problèmes? Je le souhaite, sans malheureusement trop y croire.

Le modèle culturel
Sur ce sujet, que la presse aime à traiter, souvent d’une manière beaucoup trop schématique, il me semble que les évènements en cours apportent des débuts de réponse à trois interrogations.

Quelle sera la place de la religion ? La laïcité à la française est à l’évidence exclue. Mais il me semble que se dégagent aujourd’hui les voies d’une conciliation possible entre la référence à l’islam et l’autonomie du politique par rapport au religieux, entre le respect des signes extérieurs d’appartenance et l’usage domestique des outils de la modernité.


Quel sera le statut de la femme ? Des tendances lourdes d’évolutions se manifestent en ce domaine avec l’élévation de la part des femmes dans l’enseignement supérieur et dans les activités professionnelles. Les conséquences viendront progressivement. Il n’est pas sûr que nous ayons des exemples à donner sur ce point.

Comment enfin s’établira le rapport de l’individuel au collectif ? Il me semble qu’un tournant est pris, sans doute irréversible, dans le sens d’une plus grande autonomie de la personne. Mais il prendra encore du temps à s’affirmer.

Sur tous ces sujets des retours en arrière sont toujours possible. Ils pourraient être favorisés par des interventions extérieures.

Quelques mots de conclusion.
Je n’ai pas parlé de la Palestine. Elle est pourtant directement concernée, en interne comme dans son rapport avec Israel.

Il me semble que les premières conséquences sont plutôt positives : la révolution égyptienne n’est sans doute pas pour rien dans la réconciliation en cours entre les factions palestiniennes et dans la réouverture de la frontière entre Gaza et l’Egypte.

La question palestinienne restera plus que jamais au centre de la problématique des pays arabes. Un rapport de force plus favorable à la cause palestinienne devrait pouvoir s’établir.Cela dépendra largement de la capacité des nouveaux gouvernements à se ménager une marge de jeu suffisante face aux pressions qui ne manqueront pas de continuer à s’exercer sur eux en provenance des Etats Unis.

Jacques Fournier
(01/07/2011)
http://jacquesfournier.blog.lemonde.fr


mots-clés: