Les perspectives | Jacques Fournier
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Jacques Fournier   
Les perspectives | Jacques FournierQue va-t-il se passer maintenant? Il faut me semble-t-il distinguer ici les interrogations immédiates et les questions qui se posent à plus long terme.

Au niveau des perspectives immédiates rien n’est encore acquis. Trois cas de figure se présentent.

En Tunisie et en Egypte le processus du changement institutionnel est lancé. Il s’agit maintenant de savoir comment il va se dérouler et sur quoi il va déboucher.

En Egypte on est allé vite puisque il y a eu un premier référendum dés le 19 mars. Une réforme limitée de la constitution, concernant notamment le statut du président a été adoptée à une large majorité Elle va permettre de tenir des élections législatives puis présidentielles à l’automne. Mais la séquence du déroulement de ces opérations reste encore floue et le rôle que continuera ou non de jouer l’Armée demeure incertain.

En Tunisie la démarche démocratique est apparemment mieux balisée. C’est une assemblée constituante qui va être élue à une date qui a été reportée à l’automne, de façon à bien assurer la régularité des opérations. Une parité totale entre hommes et femmes devrait être imposée pour la constitution des listes. Un ami récemment revenu de ce pays me le dépeint comme en état d’apesanteur politique ( rien n’est encore fixé) mais avec un large consensus sur le pilotage de l’évolution.

Dans l’un comme l’autre de ces deux pays il est impossible de prévoir quel sera le nouvel éventail des forces politiques.

En Libye et en Syrie de graves conflit sont en cours. Il s’agit de savoir quelle en sera l’issue.

En Libye, l’intervention étrangère était-elle justifiée ? Quelles en seront les conséquences ? J’étais et je reste personnellement opposé à une telle intervention. Il me semble qu’une révolution imposée par l’extérieur, un extérieur principalement occidental en l’occurrence, risque d’être viciée au départ. Je souhaite que l’avenir me donne tort.

En Syrie je garde un souvenir plutôt positif des entretiens que nous avions, avec ma collègue et amie Marie Françoise Bechtel, eus en 2003 avec le Président Bachar Al Assad. Il nous avait paru désireux de sortir progressivement de l’emprise du parti Baas et des services de sécurité. Ce n’est manifestement pas la direction qu’il a prise et ma consternation n’en est que plus forte aujourd’hui face à la répression qui s’exerce dans ce pays.

En Algérie et au Maroc des réformes ont été annoncées. Il s’agit de savoir si le régime en place aura la capacité de les mettre en œuvre.
Des processus comparables ont été lancés par le Président Bouteflika et par le Roi Mohammed VI : mise en place d’une commission chargée de faire, après concertation avec les forces politiques, des propositions de réforme ; vote de ces réformes et engagement à partir de là d’un nouveau cours institutionnel et politique.


J’ai lu avec attention les discours annonciateurs de cette démarche prononcés le 9 Mars par le Roi du Maroc et le 15 avril par le Président algérien. Ils sont de facture comparable mais il me semble que le premier est plus précis et va plus loin que le second.

En Algérie le sentiment qui prévaut dans tous les contacts que j’ai pu avoir est celui d’un grand scepticisme. Il s’appuie sur l’expérience de démarches comparables engagées dans le passé et qui n’on pas abouti. J’avais moi même été auditionné en 2001 par l’un des groupes de travail du comité de la réforme de l’Etat qui avait été alors constitué. Organisme imposant composé de 70 membres qui a travaillé pendant plusieurs mois et dont le rapport ne sera jamais publié. Il faut espérer que, cette fois, le pouvoir ira plus loin. Mais nul n’en est convaincu.

Les perspectives d’évolution me paraissent plus crédibles au Maroc où l’on semble se diriger vers une réelle monarchie constitutionnelle.

Au delà de ces échéances et au niveau des perspectives à plus long terme, il me semble que la dynamique des révolutions arabes va dépendre des réponses qu’elles seront en mesure d’apporter à trois grandes questions: celles de la démocratie, du développement économique et du modèle culturel.


Jacques Fournier
(01/07/2011)


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