Les Gazaouis: partir ou périr sous le siège israélien | Majed Abusalama
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Majed Abusalama   
Un des rêves des jeunes Palestiniens, qui ont le sentiment de n’être chez eux que des «consommateurs», ne produisant rien dont ils ne puissent s’enorgueillir, est celui de participer au développement de l’Europe, des Etats-Unis et du Canada!

Ces jeunes aspirent à une vie aussi prodigieuse que leur réel est insupportable : mauvaise gouvernance, chômage, absence de couverture sociale, difficulté de suivre des études…Ils veulent conquérir leur droit à une existence qui préserve leur dignité. Ils ont beau être attachés à leur patrie et ressentir l’honneur d’y être nés, ils entendent prémunir leur progéniture de quelque chose qui s’appelle «nationalité palestinienne»!

Quitter la Palestine? «Illicite», proclament les faqihs musulmans [docteurs de la loi; NDT], qui y voient un acte de reddition, de renoncement à la patrie au bénéfice des forces d’occupation. Certains d’entre eux qualifient même d’également illicite toute fuite de capitaux en dehors du pays.

Cependant, tous les jeunes ne sont pas sensibles à cet interdit. Les responsables d’une agence de voyages connue dans la bande de Gaza assurent que leurs bureaux accueillent mensuellement près de 250 jeunes demandeurs de visa Schengen ! Les potentiels émigrants ne sont découragés ni par le coût exorbitant du voyage ni par la nécessité pour leurs familles de vendre tout ce qu’elles possèdent de précieux afin de financer leur périple.

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Rola Rabah
Pour Rola Rabah, une Palestinienne de Gaza étudiante en sciences politiques, le désir de partir est motivé par d’autres raisons que la seule ambition personnelle, l’épanouissement par le travail ou les études. Il est également motivé par la situation politique bouchée, tant au niveau interne qu’externe. Si l’ambition diffère selon les individus, cette situation est vécue par tous avec le même sentiment d’impuissance.

80% de chômeurs à Gaza !

«Personnellement, je suis opposé à l’émigration», affirme Rola Rabah, arrivée à Gaza de l’étranger. «M’installer ici était pour moi un rêve. J’avais passé la majeure partie de ma vie ailleurs», précise-t-elle. Partir ? «Je le ressentirais comme une défaite, aussi bien personnelle que collective», ajoute-t-elle : «Je ne quitterais Gaza pour rien au monde, ni pour améliorer mes conditions matérielles ni pour quelque autre raison que ce soit. J’aime cet endroit et si je meurs, je voudrais y être enterrée.»

L’attitude de Rola est loin d’être celle de tout le monde. Beaucoup de jeunes Palestiniens, surtout après l’agression israélienne de la fin 2008-début 2009, veulent quitter Gaza, fuir la guerre et les violences de l’armée d’occupation. Rien dans ce territoire, estiment-ils, ne les incite à s’y attacher. Ils s’inquiètent pour leur avenir, dans un contexte de passivité mondiale totale devant le siège que subissent les Gazaouis et de la terrible extension du chômage : selon le Centre palestinien des droits de l’homme et l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, NDT), 80% de la population de Gaza est sans emplois !

Le blocus hermétique israélien, imposé à 1,5 million de personnes, pousse les jeunes à s’interroger : «Comment voulez vous que nous restions ici ?». Même une «volontariste» comme Rola Rabah partage l’inquiétude ambiante : «J’ai des enfants. Je pense souvent : est-il vraiment possible de continuer à vivre dans ces conditions ? Mes enfants pourront-ils un jour avoir une vie meilleure ?»

Vivre loin du bourdonnement des bombardiers israéliens

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Fadi Hannouna
Fadi Hannouna, informaticien, travaille dans le domaine du cinéma documentaire. Il ne cache pas son désir de quitter Gaza le plus vite possible. «Je suis diplômé, et je voudrais travailler dans mon domaine. Je voudrais aussi poursuivre mes études.» Il souligne qu’«ici, il n’existe pas d’offres de travail intéressantes». La preuve ? «Tous mes camarades de promotion sont au chômage !»

Fadi ne travaille que de façon intermittente. «Je peux bosser un mois ou deux et en chômer plusieurs autres, avant de trouver encore du bulot pour un mois ! Et avec tout ça, vous voudriez que je reste ?». Et d’enchaîner : «Ici, je ne pourrai jamais me construire, construire ma vie à moi !». Son désir de départ est bien plus fort depuis la dernière guerre israélienne contre Gaza : «Emigrer me permettra, pour le moins, de trouver la sécurité dont je rêve. Je pourrai vivre loin du bourdonnement des avions de combat israéliens!»

Ainsi, pour oublier leur présent, les jeunes de Gaza sont tentés par l’échappatoire de l’exil, dont ils espèrent une vie leur garantissant leurs droits humains les plus élémentaires et, surtout, plus de liberté. Hanar Chaât en fait partie. Tout ce qu’elle désire, dit-elle, c’est une liberté qui lui fasse sentir son humanité, éloigne d’elle cette peur permanente et tenace, la peur de l’avenir : «Là-bas, il y a la sécurité. On est tranquille pour ses enfants !» Et de s’interroger : «Des gens qui peuvent vivre bercés par les bruits des avions de guerre, des chars et des explosions, en existe-t-il en Occident ?» «Je ne ne pense pas», répond-elle à sa propre question. Et de s’interroger encore : «Les Occidentaux ont-ils un point de vue sur l’occupation de la Palestine et le siège de Gaza ? J’aimerais bien le savoir !»

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Hanar
Les rêves de Hanar et ses ambitions sont innombrables mais ils sont assombris par le réel amer qu’est celui de sa patrie : «Je suis une personne positive et optimiste de nature, mais je ne peux oublier que je suis encore à Gaza, que Gaza est sous embargo et que la Palestine est un pays occupé !»

Selon de récentes statistiques du Centre du Proche-Orient, qui a son siège à Jérusalem, plus de 36% des jeunes Gazaouis recherchent un moyen de quitter le pays ainsi que 17% des jeunes Cisjordaniens. Un indice affolant, estime le Centre. La réalité donne un fond de crédibilité concret à ces chiffres. Le tissu social, en effet, est complètement désagrégé à cause du blocus israélien imposé à Gaza et de l’occupation de la Palestine.

Assiégés et occupés, les Palestiniens sont réduits à un état d’insoutenable pauvreté. La paupérisation apparaît, en effet, comme une redoutable tactique de domination. Elle met la jeunesse palestinienne devant ce choix terrible : exploser ou partir.


Majed Abusalama
Traduit de l’arabe par Yassin Temlali
(01/06/2010)



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