Palestine 2009 | Jacques Fournier
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Jacques Fournier   
Palestine 2009 | Jacques Fournier

Quel bilan en cette fin d’année pour les amis de la Palestine occupée?
Bien mince malheureusement.

Chacun des acteurs continue de jouer sa partition et les changements sont imperceptibles.
D’Israel, après l’agression contre Gaza et l’arrivée au pouvoir du gouvernement le plus à droite de son histoire, on ne pouvait guère attendre un changement de politique : de fait le blocus de gaza se poursuit, la volonté de judaiser Jérusalem-est s’affirme plus que jamais.
Les palestiniens, quant à eux, n’ont toujours pas réussi à trouver le chemin de leur réconciliation nationale et ils risquent de se retrouver bientôt sans représentation légitime.
C’est du côté des Etats Unis que la déception est la plus vive. On pouvait espérer qu’Obama ferait bouger les lignes. Mais, Hillary Clinton aidant, il n’en a rien été. L’exigence du gel de la colonisation commme préalable à une reprise des négociations semble bien avoir été abandonnée.
Finalement seule l’Europe a avancé un peu. Il faut saluer la présidence suédoise qui a fait adopter par le conseil des ministres des affaires étrangères, le 8 décembre, un texte dont certes quelques arêtes ont été estompées à la demande d’Israel relayée par certains Etats dont la France , mais qui, en définitive, reste très ferme sur des points essentiels. Il ne me paraît pas inutile d’en citer certains passages.

«L’Union européenne ne reconnaîtra aucune modification du tracé des frontières d’avant 1967, y compris en ce qui concerne Jérusalem, qui n’aurait pas été approuvée par les parties.»
«Le Conseil demande instamment au gouvernement israélien de mettre immédiatement fin à toutes les activités d’implantation, à Jérusalem-Est et dans le reste de la Cisjordanie, y compris l’extension naturelle des colonies, et de démanteler toutes les colonies de peuplement sauvages installées depuis mars 2001.»
« Gravement préoccupé par la situation à Gaza, le Conseil demande instamment que soit intégralement mise en œuvre la résolution 1860 du Conseil de sécurité des Nations unies et appelle au plein respect du droit humanitaire international. Dans ce contexte, le maintien du bouclage est inacceptable et contre-productif du point de vue politique».

Certes une hirondelle ne fait pas le printemps. Une résolution européenne pèse peu dans le rapport de force qui sous tend le conflit. Mais il n’est pas sans importance que l’union européenne, à l’unanimité des 27 Etats qui la composent, dise ces choses. On aurait seulement souhaité que la presse mette davantage en valeur cette prise de position.
De même aurait-on pu souhaiter que les rapports établis à deux reprises, en 2005 et 2008, par les diplomates européens en poste à Jérusalem, sur la situation dans la partie est de cette ville, fassent l’objet d’une diffusion officielle. Ils exposent d’une manière précise et circonstanciée par quels biais «Israel est en train de poursuivre l’annexion illégale de la partie est de Jérusalem» (rapport 2008, point 1). Mais ce n’est pas dans l’une des nombreuses publications de la Commisssion que l’on peut lire cette phrase. On la trouve, avec les analyses sur lesquelles elle s’appuie, dans une brochure fort opportunément éditée par un journaliste du Nouvel observateur mais qui risque malheureusement de rester elle aussi assez confidentielle. (Jérusalem, Le rapport occulté, présentation par René Backmann, éditions Salvator, 2009).

Paradoxalement c’est peut-être d’un accord entre Israel et le Hamas que pourrait venir maintenant un déplacement des lignes. Les pourparlers se poursuivent au sujet d’un échange entre la libération du soldat Gilad Shalit et celle de prisonniers palestiniens détenus par Israel. Au nombre de ces derniers pourrait figurer Marwan Barghouti, peut-être le seul homme capable aujourd’hui de rétablir l’unité des palestiniens et de redonner un sens à leur stratégie.
Je signale que ses écrits de prison viennent d’être publiés ( Marwan Barghouti, La promesse, écrits de prison, 2002-2009 , éditions Arcane 17).
Je note aussi qu’il y a aujourd’hui environ 10.000 palestiniens détenus en Israel. A l’échelle de la France cela équivaut à une situation dans laquelle près de 200.000 de nos compatriotes seraient emprisonnés en territoire étranger, à quelques encablures de nos frontières.

C’est, entre autres, de cette réalité qu’il faut avoir conscience, au moment où l’on s’apprête à fêter Noel.

23 décembre 2009 , le blog de Jacques Fournier, Le Monde.fr.



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