Les perfusions européennes maintiennent le régime palestinien en vie | Benjamin Barthe
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Benjamin Barthe   
Les perfusions européennes maintiennent le régime palestinien en vie | Benjamin BartheDepuis le déclenchement de la seconde intifada en 2000, l’Union européenne (UE) est devenue l’indispensable béquille de l’Autorité palestinienne. Pas un trimestre ne passe sans que Bruxelles n’injecte du cash dans les rouages de ce régime bancal, véritable bureaucratie sans État. Cette année comme la précédente, environ 430 millions d’euros d’argent communautaire devraient atterrir dans les coffres du ministère des Finances à Ramallah. Cette manne sera employée à 80 % pour éponger le déficit budgétaire du gouvernement de Salam Fayyad et à seulement 20 % pour des projets de développement alors que dans les années 90, durant le processus de paix, la construction des bases du futur État palestinien avait la priorité.

« Notre rôle actuellement consiste à maintenir l’Autorité palestinienne à flot », admet Christian Berger, représentant de la Commission européenne à Jérusalem. Victime du monopole de Washington sur les négociations politiques, de son inertie et des divergences entre États membres, l’UE qui fut le pionnier de la solution à deux États dans les années 80, est aujourd’hui cantonnée dans le rôle ingrat du simple caissier.

C’est vrai qu’il y a urgence. Lors d’une réunion des pays donateurs le 8 juin dernier à Oslo, l’Autorité palestinienne a été diagnostiquée en état de quasi-banqueroute. Avec un déficit mensuel de 35 à 40 millions de dollars, elle paraît très loin de ce régime modèle qui, dans l’esprit des capitales occidentales, devait faire la différence avec la bande de Gaza, placée sous la férule du Hamas et l’embargo d’Israël. « À moins que les donateurs accroissent significativement leur soutien budgétaire, une crise de liquidités est imminente », estiment les experts du MAS, un think tank économique de Ramallah.

La crise budgétaire avait culminé durant l’année 2006, à l’époque où le Hamas dirigeait le gouvernement palestinien. Israël avait alors confisqué les droits de douane qu’il collecte pour le compte de son voisin palestinien et qu’il est censé lui reverser. De nombreux projets de développement avaient été gelés. En réaction, l’UE avait accru sa contribution tout en créant un mécanisme destiné à contourner les institutions contrôlées par les islamistes, catalogués comme « terroristes » et donc infréquentables.

75 millions par mois pour boucler le budget
Ces sanctions ont été levées à l’été 2007, après la prise du pouvoir du Hamas à Gaza et la mise en place du gouvernement de Salam Fayyad en Cisjordanie. Mais les soucis financiers du régime de Ramallah n’ont pas pour autant disparu. D’une part, le maillage de la Cisjordanie par les barrages militaires israéliens nuit à l’activité économique et réduit les rentrées fiscales. D’autre part, le service public pléthorique pèse lourd sur la balance des comptes. Enfin, la paupérisation accélérée de Gaza du fait du blocus israélien et de la guerre de cet hiver grève aussi les finances.

« Fayyad a besoin de 75 millions de dollars par mois pour boucler son budget, dit Christian Berger. Jusqu’au mois d’avril, nous avons couvert entre un quart et un tiers de cette somme. De 2000 à 2009, l’UE a versé 3,3 milliards d’euros, ce qui en fait le plus important donateur de l’Autorité palestinienne. » Cet argent sert principalement à payer les salaires des 78 000 fonctionnaires (hors services de sécurité) et à verser des pensions aux retraités. Quarante-huit mille familles nécessiteuses, dont la moitié dans la bande de Gaza, reçoivent tous les trois mois une subvention financée par Bruxelles. L’aide des Vingt-Sept est également utilisée pour payer les factures de fuel de la centrale électrique de Gaza, qui couvre 30 % des besoins de ce territoire.

Avec les fonds qui lui restent, l’UE mène des projets de développement, notamment dans le secteur judiciaire, policier et environnemental. Ces réalisations ont contribué à la remise en ordre de la Cisjordanie entreprise par Salam Fayyad, après de longues années de chaos dans le sillage de l’intifada. Mais ces efforts ne suffisent pas à dissiper le sentiment de désenchantement qui prévaut à l’antenne de la Commission à Jérusalem. « Il y a une forme de frustration, dit Christian Berger. Notre argent a un impact très limité. Il maintient l’Autorité vivante. Mais il ne réduit pas sa dépendance par rapport aux donateurs. »

Un nombre croissant de Palestiniens estiment que l’UE en arrive sans le vouloir à « subventionner l’occupation israélienne ». Parmi eux, Sari Nusseibeh, président de l’Université al-Quds et figure du camp de la paix palestinien, qui pousse le raisonnement jusqu’à demander un arrêt de l’aide européenne. « Les Européens sont contents, car ils ont le sentiment de faire quelque chose, ils soulagent leur conscience, déclarait-il l’hiver dernier au quotidien Haaretz. Les Israéliens sont contents parce qu’ils ne paient pas. Les Palestiniens sont contents parce qu’ils touchent leur salaire. Mais s’il n’y a pas d’État palestinien en vue, à quoi bon gaspiller cet argent ? » Christian Berger connaît ce débat. « C’est vrai qu’on peut se demander jusqu’à quand l’Europe va payer », dit-il, sibyllin. Faute de réponse de Bruxelles, il continue de superviser chaque mois les transferts de fonds vers Ramallah.

(Eurojar, août 2009)



Vos réactions

AHMED SAÏFI BENZIANE, Algérie | 30-08-2009, 13.14h
Comment peut-on suggérer aux Palestiniens d’investir les dons reçus dans des projets de développement sachant que l’État est la base première pour le lancement de projets. Avec un territoire effrité et parsemé géographiquement, divisé politiquement, en éternelle guerre des uns contre les autres, puis de tous contre Israël, sur fonds de durcissement des positions par rapport à la paix. Avec une population exilée et parquée dans des camps de réfugiés sans espoir de travail et appauvrie, dont Israël ne veut pas entendre parler. Avec la poussée des colonies sur une zone déjà étroite et contre les recommandations des grands pays. Avec le fait accompli quant à Jérusalem désignée capital de l’État Hébreux selon une légende religieuse dans un monde censé aller de plus en plus vers la disparition des frontières. Avec les derniers massacres de Gaza qui mobilisent de plus en plus d’intellectuels dans le monde pour juger Israël même sans grand espoir. Avec la destruction du tissu urbain et surtout social dans cette zone déjà sinistrée. Avec la poussée de l’extrémisme aussi bien en Israël qu’en territoires palestiniens. Comment investir dans des projets sans aucune garantie de durabilité même à court terme. De là à penser que 430 millions d’euros vont ruiner l’Europe plus que ne l’ont fait les banquiers, cela relève soit d’un manque de vision, soit d’une malhonnêteté intellectuelle qui consiste à détourner l’attention sur des sujets sérieux qui posent le préalable de l’avenir d’Israël, mais aussi celui d’un État Palestinien. 60 années de guerre n’ont pas permis le règlement d’un conflit qui use aussi bien l’énergie des peuples de la région que celle du monde entier. C’est ça la réalité. Je pense.

Pour d’autres informations sur la région, consulter:
www.eurojar.org
par Benjamin Barthe - Jérusalem-Est, Le Commerce du Levant
(21/09/2009)


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