“Jerusalem, Our Home”, l’exposition revendication | Marie Medina
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Marie Medina   
“Jerusalem, Our Home”, l’exposition revendication | Marie MedinaLe musée d'art et d'ethnographie de l'université de Birzeit, près de Ramallah, inaugure ainsi la série d'expositions qu'il compte consacrer aux villes palestiniennes. Il commence par Jérusalem car c'est la capitale 2009 de la culture arabe.

Il reprend l'exposition "Jerusalem, Lexicon of Colours" (Jérusalem, lexique de couleurs) déjà présentée à la galerie Al-Hoash (voir article) et, au côté de ces toiles que la ville a inspirées aux peintres palestiniens, il démontre la richesse de l'artisanat qui s'est développé à Jérusalem entre la fin de la Première guerre mondiale et la création de l'Etat d'Israël.

"C'est à cette période, malgré le Mandat britannique, que les Palestiniens de Jérusalem ont connu une période de stabilité", explique Vera Tamari, directrice du musée et commissaire de l'exposition. "L'idée est de donner un aperçu de ce à quoi la vie ressemblait, de quels étaient les goûts des habitants de la Vieille Ville".

Dans le musée a donc été reconstitué un salon, coeur de toute maison palestinienne. C'est en effet dans cette pièce d'apparat que les familles recevaient leurs invités pour les fêtes religieuses et sociales - naissances, baptêmes, circoncisions, fiançailles, mariages, funérailles. Les objets que l'on y trouvait reflétaient le statut social des hôtes mais aussi le caractère cosmopolite de la ville. A l'époque, les marchés de Jérusalem abondaient de meubles et de textiles venus du monde entier. Aussi n'était-il pas rare que se côtoient, dans les salons des familles aisées, des tapis perses ou turcs, de l'argenterie irakienne, des cuivres syriens, du cristal de Bohème, des tableaux européens, des chaises en bois fabriquées par des artisans locaux et des coussins brodés au point de croix typiquement palestiniens.

Vera Tamari souligne que les classes moyennes et intellectuelles aimaient s'entourer "de beaux objets très colorés".

Les céramiques en sont un exemple. Elles se sont développées sous le Mandat britannique. En 1919, les autorités ont fait venir deux potiers arméniens de Kutahya, ville turque réputée pour ses céramiques. Elles voulaient en effet rénover les mosaïques du Dôme du Rocher, sur l'Esplanade des Mosquées. Le projet de restauration n'a finalement pas abouti mais les familles Balian et Karakashian ont décidé de rester à Jérusalem. Elles ont fondé dans la Vieille Ville un petit atelier de poterie. Elles y peignaient à la main des céramiques vernissées de style ottoman : des vases et des plats où se détachent sur fond blanc des motifs végétaux verts et bleus relevés de touches de corail et de jaune d'or. Leur partenariat a pris fin en 1965 mais les familles continuent à créer encore aujourd'hui, chacune dans son atelier.

“Jerusalem, Our Home”, l’exposition revendication | Marie MedinaUne autre partie de l'exposition est consacrée au carrelage traditionnel qui a fleuri dans les années 1920 et 1930, lorsque la bourgeoisie palestinienne a commencé à bâtir en dehors de la Vieille Ville. Dans ces villas, le sol du salon était revêtu d'un pavage aux motifs floraux si élaborés qu'il était appelé en arabe "sijjadeh", ou tapis.

Ce carrelage de pigments naturels n'est pas aussi anodin qu'il pourrait y paraître. Une amie m'a raconté l'histoire de la maison de Jérusalem dont sa famille avait été expulsée. Restée longtemps inhabitée, la demeure a été vendue - bien sûr sans que les propriétaires d'origine ne touchent un shekel - et les acquéreurs ont entrepris des travaux de rénovation. C'est alors que cette amie s'est introduite par effraction sur le chantier pour récupérer le carrelage de la maison où elle avait grandi, carrelage qui recouvre maintenant le sol de son appartement de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est.

L'exposition présente par ailleurs une collection d'objets religieux. Côté chrétien, on trouve des tampons utilisés autrefois pour estampiller les hosties et des pains d'encens décorés d'images de saints. Côté musulman, ce sont des certificats délivrés aux pèlerins ayant visité le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa, accompagnés de leurs sceaux en forme de paume ou d'épée où sont inscrits des versets du Coran.
“Jerusalem, Our Home”, l’exposition revendication | Marie Medina
L’assemblage occulte totalement le judaïsme, alors même que les juifs étaient plus nombreux que les chrétiens dans la Palestine mandataire. Cette omission est regrettable, de la part de Palestiniens qui accusent Israël de vouloir gommer toute trace de leur culture à Jérusalem.

Le projet conserve cependant de sa force, en cette période où Jérusalem est devenue inaccessible à la majeure partie des Palestiniens de Cisjordanie. "Lorsque je donne mes cours sur les monuments islamiques, je ne peux pas emmener mes étudiants voir le Dôme du Rocher", déplore Vera Tamari, qui est également professeure d'architecture à Birzeit. "Je dois me contenter de présentations PowerPoint et de diapositives".

La directrice du musée confie avoir fait de cette exposition une affaire tout autant "personnelle" que professionnelle. "Je ne peux plus me rendre à Jérusalem alors que j'y suis née", insiste-t-elle. "J'ai le sentiment d'avoir été séparée d'un lieu qui m'est très cher et c'est une séparation injuste. Pour la plupart des Palestiniens, c'est comme ça".


"Jerusalem Our Home"
Ethnographic and Art Museum at Birzeit University
jusqu'au 20 décembre 2009
tous les jours sauf vendredi et dimanche, de 10h à 16h

Marie Medina
(25/06/2009)



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