Le Hezbollah, la souveraineté de l’Egypte, Bourguiba un journaliste libanais et moi | Jalel El Gharbi
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Jalel El Gharbi   
Cher Yussef,
Il y a longtemps que j’ai « orientalisé » ma façon de penser la pensée en l’élaguant de ce côté dialectique qui fait de l’esprit un outil dans la polémique. Penser n’est plus pour moi penser contre quelqu’un mais penser avec, ou penser à, intransitivement. C’est la leçon que m’a donnée ma longue fréquentation de la poésie. La poésie, qu’elle soit orientale ou occidentale, sait penser à.
Alors ma première pensée en vous lisant, cher Yussef, est de penser au poète des poètes, à Darwich. Et pensant à Darwich, je pense à vous faire quelques reproches. C’est une main tendue et non pas un poing :
Ainsi donc vous rendant à Gaza, vous ne faites que vous enquérir du loyer que versent les locataires des tunnels. Ainsi donc vous n’avez rien vu des traces de l’insoutenable qui nous rendit malades (ni bombes à phosphores ni mutilés ni orphelins). Vous n’avez pas été choqué que des hommes soient réduits à vivre de ces tunnels, personne ne vous a rien dit du nombre de morts dans ces tunnels. Qu’importe ! Vous me direz le Hamas est responsable !
Je me prends parfois à penser que le signe d’une pensée faible est qu’elle s’en prend aux faibles. Mais je ne vous ferais pas cette injure. Je crois plutôt que vous êtes à deux doigts de penser qu’il est plus chic d’être du côté des vainqueurs. En l’occurrence, je le sais pertinemment, il est plus rentable d’être du côté des Israéliens que du côté des Palestiniens.
Moi, je ne veux pas passer pour chic. Je continue à soutenir les Palestiniens bien que ceux qui défendent cette cause ne soient pas de ma famille idéologique.
Personne ne peut m’accuser d’allégeance pour les intégristes et encore moins pour les chiites mais je reconnais que ces derniers sont les seuls à faire face à l’occupation israélienne. Le nationalisme arabe, la gauche arabe ont lamentablement échoué (l’Occident y est pour quelque chose). Ils ont mal tourné. Echec cuisant. Cuisant aussi l’échec de la corruption. Et vous reconnaîtrez avec moi que le point fort de Mr Hassan Nasrallah est que cet homme n’est pas corrompu.
Nous devrions avoir la décence de nous taire.
Moi, la bombe iranienne ne me fait pas plus peur que la bombe israélienne, française, américaine…. Je n’ai aucune phobie pour le pays de Hafez, de Atar, de Saadi, de Khosrau, de Khayyam….Aucune.
Moi que personne ne peut accuser d’être antisémite (Mes amis juifs peuvent témoigner pour moi), je voudrais esquisser pour vous –rapidement- le portrait du Palestinien. Une brève poétique qui aurait pour motif le Palestinien. C’est l’homme seul, portant son identité comme une injure, payant pour les fautes des autres. Le pestiféré, le fou de la nef, le paria, le métèque, le juif d’aujourd’hui, celui sur qui on peut tirer même quand on est journaliste sans courir aucun risque.
Il me souvient dans le décousu de ce propos cette anecdote historique : un jour, Bourguiba (personne ne peut témoigner que j’ai applaudi à un seul de ses interminables discours) proposa à De Gaulle ce troc : « je vous cède Bizerte pour toujours à condition que vous sortiez d’Algérie ».
Juste ce point rapidement, pour ne pas tomber dans les travers d’une déformation professionnelle : je n’ai pas de cours à vous donner. La Tunisie, petit pays n’investissant pas dans les armes, tire sa parfaite invulnérabilité du tribut de sang qu’elle a payé pour l’Algérie et pour la Libye.
Je parlais de Bourguiba. Donnez-moi un seul homme de cette envergure dans la classe politique arabe d’aujourd’hui. Nul ne peut soutenir la comparaison surtout pas celui que vous ne nommez pas et qui apparaît sous le nom d’Etat égyptien.
Ainsi donc l’Egypte est devenue soucieuse de sa souveraineté ! Et vous reprenez les arguments égyptiens. Je remarque que l’Egypte s’intéresse à sa souveraineté lorsque cela ne lui coûte rien. Tout comme la Jordanie et le Liban. Israël, on n’en parle pas, on se contente de lui tirer les marrons du feu.
Pourtant, il y a sur terre des noms qui font que le monde est encore habitable : ce sont des femmes et des hommes d’Europe, d’Amérique et de partout, des « sadeks » (ou « justes » si vous préférez) qui ont le courage de voir que le Hezbollah ne se réduit pas à une affaire de trafic de drogue, que Gaza ne se réduit pas à une erreur de calcul d’un parti politique mais que ce fut une épreuve de plus ayant reposé devant nous la question de l’humanité de l’homme. La résistance palestinienne que vous confinez entre des guillemets n’est pas une affaire de trafic. Gaza n’est pas une vulgaire affaire de drogue. Pour paraphraser le poète : Gaza fut l’épreuve de Dieu. Moi, l’homme de peu de foi, je vous le dis.
Cordialement.
Jalel El Gharbi


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