Bir Zeit 2009 | Jacques fournier
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Jacques fournier   
Bir Zeit 2009 | Jacques fournierBir Zeit: venant de Ramallah, on ne tarde pas à voir de loin l’université toute blanche, groupe de bâtiments modernes dominant la localité du même nom. C’est l’un des hauts lieux de la culture palestinienne.

Je le fréquente assez régulièrement depuis plusieurs année et je viens d’y passer à nouveau deux semaines, entre faculté et institut de droit, deux endroits où souffle l’amitié franco-palestinienne.

L’institut de droit est, en Palestine, le pionnier de ce que l’on appelle maintenant la «légistique», c’est à dire l’art et la manière de confectionner des actes normatifs, et d’abord le plus important d’entre eux, la loi.

L’institut a mis en place depuis 1995 une banque de données juridiques, «Al Muqtafi», qui rassemble tous les textes applicables en Palestine . Dieu sait que leurs origines sont diverses. Certains remontent à la période ottomane, d’autres au mandat britannique, d’autres encore à l’application du droit égyptien à Gaza et du droit jordanien en Cisjordanie entre 1948 et 1967 ou à l’occupation israélienne après 1967.

C’est à partir de cet ensemble hétérogène que doit se construire la législation du nouvel Etat palestinien. Cette œuvre a été largement engagée, sous l’égide de l’Autorité palestinienne. Puisse-t-elle ne pas être compromise par la coupure actuelle, que j’espère temporaire, entre Gaza et la Cisjordanie.

L’institut y contribue activement. Il a mis au point un guide pour la rédaction des textes législatifs. Il se propose d’organiser maintenant une formation à l’intention de ceux qui doivent se livrer à cette activité. C’est pour aider à sa mise en place que je suis allé rencontrer à Bir Zeit le directeur de l’institut, Ghassan Faramand, et l’équipe des enseignants et chercheurs qui l’entourent.

Bir Zeit 2009 | Jacques fournier
Camille Mansour
A côté de l’institut, et là aussi avec une aide de la France, une faculté de droit et d’administration publique a ouvert ses portes à la rentrée 2004. Son doyen est aujourd’hui Camille Mansour, éminent professeur d’université, qui a la double nationalité française et palestinienne. Il a été lui-même auparavant directeur de l’institut de droit. Nul mieux que lui ne peut symboliser l’alliage entre les cultures de nos deux pays et entre les activités de recherche et d’enseignement du droit en Palestine.

Un consortium académique d’appui à cette faculté s’est constitué en France. Il regroupe sept universités, trois Instituts d’étude politique et l’Ecole nationale d’administration. A partir de là s’organisent missions d’enseignement, aides à la recherche, stages, séjours linguistiques. La communauté universitaire française manifeste ainsi sa solidarité à son homologue palestinienne.

Certes, à Bir Zeit comme dans le reste de la Palestine, c’est d’abord l’arabe que l’on parle, et ensuite l’anglais. Le français ne peut venir qu’ensuite et assez loin derrière. Mais il est présent tout de même. J’ai eu l’occasion, durant mon séjour, de passer plusieurs heures avec un petit groupe d’étudiants francophones. Ils avaient suffisamment progressé dans l’apprentissage du français pour que nous puissions échanger dans notre langue.

Nous avons parlé bien sûr de la situation en Palestine, de leurs espoirs, de leurs projets. Ils m’ont paru tout à la fois réfléchis, désabusés et déterminés. Ils sont déçus par la tournure qu’ont pris les évènements. Ils ont vu la seconde intifada s’enliser, le mur se construire, leurs dirigeants s’installer dans une négociation qui n’avance pas, la communauté internationale garder le silence. Ils subissent les contraintes et les humiliations de la vie quotidienne, par exemple lorsqqu’il s’agit d’obtenir de l’autorité d’occupation un permis de déplacement pour aller à Jérusalem. Ils ne croient plus la paix possible.

Pour autant ils ne capitulent pas. Ils ont des projets, pour eux et dans leur pays. Administration, défense des droits de l’homme au sein d’une ONG, journalisme, enseignement du droit pénal, voire, (on ne s’y attendrait pas mais il ne faut pas oublier qu’il y a des chrétiens parmi les palestiniens), spécialisation en droit canon : ces perspectives professionnelles, évoquées au cours de notre dernier entretien, sont à la fois diverses et convergentes. Elles traduisent toutes une vision lucide de la situation et une volonté d’agir dans le cadre national palestinien.

Des élections universitaires ont lieu chaque année à Bir Zeit. Celle de 2009 se sont déroulées durant mon séjour. Trois jours durant le campus a été le théâtre d’une campagne électorale menée selon des règles précises et parfaitement respectées : une journée pour les démonstrations de chacune des listes en présence, une journée pour des interventions successives devant l’assemblée des étudiants, une journée pour l’expression des suffrages dans les bureaux de vote.

J’ai pu comparer les résultats de cette consultation avec ceux des années précédentes. Ils font apparaître, pour la participation au scrutin comme pour la répartition des voix, une très grande continuité.

Le niveau de participation est toujours très élevé. Il s’est établi cette année à 84,62% contre 83,24% l’an dernier.

La lutte est toujours très serrée entre les listes du Fatah et celles du Hamas qui obtiennent à elles deux la grande majorité des 51 sièges en compétition.

En 2006 et 2007 c’est le Hamas qui l’avait emporté avec 23 puis 22 sièges contre 18 puis 21 au Fatah.

En 2008 le Fatah était repassé devant avec 25 sièges contre 19 au Hamas.


En 2009 il reste en tête mais avec une avance plus courte que l’année précédente : 24 sièges contre 22 au Hamas.

Les autres sièges vont à ce que nous appellerions les petites listes, principalement le FPLP qui obtient bon an mal an 4 ou 5 sièges.

Cette pratique démocratique est ancienne à Bir Zeit. Les élections y sont organisées depuis 1979. La stabilité des résultats témoigne de la maturité de ce corps électoral, il est vrai particulier, mais que l’on peut néammoins considérer comme assez représentatif dans une société où le niveau d’éducation est relativement élevé.

Des élections présidentielles et législatives devraient normalement avoir lieu l’an prochain. Leur tenue est l’un des sujets des discussions en cours au Caire entre les forces politiques palestiniennes. Puissent-elles suivre l’exemple des étudiants de Bir Zeit et se montrer à leur tour capables d’organiser dans le calme ces consultations.

L’avenir des institutions palestiniennes en dépend largement.

le 30 avril 2009
Action publique. Le blog de Jacques Fournier
http://jacquesfournier.blog.lemonde.fr /


(06/05/2009)



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