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Mohamed Chérif Ferjani
Nous devons refuser les réflexes identitaires
«Le drame des Palestiniens est qu’ils sont victimes d’un Etat issu d’un autre drame dont le souvenir hante la conscience des maîtres de l’ordre international. Ils ont été offerts en holocauste pour racheter les crimes des auteurs et des complices de la Shoah devenus, depuis, les protecteurs de l’Etat d’Israël. Ils sont aussi victimes de la logique qui préside aux relations internationales. Ils ont la malchance de faire partie de cette humanité dont les droits comptent peu. Tant que la vie d’un être humain n’aura pas la même valeur que celle de n’importe quel autre humain, tant que les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale auront le privilège d’imposer leur volonté à l’ONU pour faire valoir leurs intérêts et ceux de leurs alliés au détriment des droits élémentaires du reste de l’humanité, ce genre de drame, avec son lot d’horreurs et de barbarie, continuera à se reproduire.
Comment mettre fin à cet ordre ? Certainement pas en en intégrant la logique et en la reproduisant au niveau des relations au sein des sociétés qui en sont victimes : le grand problème des pays du Sud, dont les pays arabes, c’est que leurs sociétés et leurs systèmes politiques sont structurés par la même logique : la vie des petites gens n’a aucune valeur, leurs droits élémentaires sont bafoués et les privilèges de leurs gouvernants et de leurs proches n’ont comme limites que celles que leur imposent les intérêts supérieurs des puissances dont ils dépendent. Les gouvernants ne peuvent pas dénoncer les effets d’un système qu’ils reproduisent et dont ils dépendent ; d’où leur silence honteux. Les populations réagissent à l’injustice de l’ordre qu’elles subissent au niveau international et local en reproduisant la même logique : mes droits contre ceux de mon ennemi. Les souffrances et les droits de l’Autre, l’ennemi absolu, sont niés au nom des miens.
Les intellectuels ont le devoir de dénoncer les injustices de l’ordre international et celui des systèmes politiques qui les reproduisent. Ils ne doivent pas caresser les opinions arabes dans le sens du poil, mais faire appel à l’universalité de l’humain et de ses droits, inviter les populations des camps opposés à prendre en charge les souffrances et les droits de celui qui leur est présenté comme l’ennemi absolu. Pour cela, il est important de faire entendre les voix, nombreuses, des Juifs et des Israéliens qui dénoncent l’occupation et les massacres auxquels se livre l’armée israélienne contre les Palestiniens (1). Il faut aussi donner la parole aux Arabes et aux musulmans qui refusent les réflexes identitaires et appellent à une solution prenant en compte les drames et les aspirations légitimes des populations embarquées dans un conflit absurde.»

(1) Voir la réaction de l’universitaire israélien Gadi Algazi, traduite et publiée par le journal en ligne des rationalistes arabes Alwan.

Mohamed-Chérif Ferjani | babelmed Cet article fait partie du dossier sur Gaza, publié dans le n° de février du Le Courrier de l’Atlas .

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