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Ghaleb Bencheikh
Nous devons avoir une attitude de résistance déterminée, implacable et non violente

«Si nous nous plaçons sur le plan de l’éthique, de la légalité internationale, du droit, de la justice, ce qui s’est passé à Gaza est dans la continuité du déni de droit et de justice dont souffre le peuple palestinien depuis soixante ans. Aucun régime arabe n’a eu l’audace d’un Hugo Chavez, pour illuminé qu’il soit sur autre chose ; ceux qui ont des relations diplomatiques avec Israël n’ont même pas menacé d’expulser l’ambassadeur.
Il me semble que les intellectuels arabes et musulmans, en dépit du soutien qu’ils affichent et avec ce soutien-là, ne doivent pas placer le débat comme la partie israélienne essaie de le faire. Il ne doit pas relever des solidarités naturelles, instinctives, viscérales, allant de pair avec l’appartenance ethnique ou confessionnelle. Nous devons clamer haut et fort que nous sommes avec le peuple palestinien parce que c’est un peuple qui souffre. Et que c’eût été un tout autre peuple, quel qu’il soit, rwandais, zoulou ou péruvien, un peuple qui subissait les affres de l’occupation, de l’oppression, de l’humiliation, d’un blocus qui l’affame, nous eussions été solidaires de ce peuple-là. Donc, ce n’est pas judaïsme contre islam, ça n’a pas de sens.
Nous ne devons pas, ni dans nos slogans ni dans nos manifestations, placer l’affrontement sur ce plan-là. Nous devons toujours le placer au niveau de la légalité internationale. Par exemple, pourquoi n’y a-t-il jamais eu autant de colonies que depuis les accords d’Oslo ? Nous devons insister d’un autre côté sur le fait que l’on ne répare jamais une injustice en en commettant d’autres et donc nous devons condamner les attentats suicides et condamner ces tirs de roquettes qui sont improductifs, stupides et qui atteignent des civils. Si nous voulons parler d’éthique et de droit, nous devons commencer par ça.
La riposte de l’armée israélienne est disproportionnée. La Torah ne dit pas que pour un œil, ce sont les deux yeux ; pour une dent, c’est la mâchoire ; et pour un homme, c’est la tribu. Et la démocratie ne s’accommode pas des punitions collectives, d’un état de sujétion d’un autre peuple et des violations flagrantes des Conventions de Genève. Ce sont des crimes de guerre auxquels nous assistons et, malheureusement, la passivité, le louvoiement, la pusillanimité de la communauté internationale feront en sorte, et nous le regrettons terriblement, qu’il risque d’y avoir retour du terrorisme en Europe, des tensions exacerbées et un monde instable.
Nous devons aussi, me semble-t-il, susciter parmi nous l’équivalent d’un Mandela, d’un Martin Luther King, d’un Gandhi. Nous en avons eu dans l’histoire contemporaine : Abdul Ghaffar Khan, qui est malheureusement très peu connu. Une attitude déterminée, pacifique, une résistance implacable, finissent par désarmer la plus puissante des armées, par saper le moral des troupes ennemies, par ôter leurs arguments aux oppresseurs, par attirer davantage de sympathie dans le monde, a fortiori dans ce que l’on appelle le monde libre. Il est bien sûr beaucoup plus facile de le dire à Paris que de le vivre à Gaza assoiffé, affamé, humilié. Il faut multiplier les manifestations communes, c’est plus payant, plus intelligent. Par exemple des banderoles communes avec la partie juive solidaire du peuple palestinien, qui est dans une solitude pesante. Le désir de paix est un désir commun, qui transcende les clivages, surtout religieux. Ce n’est pas une solidarité de religion, c’est une affaire non pas de juifs et de musulmans, mais la tragique histoire d’une occupation. Il faut dépasser le compassionnel et l’émotionnel».

Ghaleb Bencheikh  | babelmed Cet article fait partie du dossier sur Gaza, publié dans le n° de février du Le Courrier de l’Atlas .

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