Nous tous | Adania Shibli
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Adania Shibli   
Nous tous | Adania ShibliConcernant Gaza, nous tous, de Sdérot jusqu’à Arish en passant par le pôle Nord, du Néguev jusqu’à Chypre en passant par Le Mexique, avons quelque chose en commun.

Nos opinions et nos sentiments à l’égard de ce qui se produit là-bas peuvent bien diverger. Certains peuvent éprouver soulagement et satisfaction, conduits qu’ils sont à de telles réactions par leur vécu en dehors de Gaza, à Sdérot, par exemple.

Certains jeunes activistes peuvent se liguer à Tel-Aviv pour mener une campagne d’information expliquant la nécessité de ce qui se passe là-bas. Les uns peuvent y souscrire, d’autres condamner. Les services de renseignement, qui sont au courant même de ce que personne n’a encore dit, peuvent affirmer que les habitants de Gaza sont lassés du Hamas.

Certains, parmi ceux qui ont peut-être été arrêtés par ces mêmes services de renseignement, peuvent soutenir que le moment est venu de serrer les rangs. D’autres, emportés par la colère, peuvent manifester pour exprimer leur condamnation et leur refus. Ils peuvent même se trouver confrontés à d’autres personnes comme cet homme ou cette femme descendue de sa voiture à Haïfa pour insulter les manifestants.

Certains peuvent bien jeter un livre sur l’ambassade d’Israël à Londres ou même une pierre sur l’ambassade d’Egypte à Beyrouth et les policiers peuvent s’abattre sur lui pour l’arrêter.

On peut même tout oublier et se mettre à expliquer à un enfant somnolent pourquoi certains drapeaux portent l’arbre de Noël et d’autres une étoile, une faucille et un marteau. On peut éprouver comme une paralysie totale et se sentir incapable de rien faire, on peut même déprimer et rester chez soi, ne sachant que faire. On peut même oublier si l’on a pris son bain ou pas, absorbé que l’on est dans ses pensées pour Gaza.

Certains peuvent aller jusqu’à attendre que le nombre des morts augmente pour rompre le silence, dire « Assez » et alors manifester. Certains attendent que ce nombre augmente par soif de mort, ou par amour des chiffres comme si l’augmentation du nombre des morts ressemblait à un compte personnel permettant de mesurer la douleur éprouvée et d’obtenir même la sympathie des plus indifférents.

Certains peuvent annuler le programme de la journée, le projet de shopping en ces temps de soldes ou le repas du Nouvel An. Certains peuvent écrire, comme je le fais maintenant. Il se peut que certains n’aient même pas entendu parler de ce qui se passe là-bas, absorbés qu’ils sont dans leurs peines et dans leurs drames dans les bidonvilles du Mexique, ou par indifférence ou tout simplement parce qu’ils sont morts. Tout est possible.

Mais quels que soient nos idées, nos sentiments et nos actes, nous avons tous en commun une même chose : nous sommes en dehors de Gaza. Tout ce que nous pouvons faire, dire ou éprouver peut émaner de tout sauf de notre connaissance de la vie, de la mort et de la vie de ceux qui ne sont pas encore morts à Gaza.
Souvenons-nous que nous savons que ne nous ne le savions pas.

Adania Shibli
Traduction de l'arabe en français de Jalel El Gharbi
(08/01/2009)



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