Bil'In, trois ans de protestations contre le Mur  | Marie Medina
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Marie Medina   
Bil'In, trois ans de protestations contre le Mur  | Marie MedinaElles sont entre 1.000 et 2.000, selon les organisateurs. Au dessus de la foule flottent les drapeaux des partis palestiniens : rouge pour le FDLP (Front démocratique de libération de la Palestine), jaune pour le Fatah et orange pour Al-Mubadara (Initiative nationale palestinienne). Des Israéliens et d'autres étrangers se mêlent au cortège. Deux cars ont fait le trajet depuis Tel Aviv et Jérusalem, affrétés par la gauche de la gauche israélienne - la Coalition des femmes pour la paix, les Anarchistes contre le Mur, l'ICAHD (Comité israélien contre les démolitions de maisons) et Gush Shalom (le Bloc de la Paix), entre autres.

"On insiste depuis trois ans. On le fait toutes les semaines", souligne Yoav, l'un des jeunes organisateurs israéliens. "Chaque vendredi, je viens à la manifestation", confie également Abdelatif Smaïl Yassine, un habitant de Bil'In. Cet instituteur de 50 ans explique que son père avait une olivaie de l'autre côté du Mur : "Des bulldozers israéliens ont abattu tous les arbres et la terre a été annexée par la colonie de Kiryat Sefer, où vivent des juifs religieux".

Environ 200 familles résident à Bil'In. L'économie de ce village, situé au nord de Ramallah (Cisjordanie), repose essentiellement sur l'agriculture. "Lorsque nous avons perdu nos terres, nous sommes devenus très pauvres", déplore Abdelatif Smaïl Yassine.

Israël a confisqué environ 200 hectares, affirmant qu'une telle mesure était "vitale" pour assurer la sécurité de Modi'in Illit, nom plus récent de Kiryat Sefer. Certains agriculteurs palestiniens ayant pu conserver la propriété de leurs terres s'en sont retrouvés séparés par la "barrière de sécurité". Pour aller cultiver leurs champs, ils doivent franchir un point de contrôle qui est fermé plusieurs heures par jour.

Dès 2004, la municipalité de Bil'In a saisi la justice israélienne. Et la Cour suprême lui a donné raison le 4 septembre 2007. Dans leur décision, les juges expliquaient ne pas être convaincus par les arguments sécuritaires avancés par le gouvernement car une partie des terrains confisqués avaient servi à édifier un nouveau quartier de la colonie juive. Ils ordonnaient donc à l'armée de rectifier le tracé du Mur de Séparation "dans un délai raisonnable".

Bil'In, trois ans de protestations contre le Mur  | Marie MedinaCependant, six mois après, rien n'a changé. Le jugement n'a pas été appliqué. "Tant que le Mur sera là, nous aussi!" proclament donc les mouvements de gauche israéliens dans leur appel à manifester pour le troisième anniversaire du début des protestations.

Présent ce 22 février, Mustapha Barghouti, secrétaire général d'Al-Mubadara (Initiative nationale palestinienne), salue la résistance "non-stop" des habitants de Bil'In. "Nous tentons d'étendre cette forme de lutte non-violente partout", explique-t-il à BabelMed. Chaque vendredi, il y a des manifestations de ce type dans une quinzaine de localités confrontées au même problème. "Notre but est d'atteindre les 70", poursuit l'ancien candidat à la présidentielle palestinienne de janvier 2005, où il était arrivé deuxième, loin derrière Mahmoud Abbas. Mustapha Barghouti espère que la "masse critique" des 70 manifestations hebdomadaires permettra d'obtenir "un fort soutien international contre ce système d'Apartheid".

Bil'In accueille les bras ouverts les étrangers, que ce soient des Américains travaillant dans des ONG, des journalistes européens ou de jeunes Israéliens portant le keffieh. Les "welcome" fusent et un vieux Palestinien distribue des dattes.

Dror Shiram, un libraire israélien de 29 ans, vient "pour montrer aux Palestiniens qu'ils ont des partenaires de l'autre côté". Suzy, une professeure d'anglais qui habite depuis neuf ans à Jérusalem, participe à la manifestation même s'"il n'y a pas beaucoup d'espoir que ça change quelque chose". "Je ne peux pas ne rien faire", explique cette Américano-Israélienne : "Le mal arrive quand il y a assez de gens bien qui ne font rien".

Née à Bil'In, Maha habite à Ramallah mais elle rend visite à ses parents et à ses frères et soeurs le week-end. Cette professeure d'université de 33 ans voit d'un bon oeil la venue des étrangers dans le village. "Ca nous fait plaisir", assure-t-elle. "La solidarité entre les peuples, c'est une chose très importante".

Comme beaucoup de manifestants, elle reste à l'arrière du cortège, à environ 200 mètres du Mur. La manifestation n'est pas aussi pacifique que l'affirme Mustapha Barghouti. La plupart des enfants restent en retrait mais quelques adolescents équipés de lance-pierres visent les soldats israéliens postés de l'autre côté de la "barrière de sécurité". Et les militaires répliquent à coups de grenades assourdissantes, de gaz lacrymogènes et de balles de caoutchouc.

Ce vendredi, le Croissant Rouge palestinien a recensé une vingtaine de blessés.

Marie Medina
(29/02/2008)


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