Des élections historiques en Palestine | Catherine Cornet
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Catherine Cornet   
 
Des élections historiques en Palestine | Catherine Cornet
1.3 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales sont allés voter mercredi 25 janvier 2006, pour les premières élections parlementaires palestiniennes tenues depuis 10 ans. Ils devaient choisir entre 728 candidats qui briguent les 132 sièges du Parlement. La moitié des candidats sont élus par circonscription, le reste par représentation proportionnelle. Ce jour historique pour l’Autorité palestinienne a attisé les commentaires et analyses de la presse internationale et arabe sur le futur de l’Autorité et du processus de paix.


L’importance historique de ces élections
La presse internationale et arabe soulignent, avant toute chose, l’importance historique de ces élections. Pour le site indépendant Open Democracy «Les résultats de ce processus électoral basé sur le multipartisme influencera la réponse palestinienne à l’occupation israélienne pour les années à venir et joue, ainsi, un rôle fondamental dans la transformation du conflit au Moyen-Orient pour les Palestiniens, comme pour les Israéliens». Le quotidien palestinien Al Quds, de son côté, salue cette ouverture démocratique du pays en titrant un triomphant : “Le jour de la démocratie palestinienne”. La figure clé de cette ouverture, l’actuel président de l’Autorité Mahmoud Abbas fait l’objet d’éloges et de commentaires soucieux.
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Mahmoud Abbas
Mahmoud Abbas, le faible?
L’International Herald Tribune souligne, de fait, l’importance de l’ouverture décidée par Abbas, analysée comme la volonté de mettre un terme au monopole de Fatah sur la scène politique: «Pour le pire ou le meilleur, Mahmoud Abbas, le président palestinien, a eu ce qu’il voulait: des élections législatives palestiniennes, les premières du genre depuis une décennie». Le quotidien international émet pourtant de sérieux doutes sur le bien fondé de cette ouverture: «L’exploit d’Abbas avec les élections de mercredi est aussi un extraordinaire risque. Il a décidé de mettre fin au monopole des factions de Fatah sur tous les instruments du pouvoir dans les territoires palestiniens, introduisant le groupe islamique radical Hamas dans la politique nationale. Beaucoup de membres de Fatah, sans parler d’Israël et des Etats-Unis, pensent qu’Abbas a invité «le serpent dans le jardin».

L’éditorialiste du quotidien panarabe Al Hayat, Jihad Al Khazen salue, en revanche, ce dirigeant «unique» dans la région, le seul à ne pas s’accrocher au pouvoir et à respecter le processus démocratique. La «faiblesse» du président actuel est lié au sabotage israélien qui l’empêche, depuis son élection, de contrôler les territoires. La question de l’armement des factions palestiniennes apparaît, ainsi, comme la critique majeure imputée au président et représente, en même temps, le point crucial de ce scrutin. Toujours selon Jihad Al Khazen, qui a reçu ses informations "du bureau du président palestinien directement", Abu Mazen est un homme «fatigué, triste et en peine» parce que “la campagne israélienne lancée contre Mahmoud Abbas n’est pas venue de nulle part mais bien parce qu’il refuse toujours de désarmer les factions de résistance islamique. D’abord parce qu’il sait que cela provoquerait une guerre civile palestinienne, et deuxièmement parce qu’il en est incapable». Mahmoud Abbas semblerait, de plus, prêt à démissionner si Hamas remporte la majorité des votes. Le «faible» Mahmoud Abbas, comme il est souvent décrit, serait seulement extrêmement conscient de son impuissance à désarmer, étant donné le blocus opéré par Israël.

La position d’Israël, le désarmement des factions
Du côté israélien, les déclarations officielles du premier ministre israélien par intérim, Ehud Olmert, reprises par le quotidien britannique The Guardian sont claires: “Israël est ouvert aux négociations, mais seulement après la fin des violences. Si les arabes réussissent à tourner le dos au terrorisme et abandonner leur désir d’anéantir Israël, ils pourront alors établir un état palestinien au sein de frontières temporaires et jusqu’à ce que les points les plus problématiques ne soient résolus de façon permanente.” Pour le quotidien israélien de gauche,Haaretz, la grande surprise de ces élections reste la participation de presque tout le spectre politique palestinien à des élections qui appartiennent pourtant à l’héritage d’Oslo: «Il est surprenant de noter que le Jihad islamique soutient Fatah et l’Autorité palestinienne sur cette question. Le Jihad est la seule faction palestinienne qui ne participe pas aux élections, et ses porte-paroles s’accordent pour dire que cette participation représente une reconnaissance indirecte du processus d’Oslo. Mais toutes les autres factions d’oppositions y participent, et en particulier Hamas, qui boycotta les élections de 1996 à cause de son opposition à Oslo, ainsi que le Front populaire de libération de la Palestine et le Front démocratique pour la Libération de la Palestine. Cela rend l’espoir possible et peut être qu’Abbas et ses collègues ont raison: un nouveau parlement et un nouveau gouvernement, auquel participent Hamas et la gauche, pourrait faire avancer le processus diplomatique plus que l’arrêter.»
Cependant, pour un autre éditorialiste du quotidien panarabe Al-Hayat, Maher Othman, le dilemme le plus inquiétant mis en lumière par les élections reste l’attitude obtuse d’Israël et sa requête impossible du désarmement: «le refus d’Israël de reconnaître la participation du Hamas dans les élections est rendue clairement par l’affirmation du nouveau ministre des affaires étrangères israélien Tzipi Livni, qui a déclaré qu’il ne considérait pas la condition posée par Israël de désarmer les factions palestiniennes, en particulier Hamas, comme une interférence dans les affaires palestiniennes. Mais le désarmement des factions ne sera pas une tâche facile. Israël n’a pas été capable de le faire, pendant dix ans d’occupation et malgré de nombreuses victoires militaires. Cela peut faire douter sur le fait que l’Autorité palestinienne puisse y réussir». Les déclarations du chef de file du Hamas, rapportées ce jour par l’AFP, confirment cette analyse: «En déposant son bulletin dans une urne à Chati, un quartier de Gaza, le chef de file du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a affirmé que son mouvement ne désarmerait pas, même après son entrée au Parlement. "Les Européens et les Américains affirment que le Hamas doit avoir soit les armes, soit le Conseil législatif palestinien (CLP, Parlement). Mais nous disons, les armes et le Conseil législatif", a-t-il ajouté.

Les femmes du Hamas
Pour l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram Weekly, ces élections sont un fer de lance pour l’engagement des femmes palestiniennes dans le processus politique: «à Rafah, 34,000 femmes voteront contre 32,000 hommes». Jameela Al-Shanty, professeur à l’Université islamique de Gaza et numéro trois de la liste du Parti Hamas a déclaré, dans ce sens au Weekly, que sa plateforme inclus «l’encouragement de la participation des femmes au gouvernement». Fathiya Barghouti Rheime, du Hamas, a été, de fait, la première femme palestinienne élue maire, l’année dernière, rappelle en outre l’hebdomadaire.
Au contraire, Open democracy se dit un peu déçu par rapport à la place de la femme palestinienne dans le jeu politique: «le système de quota, qui avait été appliqué durant les élections municipales de 2005 a été bafoué pour ces dernières élections. Cela conduit à penser que les femmes ne représenteront que 10% des 132 sièges disponibles. Cela représenterait un chiffre décevant pour ceux qui se souviennent de le première intifada de 1997 lors de laquelle les femmes, à l’égal des hommes, avaient participé à la campagne contre l’occupation”.

La jeunesse Palestinienne
Pour Al Quds Al Arabi, qui salue lui aussi ce jour de démocratie palestinienne, l’accent est mis sur l’«entrée de sang neuf» sur la scène politique nationale.«Plus de jeunes, et donc plus de personnes qui comprennent les problèmes du peuple» . Ce changement et de «nouveaux responsables nationaux» permettront une politique plus «honnête, transparente et pluraliste». Un changement heureux après plus de «trente ans de parti unique au pouvoir» qui sonne «la fin du pouvoir des pères» et la possibilité pour le peuple de s’exprimer librement sur son destin.
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Mustafa Barghouti
Craintes et malaise international
Les Etats-Unis, très préoccupés d’une éventuelle victoire du Hamas ont déclaré qu’il ne parlerait pas au Hamas s'il n'annonce pas son désarmement. Tony Blair déclarait lundi «qu’il est difficile pour nous de négocier ou de parler au Hamas, à moins qu’il ne renonce clairement au terrorisme» rapporte le Guardian. Le quotidien ajoute que, par ailleurs, «certains diplomates occidentaux pensent que les gouvernements ne peuvent pas ignorer totalement le Hamas et qu’ils trouveront des moyens pour discuter avec lui à travers d’autres membres de l’Autorité palestinienne”.

Une voie alternative
Les analyses les plus soutenues comme celle d’Eóin Murray toujours dans le Guardian ou de Roger Heacock dans la revue de pensée critique algérienne Naqd apportent une lueur d’espoir et une voix qui diverge de l’ensemble de la presse internationale qui ne décrit ces élections que comme un face à face “Hamas versus Fatah”.
Une troisième voie serait, en effet, en train de voir le jour. Elle «regroupe les défenseurs des droits de l’homme et les politiciens progressistes qui se placent sous la liste de la «Palestine indépendante», la liste menée par Mustafa Barghouti, et la liste de la “Troisième voix” menée par Hanan Ashrawi.

Selon Murray, «ces groupes apportent une voix alternative pour beaucoup de civils palestiniens qui sont fatigués de le vieille rhétorique et de la vieille politique. Pouvant remporter au moins 30% des voix, tout porte à croire qu’ils auront une influence considérable après le jour des élections”. Catherine Cornet
(25/01/06)
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