Pluie de bombardements sur les Gazaouis  | Leila Shahid, Etat palestinien, Benjamin Netanyahu, Ban Ki-moon, Navi Pillay, bande de Gaza
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Nathalie Galesne   

Pluie de bombardements sur les Gazaouis  | Leila Shahid, Etat palestinien, Benjamin Netanyahu, Ban Ki-moon, Navi Pillay, bande de Gaza

Depuis le 8 juillet, au moins 1 348 Palestiniens ont été tués, les blessés se comptent par milliers (7300 selon les services de secours palestiniens), tandis que 240 000 Palestiniens ont du fuir leur habitation, une grande partie d’entre eux trouvant refuges dans les 85 centres de l’ONU, pris également pour cible par l’aviation israélienne. Dans son rapport du mercredi 30 juillet, l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient (UNRWA) dresse un bilan tragique du sort subi par ses installations, régulièrement pilonnées par l'armée israélienne alors que la plupart d’entre elles constituent des refuges pour la population palestinienne.

Les écoles de l'UNRWA, cibles de l’aviation israélienne

En effet 85 des 245 écoles administrées dans la bande de Gaza par l'UNRWA servent de refuge en cas d'opération militaire israélienne, bénéficiant normalement d'un droit d'inviolabilité. Or, jeudi 31 juillet au matin, une école a été touchée par un bombardement. C’est la septième depuis l’offensive israélienne. L'attentat a fait quinze blessés. Mercredi 30 juillet, scénario à l’identique dans l’attaque d’une école élémentaire à Jabaliya où s'étaient réfugiées plus de 3 300 personnes, et où ont péri au moins 16 personnes. Pourtant l’armée israélienne n’était pas sans connaître l’emplacement géographiques du bâtiment dont les coordonnées lui avaient été transmises 17 fois. « Le dernier signalement a eu lieu quelques heures avant l'attaque fatale », a précisé l'agence de l’ONU. Déjà le 24 juillet, une école élementaire de l'UNRWA à Beit Hanoun (dans le nord de la bande de Gaza), signalée à douze reprises à l'armée israélienne, avait été bombardée alors qu’elle abritait une centaine de personnes. Bilan : au moins 16 morts, dont certains employés de l’ONU.

Crimes de guerre

Lors d’une conférence de presse jeudi 31 juillet 2014 à Genève, Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a déclaré que les violations du droit international commises par Israël à Gaza sont « incontestables ». L’Etat hébreu a violé les principes de proportionnalité et de précaution. Et de fait, les attaques de Tsahal contre les hôpitaux et les écoles de l’UNRWA peuvent être considérées comme « des crimes de guerre ».

Dans une mesure totalement asymétrique, Israël compte aussi ses victimes : 59 soldats et 3 civils ont été tués. Un bilan qui encourage le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à faire fonctionner jusqu'au bout la machine de guerre israélienne lancée contre la bande de Gaza. Selon ses dernières déclarations, les militaires ne s'arrêteront que lorsque les tunnels des militants palestiniens menant de Gaza vers Israël seront tous détruits, et tant qu’ils ne parviendront pas à une capitulation totale du Hamas.

Les Etats-Unis complices de l’opération militaire israélienne

La diplomatie américaine semble tout aussi impuissante que les condamnations du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, pour arrêter la nouvelle tragédie qui s'est abattue sur les Gazaouis. D’autant que le double discours des USA est au vu et au su du monde entier. En effet, toujours selon une dépêche de l’AFP, les États-Unis ont confirmé mercredi 30 juillet 2014 avoir autorisé l’armée israélienne à puiser dans des stocks de munitions américains au cours de la semaine écoulée pour poursuivre les raids à Gaza. Ils ont notamment fourni à Israël des grenades et des obus de mortier. Cet armement est entreposé en territoire israélien dans le cadre d’un programme de l’armée américaine appelé “War Reserves Stock Allies-Israel” (WRSA-I) qui consiste à stocker des munitions en Israël, à l’usage des Américains, mais auxquelles les Israéliens peuvent cependant avoir recours dans des situations d’exception. Les USA soutiennent donc militairement le gouvernement israélien dans cette nouvelle offensive.

Une machine de guerre qui détruit Palestiniens et Israéliens

Pourtant, comme le prouve l’histoire, la solution militaire est vouée à l’échec : « De toute évidence le gouvernement israélien, et M. Netanyahu en particulier, n’a rien appris des erreurs de l’armée israélienne qui pense qu’elle va régler toutes les questions politiques par des moyens militaires. Or il n’y a pas de solution militaire à ce conflit » expliquait Leila Shahid, ambassadrice de l'Autorité palestinienne auprès de l'Union européenne, à la journaliste qui l’interviewait il y a quelques jours sur FRANCE 24, avec une hargne déplacée et un simplisme qui ont choqué de nombreux téléspectateurs (cf.les réseaux sociaux), et qui en dit long sur la couverture médiatique de l'intervention israélienne à Gaza par certains medias français. C’était mal connaître cette figure emblématique de la cause palestinienne qui a poursuivi son raisonnement avec fermeté : « Ce conflit concerne une occupation qui dure depuis 47 ans, et donc il est temps de se rappeler que la question n'est ni celle du Hamas, ni des mouvements islamistes, mais d’une occupation militaire illégitime à laquelle la communauté internationale doit mettre fin immédiatement si nous ne voulons pas voir un effondrement de la situation en Israël et en Palestine qui ressemble à ce qui se passe aujourd’hui en Irak et en Syrie.»

//Interview de Leila Shahid sur Gaza par France 24Interview de Leila Shahid sur Gaza par France 24

Dans une interview au Courrier de l’Atlas en mars 2013, Leila Shahid avait mis en garde la communauté internationale : « En refusant de reconnaître leurs partenaires de paix et leurs droits, les dirigeants israéliens adoptent une politique suicidaire pour leur propre peuple. Aujourd’hui si le Processus d’Oslo est bel et bien terminé, nous devons, après la reconnaissance de l’Etat palestinien aux Nations unies par 138 Etats sur 193, passer à une autre étape qui nous garantisse des négociations sérieuses et qui impose à Israël le respect du droit. Israël a, comme tous les pays du monde, des devoirs à l’égard de la communauté internationale et des Nations unies.»

Cette nouvelle guerre lui donne raison.

 


 

Nathalie Galesne

31/07/2014