Gaza sous les bombardements | Bande de Gaza, UNRWA, Hamas, Luisa Morgantini, Gideon Levy, Nathalie Galesne
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Nathalie Galesne   

//Bande de GazaBande de Gaza

Après « Pluies d'été » en 2006, « Plomb durci » en 2008-2009, « Pilier de défense » en 2012, c’est à présent «Bordure protectrice » qui noircit le ciel de Gaza. Au 18e jour de l'offensive israélienne, lancée dans la nuit du 7 au 8 juillet 2014 dans la bande de Gaza, le bilan est effrayant : selon les services d'urgence de Gaza, publié vendredi 25 juillet, 815 Palestiniens ont été tués et 5 240 blessés. Il s’agit pour la plupart de civils. L’Unicef signale que 181 mineurs ont péri dans les bombardements. les réfugiés se comptent par dizaines de milliers. L'armée israélienne dénombre, pour sa part, 33 morts. La diplomatie est impuissante et le conflit menace désormais de s’étendre à la Cisjordanie où de violents affrontements entre manifestants palestiniens et soldats israéliens ont déjà fait plusieurs morts côté palestinien.  

 


 

C’est une tragédie qui perdure depuis plus d’un demi siècle avec ses cycles mortifères de plus en plus rapprochés et la souffrance répétée des Palestiniens. Et c’est une fois encore sur la bande de Gaza, territoire sous blocus depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas (1997) et dont la densité est une des plus fortes du monde (4700 habitants au km2), que des populations terrorisées ont tout abandonné pour fuir à nouveau les bombes d’Israël et trouver refuge dans les écoles ouvertes à la va vite par l’UNRWA (l’Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens).

Selon l’AFP, mercredi 16 juillet « Israël a demandé à 100.000 habitants de la Bande de Gaza d'évacuer leur domicile, l'armée intensifiant ses bombardements après le rejet par le mouvement islamiste Hamas d'une initiative de cessez-le-feu. » Mais à Gaza les école sont désormais toutes pleines à craquer, et des milliers de Gazaouis ne savent plus où trouver refuge.

A pied, sur une charrette rafistolée, dans une voiture d’un autre âge, sur une moto assurant plusieurs voyages pour mettre à l’abri les dizaines de personnes d’une même famille, ils ont fui leurs habitations menacées par les raids israéliens. Ceux-là sont les plus chanceux, les autres sont morts dans leur sommeil, ou en vaquant entêtés à leurs occupations quotidiennes, sans avoir pour la plupart un quelconque lien avec le Hamas. Ce dernier aurait tiré depuis le début du conflit environ 2500 roquettes en direction des villes israéliennes, refusant la proposition de cessez-le-feu unilatérale proposé par Israël, via l'Egypte.  Aujourd'hui le Hamas pose ces conditions, soutenu par le président palestinien Mahmoud Abbas qui a entériné ses demandes. "Les demandes de la résistance sont aussi nos demandes", a déclaré de Ramallah Yasser Abed Rabbo, secrétaire général de l'OLP. Si Gaza est brisée, tous les Palestiniens seront brisés.» 

Quelles sont-elles ?

  • « La fin de l'agression contre le peuple palestinien ».
  • La levée complète du blocus de Gaza, en place depuis 2006.
  • L'ouverture du poste-frontalier de Rafah avec l'Egypte.
  • La liberté de mouvement pour les Gazaouites à la frontière avec Israël.
  • La suppression de la « zone tampon » interdite aux habitants de Gaza.
  • L'autorisation de pêcher jusqu'à 12 milles marins des côtes de Gaza.
  • La libération de prisonniers (ceux qui avaient été dans un premier temps libérés en échange du soldat israélien Gilad Shalit en 2011).

En attendant le cessez-le-feu réclamé par l'ONU, les voici donc ces Gazaouis comptant une fois encore leur morts, affrontant de nouvelles pertes et un nouvel exil sur ce misérable mouchoir de poche territorial où il leur est décidément impossible de construire une quelconque existence. Le bilan est effrayant :  selon les services d'urgence de Gaza, publié vendredi 25 juillet, 815 Palestiniens ont été tués et 5 240 blessés. Il s’agit pour la plupart de civils. L’Unicef signale que 181 mineurs ont péri dans les bombardements. Ce sont comme à l’accoutumée les populations civiles qui paient le plus lourd tribu : « Nous avons reçu des rapports troublants sur le fait que nombre de victimes civiles, y compris des enfants, sont le résultat de frappes sur des maisons » a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du HCDH. Et de fait, plus de 70% des victimes de cette nouvelle guerre sont des civils.

Pas besoin d’être expert en relations internationales pour mesurer le déséquilibre des forces en présence : d’un côté l’Etat hébreu sur-militarisé, de l’autre la bande de Gaza, à genou après 8 années de blocus, sous l’occupation indirecte d’Israël, rationnée, interdite de commerce, de construction, de pêche, privée de toute perspective de développement économique, sous goutte à goutte humanitaire permanent.

Cependant, le fait de faire apparaître cette nouvelle intervention, selon un parallélisme douteux, comme étant justifiée par les tirs de roquette imputables au Hamas convainc de moins en moins. Si les chancelleries occidentales laissent faire, les sociétés civiles de nombreux pays manifestent de plus en plus leur indignation face à la force destructive d’Israël.

//Luisa MorgantiniLuisa Morgantini

« Depuis le séquestre des trois jeunes colons et depuis leur tragique assassinat, le gouvernement d’Israël n’a pas chercher de frapper les responsables, s’insurge Luisa Morgantini dans « Il Manifesto » du 10.7.2014. En revanche, il a puni collectivement une population entière : plus de 500 arrestations, parmi celles-ci des parlementaires, des maisons démolies, des infrastructures détruites. Des centres culturels et des universités ont été touchés, la liberté de mouvement est entravée. Femmes, hommes et enfants ont été tués. Les colons ont attaqué des villages, des troupeaux, incendié arbres et cultures. De la même manière, ils ont mis le feu à un jeune palestinien de 17 ans— une exécution digne du Klux Klux Kan — par milliers ils ont marché en hurlant « mort aux arabes », incités au crime par de pieux rabbins. »

Dans la société civile israélienne le ton se durcit également, le temps de la cohésion nationale à tous prix semble révolu. « Le monde en a assez d’Israël et de sa démence » dénonçait le journaliste israélien Gideon Levy dans le quotidien Ha’aretz au moment de la crise des otages. Israël ne peut demander la sympathie du monde alors qu’il ignore ses décisions, poursuivait-il. Il ne peut lui demander d’agir alors qu’il poursuit son occupation. Il ne peut demander sa solidarité quant au destin des victimes israéliennes alors que même persécuté, il continue de tuer, de blesser et d’arrêter des innocents de manière chronique. » (article traduit en français par http://www.infopalestine.eu/spip.php?article14682)

Lors d’une conférence de presse lundi 14 juillet, 8 cinéastes israéliens, dont les films sont présentés actuellement au festival de Jérusalem, dénoncent également les exactions du gouvernement israélien en appelant à un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza : « Les enfants de la bande de Gaza ne bénéficient pas de la protection du système du Dôme de fer, écrivent Efrat Corem, Ronit Elkabetz, Shlomi Elkabetz, Tali Shalom Ezer, Shira Geffen, Bozi Gete, Nadav Lapid et Keren Yedaya. Ils ne disposent pas d’espaces résidentiels sécurisés, ni de sirènes. Les enfants qui vivent aujourd’hui à Gaza sont nos partenaires pour la paix de demain. La tuerie et l’horreur que nous infligeons ne font que repousser plus loin toute solution diplomatique. »

Les réalisateurs pointent aussi l’impartialité des médias dans leur manière de couvrir cet énième conflit : « Ceux qui filment la souffrance des Israéliens devraient être assez courageux et honnêtes pour filmer également les morts et les destructions à Gaza, et raconter aussi cette histoire. La douleur des Israéliens et des Palestiniens ne peut être distinguée, et l’une ne cessera pas tant que l’autre durera. »

De sages paroles dont on peut douter qu’elle soient entendues par les dirigeants israéliens.

Gaza sous les bombardements | Bande de Gaza, UNRWA, Hamas, Luisa Morgantini, Gideon Levy, Nathalie Galesne 


 

Nathalie Galesne

16/07/2014