11 novembre 2004, mort du Président Yasser Arafat à l’hôpital militaire de Clamart | Mohamed Abdel Raouf Arafat al-Qudwa al- Husseini, Yasser Arafat, Leila Shahid, Etat palestinien, mort du Président, Président Chirac, Ahmed Qoreï, Courrier de L'Atlas, Nathalie Galesne
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Propos recueillis par Nathalie Galesne   

11 novembre 2004, mort du Président Yasser Arafat à l’hôpital militaire de Clamart | Mohamed Abdel Raouf Arafat al-Qudwa al- Husseini, Yasser Arafat, Leila Shahid, Etat palestinien, mort du Président, Président Chirac, Ahmed Qoreï, Courrier de L'Atlas, Nathalie Galesne

Le contexte 

Jamais un chef politique n’aura eu une telle longévité. Leader charismatique de la cause palestinienne pendant près de 50 ans, Yasser Arafat aura calé sa vie sur son tumultueux parcours de combattant. Mohamed Abdel Raouf Arafat al-Qudwa al- Husseini naît au Caire le 4 août 1929. Devenu ingénieur, il quitte l’Egypte pour le Koweït où il fonde en 1959 le mouvement nationaliste palestinien Fatah avant de s’établir en 1964 en Jordanie. Après des années de lutte, de guerre et d’exil, notamment à Beyrouth et en Tunisie, il finit par signer les accords d’Oslo à Washington le 13 septembre 1993 et à réintégrer la Palestine. Le monde entier assiste alors en direct de Washington, sous le regard de Bill Clinton, à la poignée de main qu’il échange avec le premier ministre israélien Yitzhak Rabin. Le processus d’Oslo instaure une phase transitoire devant mener à la création d’un Etat palestinien. L’Autorité nationale palestinienne est constituée, les premières élections ont lieu en 1996. Pourtant le processus de paix israélo-palestinien se délite à une vitesse vertigineuse jusqu’à faire avorter les accords d’Oslo : en 1995 Yitzhak Rabin est assassiné ; la seconde Intifada est déclenchée au lendemain de la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées le 28 septembre 2000 ; le 29 mars 2002, accusant Yasser Arafat de soutenir les actions terroristes contre les civils israéliens, Israël lance une offensive en Cisjordanie et assiège le président palestinien dans son quartier général de Ramallah. C’est un Président palestinien affaibli par sa maladie, ébranlé par le Hamas qui gagne en puissance, isolé sur le plan international et menacé par Israël qui est évacué de sa Mouqata’a le 29 octobre pour l’hôpital militaire de Percy à Clamart où il décède 13 jours plus tard. Le 11 novembre 2004 à 3 heures 30, la Palestine perd son Raïs.

 

Le témoin. Leila Shahid

//Leila ShahidLeila ShahidLeila Shahid rencontre Yasser Arafat en 1968, il est alors porte parole du Fatah dans la capitale libanaise, elle est étudiante à l’Université Américaine de Beyrouth. Quelques 20 ans plus tard, en 1989, elle devient représentante de l’OLP en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark avant d’être, de 1994 à 2005, Déléguée de la Palestine en France. Le 28 octobre 2004, elle organise avec le Premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, et le chef du cabinet du gouvernement Chirac l’hospitalisation en France du Président palestinien qu’elle accompagnera jusqu’à la fin. Elle raconte.

 

Retour en arrière

J’ai connu Yasser Arafat durant la période la plus populaire du mouvement palestinien. C’était à la suite de la débâcle des armées arabes en 1967 et de la bataille d’Al Karameh en mars 1968. Les combattants palestiniens étaient parvenus à arrêter l’avancée des chars israéliens dans ce petit village situé entre la Jordanie et la Cisjordanie. C’était une petite bataille mais hautement symbolique qui survenait un peu moins d’un an après la défaite des trois armées arabes : égyptiennes, syrienne et jordanienne, en juin 1967. Ces combattants palestiniens venaient de prouver qu’ils étaient plus motivés pour combattre l’armée israélienne que ces grands généraux égyptiens, syriens ou jordaniens. De nombreux jeunes, dont je faisais partie, ont alors rejoint les rangs du Fatah parce qu’ils considéraient que ce mouvement de libération national était beaucoup plus militant, efficace, prometteur d’un avenir de dignité et de libération nationale que les régimes arabes ambiants. Yasser Arafat était porte-parole du Fatah, il avait un charisme extraordinaire, un sens psychologique puissant. S’il décidait qu’il vous aimait, vous aviez tout son soutien ; au contraire s’il décidait que vous n’étiez pas assez motivé pour défendre la cause palestinienne, il vous mettait de côté. Moi j’ai eu la chance d’obtenir sa confiance. D’ailleurs, il portait une vraie attention aux femmes militantes du Fatah, il était convaincu que nous avions un rôle important à jouer tandis que d’autres dirigeants se contentaient de nous confiner dans des tâches subalternes. C’est cette même attitude qui l’a poussé plus tard à me proposer de devenir la première femme ambassadeur de l’OLP.

 

//Hôpital de Percy à ClamartHôpital de Percy à ClamartL’hospitalisation en France

Le 28 octobre 2004, le Premier ministre palestinien me téléphone pour me dire que le Président Arafat, qui était assiégé dans le quartier général de la Mouqata’a depuis pratiquement deux ans par l’armée israélienne, était en très mauvaise santé, et qu’il était impossible de le soigner dans l’exiguïté de son bureau qui avait été détruit au trois quart par l’armée israélienne. Yasser Arafat refusait catégoriquement d’en sortir que ce soit pour aller dans un hôpital de la ville de Ramallah ou à Aman en Jordanie, car il était persuadé que les Israéliens voulaient se débarrasser de lui et que s’il sortait de son quartier général et n’y reviendrait jamais plus. Le Premier ministre palestinien me demanda d’intercéder auprès du Président Chirac, la seule personne qui pouvait convaincre Yasser Arafat d’être évacuer en France pour y être soigner. J’ai fait le nécessaire, le Président Chirac m’a aussitôt fait savoir qu’il était prêt à mettre à disposition un avion militaire avec les équipements médicaux adéquats pour évacuer le Président palestinien vers Paris. Yasser Arafat a d’abord été transporté dans un hélicoptère de Ramallah à Aman (il n’y a pas d’aéroport à Ramallah), puis de Aman il a été transféré dans l’avion militaire français qui a atterri à l’aéroport de Villacoublay où je l’attendais. Enfin il a été transféré à nouveau en hélicoptère à l’hôpital de Percy à Clamart.

 

Une étrange maladie

Le Président Yasser Arafat est arrivé totalement lucide et confiant, très heureux d’être en France. Son état était relativement bon puisque les médecins militaires ne l’ont pas admis en soin intensif, mais dans le service d’hématologie. Il a lui même expliqué au Professeur qui le suivait ce dont il souffrait, moi je traduisais ses explications de l’arabe en français. Il est resté dans un bon état jusqu’au 5 novembre, après il a commencé à avoir des manifestations très contradictoires, avec des complications de son état général, pas seulement au niveau du sang mais au niveau de tous les organes. Il a été mis dans un coma artificiel. Les médecins ne sont malheureusement pas parvenus à identifier les origines de sa maladie. C’est pourquoi dans le certificat que l’hôpital à délivrer à sa famille, il est indiqué que les causes du décès sont « indéterminées ». Les médecins de l’hôpital de Percy qui ont suivi le Président Arafat ont fait un magnifique travail, tous les examens ont été effectués. S’ils n’ont pas pu trouver la raison réelle de sa maladie, c’est que celle-ci n’était pas naturelle. Je ne doute pas un instant que la mort du Président Arafat ait été provoquée de l’extérieur car j’ai assisté à toutes ces manifestations qui perturbaient son système, elles étaient incompréhensibles. Pour la majorité des Palestiniens, cette mort a été orchestrée par ceux qui avaient déclaré qu’ils feraient tout pour éliminer Yasser Arafat, ceux qui l’ont combattu, assiégé et fait en sorte qu’il disparaisse, à savoir Israël. La télévision Al Jazeera prétend qu’elle a des preuves que Yasser Arafat a été empoisonné avec du polonium. Madame Arafat a entrepris un procès pour essayer de mieux comprendre les circonstances de la maladie mortelle de son mari. Je ne sais pas si on en apprendra davantage puisque le Président Arafat est décédé en 2004 et que son corps a été exhumé bien après, 8 ans plus tard, en novembre 2012.

//Les funérailles d'ArafatLes funérailles d'Arafat 

Mort en résistant

La mort du Président palestinien m’a beaucoup affecté, mais ce qui me console c’est qu’il a forgé son destin jusqu’au bout. Il est mort en combattant qui résiste à l’occupation israélienne sur sa terre, après avoir réussi à inverser tous les processus de déracinement et d’expulsion que le peuple palestinien avait vécu en 1948, et qui avait abouti à la dé-conception de ce peuple et de sa patrie avec la création de l’Etat d’Israël, à la totale occultation de l’existence de ce peuple, à la transformation en réfugiés des deux tiers de la population palestinienne, en 1948 et en 1967. Oslo était la première occasion, que le Président Arafat a saisie au vol, de ramener le peuple palestinien chez lui. Il a jeté les bases pour un Etat en Cisjordanie, à Gaza et Jérusalem, même si cet Etat est encore sous occupation militaire et que les accords d’Oslo ont avorté.

11 novembre 2004, mort du Président Yasser Arafat à l’hôpital militaire de Clamart | Mohamed Abdel Raouf Arafat al-Qudwa al- Husseini, Yasser Arafat, Leila Shahid, Etat palestinien, mort du Président, Président Chirac, Ahmed Qoreï, Courrier de L'Atlas, Nathalie GalesneAujourd’hui, le Président Yasser Arafat représente pour tous les Palestiniens celui qui a transformé une population de réfugiés sans droit national et sans dignité en un peuple de combattants, puis en une organisation, l’OLP, reconnue aux Nations-unies, et enfin celui qui a permis à la Palestine de réintégrer sa terre, même si le chemin qui conduit vers sa souveraineté est encore long.

 

 


 

 

Propos recueillis par Nathalie Galesne

(Article publié dans le N°75.Novembre 2013 du Courrier de L'Atlas)