L’empire aveuglé, par Rashid Khalidi | babelmed
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  L’empire aveuglé, par Rashid Khalidi | babelmed Rashid Khalidi, universitaire palestinien, est titulaire de la chaire Edward Saïd à l’Université Columbia de New York. S’il dédie son livre – paru sous le titre Resurrecting Empire à Boston la même année, 2004, qu’il était traduit et publié par Actes Sud – à Edward Saïd, c’est à la fois par respect à l’ami, mais aussi avec le regret de n’avoir pu partager ce travail avec Saïd avant que celui-ci ne disparaisse emporté par la maladie.

S’adressant avant tout à un public américain qu’il considère comme largement ignorant des réalités politiques du Proche-Orient, Khalidi consacre une grande partie de son livre à de longs développements historiques sur l’engagement de l’Occident au Proche-Orient, aux rapports entre les Etats-Unis et la région, à la géopolitique du pétrole et à l’histoire de la Palestine, cette dernière étant l’une de ses spécialités.

S’excusant presque, dans son introduction à l’édition française, de cet excès de pédagogie destinée à un autre lectorat, Khalidi n’en fournit pas moins une lecture critique et dépouillée de l’engagement américain en Irak, qu’il dépeint comme un retour des fantômes de l’histoire, histoire qui, selon lui, nous enseigne qu’aucune puissance n’a eu longtemps la capacité de dominer directement la majeure partie de la région sans en payer un prix exorbitant.

Au moment où les élections irakiennes se déroulent sous le contrôle de l’armée américaine et au son d’une effroyable litanie d’attentats et de morts innocentes, le livre de Rashid Khalidi, L’Empire aveuglé, vient nous rappeler de façon crue quelques-unes des perceptions d’un universitaire arabe-américain.

Note de l’éditeur:
Rashid Khalidi, un des meilleurs connaisseurs de la politique américaine au Moyen-Orient, nous permet de comprendre pourquoi un tel chaos. Dans une région du monde qui a la mémoire longue, l’ignorance de l’histoire et de ses enseignements peut être fatale. A partir d’une analyse de l’héritage de l’engagement occidental au Moyen-Orient, de la façon dont la démocratie a été instrumentalisée et le pétrole accaparé, alors qu’en Palestine l’Amérique ne cesse d’affirmer son parti pris en faveur d’Israël, Khalidi nous révèle dessous des cartes.

Thierry Fabre (qui dirige la série Bleu chez Actes Aud) Extraits:
Cette guerre (américaine en Irak) voulait en premier lieu démontrer que les Etats-Unis étaient en mesure de s’affranchir de la tutelle de la loi internationale, de la nécessaire consultation de son opinion, de l’approbation des Nations Unies et de la contrainte d’agir au sein d’alliances (…)…les évènements du 11 septembre étant (…) une occasion en or de réaliser ce but si longtemps caressé. (…)


La guerre avait ensuite pour objectif d’établir à long terme des bases militaires américaines au cœur du Moyen-Orient, dans l’un de ses principaux pays. Les hauts responsables de la stratégie américaine estimaient nécessaire de remplacer d’autres bases, de plus en plus contestées, établies en Arabie Saoudite en 1991, après la guerre du Golfe. (…)

Cette guerre avait également pour but de détruire l’un des plus anciens régimes nationalistes du Tiers Monde, régime qui avait parfois défié les Etats-Unis et leurs alliés (notamment Israël), pendant et après la guerre froide. (…)

Cette guerre avait enfin pour but de réorganiser, selon les critères ultralibéraux des fervents idéologues de l’administration Bush, l’économie d’un pays qui possédait les deuxièmes réserves pétrolières du monde. (…)

Cette guerre travestie par les oripeaux de la démocratie et des droits de l’homme qu’elle était censée offrir à l’Irak, voilà qu’elle se montrait désormais sous son vrai jour, devant l’opinion publique américaine et devant le monde entier horrifiés: des soldats américains n’avaient cessé de maltraiter les droits humains de nombreux Irakiens. (Citant un journaliste américain) ‘les chambres de torture étaient simplement passées sous la férule de la nouvelle administration’. Bien que cette comparaison féroce soit injuste, si l’on s’en tient aux effroyables tortures que le régime baasiste faisait couramment subir, cette épitaphe convient à une guerre illégitime, mal pensée et illégale, menée dans une ignorance totale et délibérée de l’histoire du Moyen-Orient et de ses solides enseignements.
Joseph Armao
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