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Elias Sanbar
Dans son dernier livre, Figures du Palestinien – Identité des origines, identité de devenir (Gallimard 2004), Elias Sanbar interroge la notion d’identité, à tort confondue avec la notion des origines et qui, pour lui, relève en réalité du devenir. “Loin d’être originelles, nos racines sont devant nous. C’est pour répondre aux Qui serons-nous?, que nous posons les D’où venons-nous?, dans l’espoir d’ainsi maîtriser les temps à venir, à coups de continuité rassurante, de lignages purs, continus surtout, qui traversant siècles et millénaires, confirmeraient l’existence de peuples, de pays et d’identités éternels.”
“Me dégager du mythe de l’instant zéro des identités, me libérer de l’idée qu’elles posséderaient des dates de naissance à partir desquelles débuterait leur continuité, refuser le concept de genèse en tant qu’instant succédant au chaos, étaient et demeurent les constantes de ma démarche… Le postulat que je défends, la méthode que je fais mienne, se placent ainsi à l’exact opposé de celles qui affirment l’éternité des identités.”
“Si le commencement de l’histoire n’a jamais eu lieu, si les identités ne possèdent pas de dates de naissance et si nos racines sont devant nous, c’est que seuls les flux identitaires existent, insaisissables autrement que dans leur mobilité de lignes traversant temps et lieux”. Ainsi, Elias Sanbar livre-t-il une réflexion d‘une portée théorique exemplaire, en renversant ce qui paraît être de l’ordre de l’évidence. La richesse intellectuelle du projet ne doit pas nous conduire à en méconnaître la pertinence politique. Car, «Palestinien, tout à la fois né quelque part et à l’étroit dans toutes les frontières», Elias Sanbar offre l’opportunité, au moins sur le plan de la pensée, de sortir de l’impasse dans laquelle nous plonge le choc des identités réputées immuables et qui de ce fait pourraient le devenir.
Au contraire, si la permanence de l’identité ne relève plus de son immobilité mais de son mouvement, de sa chaîne de figures sans cesse différentes mais toujours identifiables, elle offre un espace à la politique démocratique qui cesse d’être prisonnière de l’affrontement stérile entre universalisme abstrait et identité forteresse, voire identité prison.

Ces interrogations déterminent tout naturellement l’organisation de cette soirée: l’invitation à entendre le très grand poète Mahmoud Darwich et l’interprétation par Dominique Devals accompagnée par la Mini Compagnie Laccarrière, d’un ensemble de ses poèmes, Onze astres sur l’épilogue andalou.

La Mini Compagnie Laccarrière avec Philippe Laccarrière (composition, basse), Mimi Lorenzini (guitare), Thierry Bretonnet (accordéon), Fabrice Lesellier (percussion) et Hubert Colau (batterie).
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