Etat de siège, Poème de Mahmoud Darwich | babelmed
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C’est en janvier 2002 que, reclus à Ramallah, Mahmoud Darwich a écrit ce poème en quelques quatre-vingt-dix fragments. Actes Sud/Sindbad (mars 2004) nous en livre la traduction française d’Elias Sanbar, lui-même écrivain palestinien, accompagnée d’une série de photographies d’Olivier Thébaud.

Par ce poème fait d’instantanés, de scènes ordinaires, de pensées fugitives, Darwich, aujourd’hui unanimement considéré comme l’un des plus grands poètes arabes contemporains, nous signifie la douleur de l’assiégé, relie le quotidien à l’espoir, insuffle le poétique dans l’horreur de l’occupation, il nous parle aussi avec simplicité des martyrs palestiniens. Extraits de ce «poème immédiat»:

Ici, sur les pentes des collines, face au couchant
Et à la béance du temps,
Près des vergers à l’ombre coupée,
Tels les prisonniers,
Tels les chômeurs,
Nous cultivons l’espoir.



Nos pertes : entre deux et huit martyrs
Par jour,
Dix blessés,
Vingt maisons,
Cinquante oliviers,
Sans oublier le déséquilibre structurel qui
Frappera le poème, la pièce de théâtre et le tableau inachevé.



J’ai écrit vingt lignes sur l’amour
Et il m’a semblé
Que ce siège
Avait reculé de vingt mètres !...



Dans le siège, le temps devient espace
Pétrifié dans son éternité.
Dans le siège, l’espace devient temps
Absent au rendez-vous.



Le martyr m’explique :
Derrière l’horizon je n’ai pas cherché
Les vierges de l’éternité car j’aime la vie
Sur terre, entre les pins et les figuiers.
N’ayant pu l’atteindre,
Je l’ai cherchée dans la dernière chose que je possédais :
Le sang dans le corps de l’azur.
Rédaction de Babelmed
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