SEMAT, pour un nouveau cinéma égyptien en partage | babelmed
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  SEMAT, pour un nouveau cinéma égyptien en partage | babelmed Ils ont fait l’école de cinéma du Caire, parfois une école privée à New York ou ailleurs. Ils sont jeunes, tous autour de la trentaine, et ne trouvaient pas dans le paysage cinématographique égyptien la possibilité de donner libre cours à leurs envies de films. Alors, ce groupe de six vidéastes a décidé de créer le SEMAT, une maison de production pour les courts métrages et les documentaires indépendants.
En entrant au siège du SEMAT, dans un grand appartement de Dokki, on pénètre de plein pieds dans l’esprit de ces jeunes créateurs. Affiches des films produits, posters des festivals auquel le groupe a pu participer. Les installations sont celles d’une maison de production à tous les effets, une salle de projection, des tables de montages, etc. Au SEMAT, on produit, on présente, mais on dissémine aussi toutes les formes d’informations possibles sur les films qui sortent.

Nazra
Leur revue Nazra ("regard" en arabe) présente donc ce nouveau «Regard» qu’ils entendent porter sur la création: points de vues, films, et coups de cœur. A travers des numéros spéciaux, sont présentés scripts et scenarii, et pour quelques guinées de plus, vous pourrez obtenir le CD Rom d’un documentaire ou d’un court métrage.
La ligne éditoriale du groupe, comme de la revue du reste, ne s’attaquent pas tant aux contenus et aux genres des courts ou moyens métrages sélectionnés, mais plutôt à la nécessité de laisser une chance aux jeunes créateurs. SEMAT, pour un nouveau cinéma égyptien en partage | babelmed Démocratisation du digital
Le cinéma, en Egypte comme ailleurs est certainement un des arts les plus onéreux qui soit pour les artistes qui le pratique. Le SEMAT présente néanmoins la nouvelle vague d’un cinéma plus «démocratique» avec l’arrivée de la caméra digitale et de tous les atours techniques qui lui sont liés. L’utilisation de l’image vidéo «permet à tous de créer son propre film». Il reste donc la production proprement dite et la diffusion. Le SEMAT s’y adonne grâce à la petite salle de cinéma qu’il met à disposition pour des projections à entrée libre. Il y a aussi les publications dans les revues, et le travail d’attaché de presse auquel se livre tour à tour le groupe.

Lors de nos entretiens avec Islam el Azzizy, un des membres fondateurs du SEMAT, il était difficile de l’entendre parler seulement de sa propre filmographie: il a fait office de régisseur pour ce film, producteur pour un autre, porté la bétacam pour celui-là. On parle d’un film:«si tu veux la cassette, nous te faisons une copie tout de suite», insiste-t-il. Ainsi les membres du SEMAT sont fiers du travail des uns et des autres et veulent en faire profiter le plus grand nombre. SEMAT, pour un nouveau cinéma égyptien en partage | babelmed Indépendance de la production
L’indépendance, c’est le mot clé du SEMAT, l’expression n’est pas entendue au sens politique ou thématique, les films sont produits et filmés en Egypte et ils passent tous la censure gouvernementale. L’autonomie qui permet de dégager la créativité réside, avant tout, dans l’indépendance financière. La propre prise en charge de la production et de la distribution par les auteurs des films, permet de ne pas devoir entrer par obligation dans l’industrie cinématographique égyptienne, la machine certainement encore la plus puissante du monde arabe, et qui, par conséquence directe, peut devenir aussi un carcan pour les créateurs.

Au SEMAT, c’est donc bien le regroupement qui fait la force, et transforme chaque cinéaste, par nature isolé, en représentant d’une certaine conception de la création indépendante.
Et aux jeunes cinéastes rencontrés chemin faisant, le SEMAT propose des ateliers d’écriture de script, des stages d’editing digital permettant d’utiliser les dernières technologies. La porte n’est jamais fermée à qui a un talent artistique, une idée. Le groupe se déplace aussi, hors du Caire, pour animer des cours de cinéma pour aspirants cinéastes à Alexandrie, à El Menia dans l’espoir de pouvoir créer un jour une école de cinéma qui exploiterait et exalterait les capacités artistiques de ses élèves, en toute liberté.

L’initiative du SEMAT fait plaisir, parce qu’elle va outre la volonté de chaque cinéaste de travailler librement pour lui-même, en prouvant que l’indépendance peut être partagée et multipliée. Catherine Cornet
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