Les voix des visages peints du Fayoum | babelmed
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Une commande et une passion
Le film était une commande et devait rendre compte d’une exposition organisée par le Cultural Development Fund sur les momies gréco-romaines appelées « Les momies du Fayoum », empruntant ainsi leurs noms au lieu où elles furent découvertes en Egypte au 19ème siècle. Islam el Azzazy s’est exécuté, produisant un documentaire de trente minutes sur le sujet. Mais des portraits du Fayoum, Islam, en avait rêvé bien avant la commande et voulait qu’il en surgisse autre chose que la simple narration formelle d’une exposition. S’appuyant sur le SEMAT, la maison de production qu’il a crée avec cinq autres vidéastes, il refait en cinq jours, une nouvelle version des portraits du Fayoum: la sienne.
Dans sa version, les portraits parlent et voyagent dans le ciel pendant que les vivants, connaisseurs ou poètes s’adressent à eux. Ils sont humains, vivants: l’humilité de la caméra d’Islam sait laisser parler les visages, les accompagner d’une superbe musique de Beethoven, parfois les faire balbutier des mots inintelligibles, et surtout faire en sorte que les vivants et les morts communiquent entre eux. Un texte, lu par l’acteur Sayed Reggab et adapté par Youssef el Kha, s’inspirant d’une partie du Livre des Morts (1), parlent à ceux qui sont disparus.

Conversation intime
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Tout comme la momification garantissait le lien avec les vivants, le film insiste sur ces conversations intimes entre deux mondes. Ce sont les images qui portent cette impression d’une conversation secrète et intime mais visible entre deux cultures: la gréco-romaine et l’égyptienne, entre deux époques : l’antiquité et le XXIe siècle.
Dans son film Islam el Azzazy insiste sur la modernité et l’intimité qui se dégagent de ces visages peints. «Oeils vivants, lèvres brillantes, quelqu’un vous regarde» dit Isac Fanous, le premier intervenant, et la voix off dit au portrait «je te connais».
Est-ce la rapidité de leur exécution qui donne à ces portraits une dimension de modernité qui les rapproche de nous ? Cette technique a fasciné Islam el Azzazy: «l’encaustique consistait à mélanger les couleurs à la cire d’abeille et à les appliquer à chaud. Le peintre n’avait qu’une heure pour capturer le visage et l’expression du vivant, avant de le faire entrer dans l’éternité».

Ressemblance sans morphing
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Islam El-Azzazy
Un homme marche dans les couloirs du premier étage du Musée égyptien du Caire, celui où sont enfermés les momies et leurs portraits dans des portes vitrées. Lorsqu’il se retourne, on ne peut être que frappé par la ressemblance: Ashraf Zuweilli, chanteur d’opéra, ressemble comme deux gouttes d’eau à cet homme d’il y a deux mille ans. «Après avoir vu le livre des portraits du Fayoum, le chanteur en est ressorti terrifié,-C’est moi!, s’est-il écrié», raconte Islam. Et de fait cet homme, dont on a fait le portrait il y a 2000 ans, a aujourd’hui en la personne de Ashraf Zuweilli un parfait sosie que seuls deux millénaires séparent... Au départ, Islam el Azzazy avait pensé au morphing (2) pour souligner cette ressemblance aussi flagrante. Après quelques heures de tournage, il fut évident que les deux hommes pouvaient se passer de cet artifice pour exhiber la similarité de leur trait et entrer, d’une certaine manière, en communication.

Avec l’instantanéité des images du cinéma, Islam a su reprendre toute la spontanéité et la proximité des visages, se comportant à son tour comme un talentueux iconographe. Ainsi nous lègue-t-il une impression de pont posé entre plusieurs mondes, ceux de l’antiquité qui, pendant l’occupation romaine de l’Égypte, ont crée dialogue et syncrétisme, et les mondes de plusieurs arts qui nous laissent la prégnante mémoire des regards intemporels du Fayoum.

(1) Recueil de formules magiques, le plus souvent écrites en hiératique sur papyrus qui étaient placées avec la momie dans la sépulture. Ces textes devaient accompagner le défunt dans son voyage dans l’au delà et lui permettre de passer les épreuves qui mènent aux champs d'Ialou d'Osiris (pour pouvoir ressusciter dans l'au-delà). Ils se retrouvent du Nouvel empire (XVIIIe dynastie) à l’époque gréco-romaine.
(2) Le Morphing est une technique en trois dimensions utilisées par les professionnels de l’animation qui permet de faire voir en image une transformation progressive. Catherine Cornet
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