Créatrice grandeur nature | Eman S. Morsi
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Eman S. Morsi   
Créatrice grandeur nature | Eman S. Morsi
Malak Helmy: Kalam Milaza - Mixed Media, 2004
La photographie grandeur nature d'un homme regarde par la fenêtre de l'appartement, un rez-de-chaussée du quartier de Zamalek, au Caire. Les passants, qui prennent la silhouette pour une véritable personne, hurlent sous l'effet de surprise, puis rient lorsqu'ils se rendent compte que ce n'est qu'une photo. "Il fait peur", a ainsi crié une jeune fille qui marchait dans la rue, tandis que j'interviewais chez elle l'artiste Malak Helmy, 25 ans.
Ce genre de commentaires, qu'elle entend en permanence, fait sourire Malak. La jeune créatrice raconte comment elle a donné vie à l'homme-poster qu'elle a surnommé Samir. "Cela faisait partie d'un projet que je réalisais. Je m'intéresse aux problématiques comme le pouvoir du regard alors j'allais dans la rue et j'essayais de capturer le moment d'interaction étrange où spectateur et spectacle peuvent changer de rôle... et de pouvoir".
Issue d'une famille qui s'intéresse beaucoup à l'art, Malak a ressenti une attirance pour ce monde-là dès son très jeune âge. Après avoir obtenu un diplôme de l'Université américaine du Caire en 2004, elle est allée en résidence au Bengladesh et en Finlande et elle a participé à plusieurs expositions. La plupart de ses travaux reflètent son penchant pour l'art ludique et interactif, comme les posters et les peintures de rue ou encore les performances.
Pour elle, l'art est l'expérience collective qu'il était censé être à l'origine. "Je m'intéresse vraiment au paysage urbain et à la participation du public dans l'oeuvre. Je n'ai aucun problème avec les galeries classiques, fermées, mais je préfère les espaces publics où il y a plus d'occasions d'interaction et plus de possibilités à explorer", confie-t-elle.
En lien avec ce centre d'intérêt, elle a participé en novembre dernier au Caire à "Tales Around The Pavement" (Contes au coin du trottoir) dans le cadre du festival international Meeting Points 5. Son projet était réellement interactif et ludique. Elle a nettoyé un kiosque abandonné situé dans un passage reliant deux rues très fréquentées du centre-ville et elle l'a transformé en "cabine à voeux". "Le projet joue avec la façon dont diverses personnes s'approprient les lieux publics. Les sites changent de fonction pas simplement parce qu'ils changent de propriétaire, mais souvent aussi parce que les gens autour leur trouvent une nouvelle utilité (d'un kiosque à tabac à un panneau d'affichage en passant par un cagibi à tapis de prière ou un lampadaire). Il s'agit aussi simplement de construire un endroit doux et magique dans la ville", explique-t-elle.
Créatrice grandeur nature | Eman S. Morsi
© Photo: Tarek Hefny
Après avoir nettoyé le kiosque et l'avoir recouvert de papier irisé, Malak et d'autres artistes ont placé au dessus de la fente de la vitrine une pancarte qui disait: "Glissez votre voeu ici et revenez demain". Ils ont reçu toutes sortes de souhaits, des plus sérieux aux plus humoristiques. Les voeux étaient collectés quotidiennement, illustrés puis collés sur les murs externes du kiosque. "Cela a duré huit jours, durant lesquels il y a eu une grande accumulation de dessins", se souvient-elle en souriant.
Malak croit aussi que les oeuvres ne sont jamais aussi belles que lorsqu'elles sont le fruit d'une collaboration entre plusieurs artistes. "Lorsque plusieurs artistes se retrouvent pour travailler sur un projet, toutes les expériences se rassemblent et le travail qui en sort est plus puissant et souvent plus intéressant".
Comme Salma, qui utilise une myriade de styles pour ses nouvelles, Malak préfère ne pas s'enfermer dans une école artistique. "Quand je travaille sur des projets artistiques, le plus important pour moi est la façon dont les choses sont reliées, plutôt qu'une école spécifique. Je m'intéresse davantage aux différents termes de l'engagement, aux nouvelles façons d'explorer et de donner un sens aux choses et bien sûr d'échanger des idées et d'interagir".
Eman S. Morsi
(02/06/2008)

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