Egypte: Les réactions de BahaTahar et Makaoui Saïd  | Yahia Ouajdi
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Yahia Ouajdi   
Egypte: Les réactions de BahaTahar et Makaoui Saïd  | Yahia OuajdiL’écrivain égyptien consacré Baha Tahar a appris par la presse la nouvelle de la nomination de son roman «L’Oasis du crépuscule» publié aux éditions «Dar Chourouq» pour le prix Booker. Sa première réaction a été d’appeler le romancier Makaoui Saïd pour le féliciter de la nomination de son «Chant du cygne» pour le même prix: «Je me suis beaucoup enthousiasmé pour le roman de Makaoui Saïd que j’ai lu aussitôt qu’il a été publié, dit Baha Tahar, parce qu’il révèle un bon auteur expérimenté, maîtrisant ses outils, bien que je ne lui aie lu que cette œuvre.»
Pour celui qui ne connaît pas ces deux auteurs, Baha Tahar a l’air d’être le frère aîné de Makaoui Saïd. Ils sont tous deux bruns, maigres, réservés et calmes. Et tous deux ont des origines qui remontent à la Haute Egypte.
A l’instar de Baha Tahar, Makaoui Saïd était ravi du succès de roman de son émule «L’Oasis du crépuscule» : «C’est un honneur pour moi que d’être nominé pour le même prix qu’un grand et vénérable romancier comme Baha Tahar.»
Mohamed Baha Dine Tahar, de la génération littéraire des années 1960, a étudié l’histoire à l’Université du Caire dont il est diplômé, promotion 1956, l’année même de la naissance de Makaoui Saïd. Sa première œuvre «Les Fiançailles» a été publiée en 1972. Contrairement à la majorité des écrivains des années 1960, Baha Tahar n’a pas écrit dans la presse même s’il n’était pas loin du domaine de l’information lui qui fut speaker dans le programme de la culture jusqu’en 1975. Date après laquelle il rejoint le siège de l’ONU à Genève où il travailla de 1981 à 1995.
«L’Oasis du crépuscule» est la septième œuvre de Baha Tahar après ses recueils de nouvelles «Les Fiançailles», «Hier, j’ai rêvé de toi» et ses romans «Je suis le roi Gant», «Doha dit», «Ma tante Safia et le couvent», «L’Amour en exil», «Le Point de lumière», en plus de dix courtes pièces de théâtre et une traduction du roman «Le Sorcier du désert» de Paolo Coelho.
De toutes ses œuvres, dont la plupart ont été récompensées par divers prix littéraires, traduits en plus d’une langue et certaines adaptées pour la télévision, Baha Tahar préfère de loin «L’Oasis du crépuscule». Il dit en riant : «la plupart des écrivains disent de leurs romans que ce sont tous leurs enfants. Pour moi ce roman, précisément, a nécessité un effort particulier et pour sa rédaction, il a fallu que je me rende dans l’oasis de Siwa, à 130 km du Caire, et que j’y réside le temps d’y découvrir les mœurs des gens et leur culture. Par ailleurs, ce roman a nécessité la consultation de plusieurs ouvrages de référence parce qu’il couvre une étape historique très étendue.»
La rédaction du roman de Baha Tahar prit environ trois ans. Le temps que prit Makaoui Saïd pour écrire son deuxième roman «Le Chant du cygne», après «Les Rats du navire», qui remporta le prix Souad Sabeh, publié en 1991 et réédité en 2003. Selon Makaoui Saïd, «Les Rats du navire» est «un roman qui a pâti de l’injustice de la critique, bien que ses trois éditions soient épuisées. Je l’ai publié en 2003 au moment où je commençais à écrire «Le Chant du cygne» pour mettre en évidence mon précédent roman. Bientôt en paraîtra une réédition.»
Contrairement à l’écrivain consacré Baha Tahar, Makaoui Saïd était connu dans les milieux littéraires comme auteur de documentaires et de nouvelles. Mais «Le Chant du cygne» nominé pour le Booker a surpris les cercles littéraires et artistiques égyptiens et a suscité un grand intérêt chez les critiques et chez les écrivains. Le roman fut complètement épuisé deux mois après sa parution. Un succès auquel Makaoui Saïd lui-même ne s’attendait pas : «Aussitôt le roman publié, des comptes-rendus d’auteurs et de critiques distingués lui ont été consacrés dans presque tous les journaux égyptiens. Des écrivains que j’aime et dont je respecte le travail m’ont contacté, comme Baha Tahar, Alla Dib, Khairi Chalabi, Youssef Abou Riya et Alla Assouani. Ils ont été unanimes pour dire que c’est un excellent travail.»
Ce qui enchanta le plus Makaoui Saïd, outre cet intérêt pour son roman, ce fut d’avoir été surpris dans le métro qui l’emmenait à son travail par un jeune homme lisant avec intérêt son roman sans savoir que l’auteur était à côté de lui : «J’ai éprouvé des sentiments étranges [Rires] Je n’ai pas osé lui dire qui j’étais.»
Lorsque le prix Booker pour le roman arabe a été annoncé, la première édition de «L’Oasis du Crépuscule» parue aux éditions Al-Hilal était complètement épuisée. La plus grande maison d’édition d’Egypte Dar Chourouq, décida alors de publier une deuxième édition du roman qu’elle avait choisi pour postuler au Booker. Les responsables de Dar Chourouq contactèrent Baha Tahar et l’en informèrent : «Je me suis enthousiasmé pour cette postulation. Ce prix porte le nom et le règlement d’un des plus importants et des plus prestigieux prix littéraires du monde. Puisque ce roman remplit les conditions du règlement du Booker pourquoi ne pas accepter ? Je crois que certains prix littéraires sont à éviter quelle que soit la valeur de leur récompense – Je ne citerai pas de nom à ce propos – parce qu’ils ont perdu leur crédibilité.» «Avez-vous été influencé par la polémique suscitée par certains autour de ce prix prétendant qu’il consacre la dépendance vis-à-vis de l’étranger…?» demandai-je. «J’ai eu vent de ces affirmations que je trouve très exagérées. Je dirais même qu’elles sont insensées.»
Quant à Makaoui Saïd, qui possède la maison d’édition Ad-Dar, il a lui-même proposé son roman «Le Chant du Cygne» ainsi que deux romans publiés par ses soins au Booker. Ces romans ont été sélectionnés par un jury composé d’écrivains et de critiques, pour la transparence du choix. «Vous attendez-vous à remporter le prix ?» demandai-je. «Comme tout autre écrivain, j’avais grand espoir de le remporter. Mais je savais que c’était difficile parce que les organisateurs du prix n’ont pas exigé pour cette session que les œuvres aient été publiées l’année même. Je savais aussi que de nouvelles maisons d’édition avaient proposé leurs publications. Ce succès m’a particulièrement réjoui parce que des prix aussi importants que le Booker s’intéressent à l’écrivain et comme je suis un auteur peu productif et très paresseux j’ai besoin d’être connu à l’échelle arabe et d’être lu par le plus grand nombre.» Pourtant Makaoui Saïd n’envisage pas de remporter le grand prix car la nomination de son roman «Le Chant du cygne» lui suffit.
Avant la fermeture de la liste des postulants au Booker, une grande polémique a été soulevée en Egypte sur le règlement et sur la candidature à ce prix. Dans certaines maisons d’édition, des contrats –tantôt secrets, tantôt publics – ont été conclus avec des auteurs – surtout les jeunes – pour présenter leurs œuvres au Booker. Le prix et les auteurs qui pourraient remporter le prix ont fait l’objet de discussion dans les milieux littéraires égyptiens au cours de ces derniers mois. Après l’annonce de la liste des nominés égyptiens, il est prévisible que ce prix suscitera un plus grand intérêt en Egypte dans les années à venir. Les œuvres des deux noms retenus, Baha Tahar et Makaoui Saïd, ont joui d’un intérêt et d’un accueil critique et public des plus favorables. Ce qui ne facilitera pas dorénavant la tâche des maisons d’édition maintenant que le Booker a redéfini les relations entre éditeur et écrivain en Egypte.


Yahia Ouajdi, du Caire, pour An-Nahar, le 09.02.2008
(Traduction par Jalel El Gharbi)
(24/02/2008)

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