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  Horreurs dans les rues du Caire | babelmed La police égyptienne pousse les voyous à attaquer les manifestants.
Ce qui est arrivé hier, jour (historique!) du réferendum est un autre point noir dans l’histoire du régime égyptien et de ses forces de sécurités. La veille de la manifestation, le Ministre de l’intérieur avait annoncé qu’il traiterait tous les écarts à la «légimité » avec une sévère fermeté !! Et il en fut ainsi. La police s’est préparée à la fermeté proportionnellment à la nature « historique » de cette journée.
Les petits groupes de manifestants s’étaient rassemblés pour exprimer leur opinion sur le réferendum concernant l’article 76 de la Constitution. La coalition des partis d’opposition (7 partis) et le mouvement égyptien de campagne populaire pour le changement avaient appelé à boycotter ce referendum.

Les manifestants ont rejoint la zone de Darieh Sa’ad au centre ville. Comme d’habitude, une dizaine de voitures de police les attendaient. Avant que la manifestation ne commence, la nouvelle arriva que les membres du Parti des travailleurs avaient été arrêtés. Quelques minutes plus tard, des minibus arrivaient, enmenant des dizaines de jeunes hommes -certains d’entre eux avaient moins de seize ans. Ni leur façon de parler, ni leur âge n’indiquaient qu’ils étaient des membres d’un quelconque parti politique, comme il fut confirmé plus tard dans la journée. Ils se sont révélés être des voyous, portant avec eux des pancartes -certaines écrites en anglais- et des photos de Hosni Moubarak. Les manifestants avaient déjà été encerclés par la police et poussés sur un trottoir étroit. Le reste de la rue était nettoyée pour laisser champ libre aux voyous. Ils l’ont d’abord occupée entièrement puis ont commencé à se déplacer vers les manifestants encerclés, après que la police leur ait frayée un passage. Ils sont ensuite montés sur les toits des voitures et ont commencé à molester les manifestants, les frappant et utilisant un langage obscène en les accusant de trahison.
Ces « troupes » frappaient alors que la police regardait sans réagir. Ils décidèrent, ensuite, de conduire certains des manifestants près d’une pharmacie, sous prétexte de les protéger, les laissant sous la protection de plusieurs gardes qui étaient précisément ceux qui les avaient frappés dix minutes plus tôt !
Une heure et demi plus tard, afin d’éviter le massacre qui semblait inévitable, les manifestants ont décidé de se diriger vers le syndicat de la presse pour rejoindre les autres manifestants. Immédiatement, le chef des voyous, portant un badge du « Parti National Démocratique » a appelé
ces troupes dans le microphone à se diriger vers le syndicat de la presse.

Témoignages : Horreurs dans les rues du Caire | babelmed Dr. Laila Soueif (Professeur à la Faculté de Sciences de l’Université du Caire)
Nous avons été molestés par les voyous plusieurs fois. Ils nous ont agressés physiquement à plusieurs reprises devant la police. Vers la fin, ils nous frappaient de façon ininterrompue. Ensuite, la police s’est interposée et nous a poussé vers la “Pharmacy Iman” dans Nubar Street sous le pretexte de nous protéger. Ils se sont ensuite retirés et nous ont laissés à une dizaine de voyous qui nous ont enfermés à l’intérieur. J’étais avec Alaa Seif, Bahaa Risk, Rabab et Hend

Dr. Magda Adly(Médecin à El Nadim Center)
Après que les manifestants ont quittés le syndicat de la presse nous avons entendu que le Dr. Laila Soueif et les autres étaient retenus dans la pharmacie de Nubrar street. J’ai couru vers la pharmacie avec Aida Seif El Dawla. Nous avons essayé de rentrer. Un impressionnant groupe d’hommes nous attendaient et bloquaient l’entrée de la pharmacie. Le reste des hommes nous ont frappés, poussés et essayés de nous déchirer les vêtements en présence d’un grand nombre de policiers. Certains d’entre eux de haut rang. J’ai demandé à l’officier de haut rang de faire sortir Mme Laila Soueif et le reste de nos collègues de la pharmacie. Il m’a répondu : ok, mais ces hommes doivent d’abord partir. Comment pensez vous que je puisse entrer dans la pharmacie alors que sont issue est totalement bloquée!

Rabab
Nous étions sur les escaliers du syndicat de la presse. Un grand nombre d’hommes sont arrivés. La police était présente aussi. Ils les ont menés vers nous. Nous ne cessions de reculer. La sécurité nous a empêchée d’entrer dans le syndicat. Les voyous occupaient tous les escaliers. Nous avons sauté des escaliers et sommes entrés dans le garage. L’officier nous dit alors « Restez ici....nous vous protégerons! ». Ils ont amené un groupe de soldats et nous ont encerclés complétement, laissant seulement une petite brèche qui partait des escaliers et de là, ils ont laissé entrer les voyous et un groupe de bodybuilders (très grands, très musclés, comme des stars de cinéma). Et ils sont restés là, à regarder. Ils nous ont frappés brutalement. Nous hurlions à l’aide. Ils nous ont déchirés nos vêtements. Nous avions un journaliste parmi nous. Il leur a dit qu’il était journaliste. Ils l’ont frappé quand même. Je me suis écroulé par terre et ait rampé entre les jambes des policiers pour sortir du cercle. D’autres collègues étaient avec moi. Quand nous avons quittés le cercle de l’horreur, les voyous continuaient à courrir derrière nous jusqu’à Kasr El Nil Street. Nous avons sautés dans des taxis et sommes partis. Adel Wassily, Ingénieur
Après être arrivés aux escaliers du syndicat de la presse les voyous sont arrivés. La police les a conduits aux marches sur lesquelles nous nous trouvions et nous avons été encerclés par les deux groupes. Ils ont commencé à nous prendre un par un et nous frapper. Les femmes étaient terriblement humiliées et molestées. J’ai vu une journaliste. Ils la frappaient et essayaient de lui ouvrir les pantalons pour la déshabiller. Une femme enceinte a été frappée au ventre. D’autres étaient blessés et saignaient. J’ai retiré la journaliste de leurs mains. Ils m’ont encerclé et m’ont frappé brutalement. La police a fermé les portes du syndicat nous empêchant de nous protéger à l’intérieur. J’ai essayé de fuir avec l’ingénieur Mohsen Hashem et de chercher refuge à l’intérieur de la Bar Association. Ils nous ont poursuivis. Ils nous ont attrapés et ont essayés de kidnapper Mohsen Hashem. Difficilement, nous sommes arrivés à rejoindre la Bar association dont nous ne sommes plus arrivés à sortir, des dizaines de voyous nous encerclaient.

Rabea Fahmy
J’ai rejoint la manifestation de Kefaya au syndicat de la presse. Je portais un badge KEFAYA et j’étais appuyée contre le mur parce que j’ai récemment subi une opération au cou. Ces hommes m’ont attaquée et frappée brutalement. Ils ont déchirés mes vêtements et mes sous-vêtements jusqu’à ce que je sois nue. La police était là et regardait. Ce qui est arrivé est une violation énorme, une moleste organisée sur les femmes dans les rues du Caire. Les rues sont devenues comme les prisons d’Abou Ghraib. Il est clair que la police suivait des instructions. J’ai attrapé le voyou qui a déchiré mes vêtements. Mais la police l’a aidé à fuir. Je vais déposer une plainte. Je me souviens de lui. Je ne le laisserai pas partir.

Safaa Zaki Murad, Avocate
Nous sommes allés à la station de police de Zein El Abedin pour rechercher les manifestants qui avaient été arrêtés à Dareeh Sa’ad. On ne nous a pas laissés entrer. La station de police a nié leur présence. Nous étions entourés par une horde de voyous. Un peu plus tard nous avons été attaqués par des bouchers de l’abbatoir du quartier. Ils sont venus avec leur bétail, vaches et moutons. Alors que nous étions en train de fuir l’attaque des bouchers et de leurs vaches, ils ont transferrés les manifestants arrêtés, les ont mis dans une voiture et les ont enmenés vers une destination inconnue. Jusqu’à présent, nous ne savons pas où ils les ont enmenés.

Nous avons reproduit ici les témoignages reçus peu avant 15h le 25 mai 2005. La police a arrêté un bon nombre de manifestants. Les noms identifiés jusqu’à présent sont : Tamer Wagieh, Hani Riad, Mohamed Mahmoud, Diaa El Sawi, Akran El Irani, Yasser Soliman (cameraman de El Jazeera).

Organisations firmataires: Association Against Torture Hisham Mubarak Law Center El Nadim Center Arab Network For Human Rights Information Egyptian Initiative For Personal Rights. Foundation for Egyptian Woman’s Issues Egyptian Center For Women’s Rights.
Le Caire, 25 mai 2005
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