Martyrs et activistes en prison : deux listes fictives pour boycotter les élections | Ebticar, Mada Masr, Alaa Abd El Fattah, Mahienour al-Massry, Esraa al-Taweel, Mahmoud Mohamed, Ashraf Shehata, Shady al-Ghazaly Harb
Martyrs et activistes en prison : deux listes fictives pour boycotter les élections Imprimer
Mada Masr   

Martyrs et activistes en prison : deux listes fictives pour boycotter les élections | Ebticar, Mada Masr, Alaa Abd El Fattah, Mahienour al-Massry, Esraa al-Taweel, Mahmoud Mohamed, Ashraf Shehata, Shady al-Ghazaly Harb

Tandis que le pays se rendait le 18 octobre dernier aux urnes pour le premier tour des élections parlementaires, les activistes se démenaient pour promouvoir leur campagne de boycottage avec deux listes électorales, “Gloire aux Martyrs” et “Egypte Libre”. “Dans les listes figurent comme candidats des personnes décédées ou détenues à cause de leur engagement pour la liberté et la justice”, explique Tarek Mohamed, membre du Comité pour la liberté du Parti Dostour.

Le mouvement pour le boycottage électoral a lancé une campagne médiatique avec pour mot d’odre “Long live Egypt with Justice” (Longue vie à l’Egypte avec la justice) qui reprend celui de la campagne de collecte de fonds du président Abdel Fattah al-Sisi “Long Live Egypt” (Longue vie à l’Egypte).

“Nous expliquons aux personnes pourquoi nous voulons boycotter les élections, explique à Mada Masr Tarek Mohamed. Il ne s’agit pas de les boycotter par indifférence, mais parce que le processus politique électoral ne fait aucun sens quand les droits et les liberté fondamentales ont été ainsi massacrés.”

Sur les réseaux sociaux les images de cette campagne alternative ont été diffusées avec les banner reportant noms et photographies des candidats, y compris ceux des activistes actuellement en prison : Alaa Abd El Fattah, Mahienour al-Massry, Esraa al-Taweel, Mahmoud Mohamed et Ashraf Shehata (dont on ne sait plus rien depuis deux ans). Un oiseau en plein vol, symbole de liberté, a été adopté comme emblème électoral. Shaimaa al-Sabbagh, Shiekh Emad Eddin Effat et Mina Danial, tués par les forces de l’ordre durant les événements politiques de 2011 figurent tous et toutes parmi les candidat(e)s.

“Quand les potentiels candidats au parlement se retrouvent dans des prisons pleines à craquer de jeunes Egyptiens, cela signifie que nous n’avons pas d’autre choix que de boycotter les élections”, déplorait dans son tweet l’activiste Shady al-Ghazaly Harb.

Interrogés sur l’efficacité du boycottage par Mada Masr, via Facebook et Twitter, les personnes se sont déclarées sceptiques. Parmi celles-ci, Mohamed al-Beheiry se dit convaincu que la campagne ne sera pas efficace parce qu’elle ne touche qu’un nombre limité d’individus actif sur la toile. En effet, elle ne parvient pas à atteindre les électeurs communs ni à les impliquer. De toute évidence, ces derniers n’ont guère envie d’en savoir plus.

Nous devons être plus réalistes et arrêter de nous comporter de manière émotive, affirme Beheiry. Pourquoi ne pas soutenir tous ensemble un ou deux candidats qui représenteraient l’opposition au sein du parlement ?

Peu avant les élections, interviewant pendant plusieurs heures les électeurs du quartier Imbaba e Mohandiseen du Caire, le journaliste Ahmed Medhat dut se rendre à l’évidence : “L’indifférence règne et personne n’a l’intention de boycotter les élections en signe désaccord politique”, observait-il. Et de conclure: “La majeure partie des personnes s’en fiche éperdument.”

Sur un ton plus véhément, Mohamed Mekawy (simple citoyen), a tout simplement condamné la campagne “comme une tentative élitiste née sur le web, totalement déconnectée de la société”. Mekawy admet qu’il est difficile de trouver une alternative aux manifestations de rue (interdite par le pouvoi, ndlr), mais maintient que l’opposition doit s’efforcer d’atteindre cette partie de la population égyptienne qui n’utilise pas les réseaux sociaux.

En revanche Mohamed, du parti Dostour, continue de défendre la campagne, notant que ce n’est tout de même pas de la faute des activistes s’ils ne parviennent pas à toucher plus de monde. demander le respect des droits fondamentaux au nom des martyrs et des détenus politiques n’a rien d’élitiste”, rétorque-t-il.

Selon Mohamed, cette situation est à mettre sur le compte du gouvernement qui en porte l’entière responsabilité. N’a-t-il pas interdit toute forme de manifestation pacifique permettant de faire entendre la voix des activistes. “Ces élections mettent en scène une fausse démocratie, conclut Mohamed. Il y a même des candidats qui veulent modifier la constitution pour donner encore plus de pouvoir au président. Ce serait donc ça la politique?”

 


 

25/10/2015