Des livres qui mènent en prison | Ebticar, arablog, prison Salah Nasr, Georges Orwell
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Des livres qui mènent en prison | Ebticar, arablog, prison Salah Nasr, Georges Orwell

L'histoire n'est pas fabriquée… C'est le vrai visage du pouvoir des militaires qui épuise le peuple égyptien et la région arabe depuis 1952 … Tout commença quand un sergent s'accapara du pouvoir en sautant sur le dos d'un char, puis composa un livret et en fit la nouvelle constitution, bouleversant la vie des Egyptiens pour la transformer en banc d’essai. Il mit aussi les intellectuels et les écrivains dans les cellules de la prison Salah Nasr… Ah si vous saviez ce qu’était Salah Nasr avec sa kyrielle de militaires plus féroces les uns que les autres?!!

Aujourd'hui, le même scénario se répète. Les services de sécurité ont arrêté un étudiant qui portait sur lui le roman de l'écrivain anglais Georges Orwell intitulé ''1984. La ferme des animaux''. Malheureusement, les militaires ne savaient pas que le roman existait depuis les années quarante, date de sa traduction et de sa publication en Egypte. Mais ce qui devait arriver arriva, et voilà que l'étudiant fut arrêté pour son crime: porter sur lui un livre qu'il voulait lire. C’était oublier notre époque d'ignorance dominée par internet…

Cet incident a provoqué sur les sites sociaux des réactions d'ironie acerbe de la part des intellectuels et des blogueurs. Le commentaire le plus original est celui d'un étudiant nommé Ihab Hassan, auteur d’un dialogue imaginaire avec un collègue l'invitant à lire un roman qu'il dissimule sous le manteau :

-         J'ai un roman… tu veux venir le lire avec moi?

-         Ah non, tu veux qu'on nous arrête?

-         Allez mon vieux, n'aie pas le cœur faible. Je connais un endroit fréquenté par des types où on lit des romans, et où le gouvernement ne met jamais les pieds! Alors? Tu viens?

-         Franchement, j'ai toujours eu envie d'essayer, mais j'ai peur d'être pris. Mon père me tuerait s'il le savait!

-         N'aie pas peur. Il ne le saura jamais.

-         Comment? mon père a l'habitude de sentir mon haleine chaque soir pour savoir si je lis des romans.

-         ''Vite les gars…ils arrivent!!''

-         Jette le roman tout de suite et sors le haschisch. Fais semblant de rouler une cigarette!''

Un autre écrivain satirique, Sameh Samir, quelques minutes après l'arrestation de l’étudiant en possession du roman d’Orwell a écrit sur Facebook: ''La panique règne dans le métro après la découverte du roman La ferme des animaux sous un siège''.

Eh oui! Le haschisch semble moins dangereux et moins compromettant que la possession d'un roman dans ce pays de 80 millions d'habitants... pays considéré comme ''le cœur pulsant du monde arabe''…''la mère du monde'', ''le pays de la civilisation, de l'Histoire et du patrimoine, ''le baromètre de l'équilibre pour toute la région MENA.''

Et oui, les mots sont devenus une arme qui hante le sommeil des militaires qui viennent de prendre le pouvoir par la force, exactement comme par le passé. Au feu les voix qui s'opposent, les mots qui dénoncent ! Au feu ! Comme au temps jadis dans les cellules de la torture et derrière les barreaux de Salah Nasr.

Une question demeure : va-t-on voir de nouveau ces flammes embraser les pays voisins et toute la région, comme lorsque la guerre du Yémen dévora les corps de 20 000 soldats égyptiens ? Et lorsque en 1967, à la frontière de Sinaï, d'autres soldats furent immolés sur l'autel d'une aventure mal calculée? On perdit alors le Golan et la Cisjordanie, et ont fut réduits à se contenter de demander lors des accords de paix le retour aux frontières de 1967.Va-t-on entendre à nouveau ces slogans emphatiques avec lesquels le «nationalisme maudit», caressant l’espoir des foules, priva l’Egypte de la solidarité des autres nations ?

Entre la question du terrorisme devenue la cause de tous les problèmes, et la hantise sécuritaire braquée sur les pays voisins, nous n’avons plus qu'à attendre la parution du nouveau livre du nouveau général pour une nouvelle constitution… Jusqu'à ce jour, et à l’exception de cet ouvrage signé par le Président, tous les autres livres resteront le chemin le plus court qui mène en prison.

 


 

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