Un certain regard ou la fin des rêves | babelmed
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Youssef Chahine
Alexandrie–New York, de Youssef Chahine (Egypte).

Youssef Chahine, un des plus grands réalisateurs arabes, évoque cinquante années d’histoire du cinema, de son cinéma, en choisissant l’ autobiographique, complétant ainsi un cycle de quatre films d’un même registre. Une sorte de "quatuor d’Alexandrie cinématographique" dans lequel Chahine raconte ce que signifie, selon lui, la fin du rêve américain pour les Arabes.

Le film raconte l’histoire d’un jeune homme de 18 ans, le jeune Youssef Chahine, qui s’embarque au lendemain de la seconde guerre mondiale pour un Alexandrie-New York. Ce sont les années de la formation, des études de cinéma dans une Amérique nimbée et veloutée par les images romantiques et pétillantes des comédies musicales cinématographiques dont le monde rafollera.

Mais ce rêve va lentement se transmuter en «cauchemar américain» pour reprendre les mots du réalisateur: «J'ai voulu exprimer ce déchirement en moi: d'un côté, j'admire
l'Amérique et j'ai vécu le rêve américain, et de l'autre il suffit de regarder la
télévision pour voir les massacres en Palestine et en Irak", dit-il. Pour le cinéaste égyptien l’Amérique a changé en prenant la voie de la violence. «Il suffit de voir les films de Fred Astaire», remarque-t-il «si romantique, alors que dans les films d’aujourd’hui il n’y a que de la violence et du sang».

La dernière créature de Youssef Chahine, co-produite par l’Egypte et la France, a été tournée au Caire et à New York. Alexandrie – New York clôturera la section “un certain regard”.

Avec Mahmoud Hemeida, Yousra, Ahmed Yehia, Youssef El Lozy.

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Gillo Pontecorvo
La bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo (Italie).

Lorsqu’il sait être au plus près de l’Autre, des Autres, malgré les barrières de langues et de cultures qui pourraient l’arrêter, l’art transcende les frontières. C’est ainsi que le meilleur film sur la guerre d’Algérie, celui que l’Algérie s’est approprié en l’inscrivant dans son patrimoine national, est l’oeuvre d’un réalisateur italien: Gillo Pontecorvo.

Il ne faudrait cependant pas oublié que le film a été voulu, porté et presque arraché à Pontecorvo par Yacef Saâdi. Producteur du film, fondateur de la première société de production et de distribution algérienne, la Casbah film.

Yacef Daâdi fut également un des principaux acteur de «La bataille d’Alger» dans laquelle il incarnait en quelque sorte son propre personnage, son propre rôle dans la vie, puisqu’il fut le chef de l’organisation militaire du FLN pendant la bataille d’Alger.

C’est certainement du désir entêté de Yacef Saâdi de dire au cinéma sa bataille d’Alger, en choissant un des maestro du cinéma italien, et du télescopage entre fiction et réalité, que naît un des joyaux du cinéma néoréaliste. «A cette époque», raconte Yacef Saâdi au journaliste du Monde Tewfik Hakem «tout le monde ne jurait que par le réalisme italien, voilà pourquoi je suis allé en Italie chercher un scénariste et un réalisateur pour la Bataille d’Alger» .

Le tournage commence à l’été 1965 dans la vraie Casbah d’Alger. Quelques mois plus tard, en 1966, le film remporte le Lion d’or au Festival de Venise tandis que le public d’Alger lui réserve un accueil plus qu’enthousiate. En revanche le film est interdit en France jusqu’en 1971. Après sa projection à Cannes le film sortira dans les salles françaises, il aura fallu pratiquement quarante ans pour lever le tabou.

Avec Jean Martin, Brahim Haggiag, Yacef Saâdi.

Lire le bel article de Tewfik Hakem dans le supplément du Monde «Cannes» du 12 mai. Rédaction de Babelmed
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