Un archéologue à Ebla | Diana Donatelli, Ebla, archéologie syrie, Tell Mardikh, Paolo Matthiae, tablettes Ebla
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Diana Donatelli   
 
Un archéologue à Ebla | Diana Donatelli, Ebla, archéologie syrie, Tell Mardikh, Paolo Matthiae, tablettes Ebla
Quarante ans après ses premières fouilles, l’Université La Sapienza et l’Accademia dei Lincei de Rome ont consacré deux journées au Professeur Matthiae, l’archéologue italien à l’origine d’une des plus importantes découvertes archéologiques du Proche-Orient.
Des orientalistes de différents pays sont intervenus à ce colloque, parmi eux le directeur général des antiquités et des musées de Damas et le directeur des antiquités et des musées de la République Syrienne. Fouilles après fouilles, la mission archéologique italienne, sous la direction du Professeur Matthiae, a découvert sur le site de Tell Mardikh en Syrie, à 60 kilomètres au sud d’Alep, l’antique cité d’Ebla. Ce fut en 1968, avec la découverte d’un fragment de statue d’homme en basalte offerte à la déesse de l’amour, Ishtar, et portant l’inscription en cunéiforme du nom de son donateur: le roi d’Ebla, que la mission fit pour la première fois le rapprochement entre Tell Mardikh et la cité disparue.

Pendant toutes ces années de fouilles, les Italiens, avec l’autorisation et l’aide constante du gouvernement de la République Syrienne ont reconstruit une culture et une civilisation urbaine d’une immense importance. Cette dernière, qui se développa entre la moitié du troisième millénaire avant J.-C. et la période hellénistique, connut son apogée entre 2400-2200 avant J.-C.

Des fouilles, émerge une ville basse de forme circulaire d’où s’élève, en son centre, l’acropole entourée d’une fortification monumentale. Là se trouvait le palais royal à l’intérieur duquel furent retrouvés les célèbres archives.

Les recherches ont également permis de découvrir un système de forts et de forteresses reliés entre eux, des portes avec des structures en tenaille, des aires sacrées vouées à la déesse Ishtar et à Reshef, dieu de la guerre, de la mort, et de la peste, et aussi des citernes pour l’eau et les écuries. Mais la découverte majeure reste celle des archives d’Etat, sans nul doute la plus importante de l’archéologie orientale de l’après-guerre.

Avec plus de 17.000 documents retrouvés, entiers ou fragmentaires, les tablettes d’Ebla représentent un patrimoine de textes économiques et administratifs, mais aussi littéraires, historiques et scolaires, auxquels s’ajoutent des lettres royales, des listes lexicales bilingues et monolingues qui ont permis de reconstruire le fonctionnement de cette société, de ses rituels et de ses relations intérieures et extérieures avec les plus importantes cités mésopotamiennes comme l’antique Kish où les scribes étaient formés.
Ebla était un des plus principaux centres urbains de la Méditerranée orientale et la capitale d’un vaste état. Vers 2350 avant J.-C. Ebla fut détruite par le roi Sargon d’Accad, mais au début du second millénaire, elle fut reconstruite et acquit une nouvelle prospérité jusqu’à sa destruction par les souverains Hittites en 1600 avant J.-C. Devenue un petit village sans importance, Ebla survécut jusqu’à l’époque héllénistique, puis elle fut définitivement abandonnée aux alentours de 200 avant J.-C.

Les nombreuses et splendides pièces, mises au jour durant les excavations, sont exposées au Musée National de Damas, d’Alep et de Idlib, la ville chef-lieu de la région où se trouve le site De Tell Mardikh.

En partenariat avec les autorités culturelles de la République arabe de Syrie, la mission italienne est chargée de la construction d’un parc archéologique conçu comme une structure intégrant les ruines du site, à travers des travaux de restauration et de conservation accompagnés de panneaux didactiques en trois langues (arabe, italien, anglais) expliquant les pièces conservées au musée de Idlib et le tissus traditionnel du village de Mardikh. Outre les travaux de restauration, déjà bien avancés, le projet prévoit la création d’un C-D-Rom qui intègre les monuments architecturaux et les pièces mobiles ainsi qu’un projet de développement du centre historique de Mardikh, avec la construction d’un point d’accueil pour les visiteurs dans un secteur de maisons traditionnelles en forme de coupole en terre crue. Celles-ci devraient également accueillir une activité artisanale liée à l’exploitation du site archéologique.

La Syrie a apporté à la mission, durant toutes ses années de fouilles, un soutien constant et une amitié fraternelle. La mission est installée dans un groupe de maisons de Mardikh au milieu des habitants du village «qui, explique Paolo Matthiae, travaillent avec nous sept heures par jour sous le soleil et dans le vent, supportent notre mauvaise humeur quand sur le terrain on ne comprend plus rien, et partagent notre joie quand nous tombons sur une découverte exceptionnelle!».
                                                                                            Diana Donatelli