Dialogue avec Riad al Turk (suite2) | Mohamad Ali al Atassi
Dialogue avec Riad al Turk (suite2) Imprimer
Mohamad Ali al Atassi   
Dialogue avec Riad al Turk (suite2) | Mohamad Ali al AtassiQuelle est votre position sur les conférences tenues par l’opposition à l'étranger, et pensez-vous qu’elles ont eu lieu à la hâte? Que pensez-vous des accusations de certains qui affirment que ces conférences visent à créer et à imposer des leaderships de l'extérieur qui travaillent à la confiscation de la révolution et à son orientation au profit de leurs propres intérêts, ambitions et agendas politiques?
Laissez-moi vous dire tout d’abord que cette révolution a introduit la réflexion sur l’avenir de la Syrie dans chaque maison et dans chaque famille et chaque personne a donc reçu le droit de se faire son avis et de prendre la position qu'il jugera appropriée. Ce n'est pas seulement le sort de la Syrie et le sort de la région qui sont en jeu, mais celui de chaque famille et de chaque individu qui appartient à ce pays, qu’il soit pour ou contre la révolution.
Néanmoins, je crois que les conférences qui ont eu lieu à l'étranger, ont été faites à la hâte et ne sont pas utiles dans la phase actuelle, car elles peuvent constituer un facteur de dissension et de désaccord entre les groupes d'opposition et au sein de la société. Sans oublier que le risque existe que ces conférences tombent en otage des interactions internationales et régionales. De plus, le caractère islamique qui a prévalu dans la plupart de ces conférences tenues à l’étranger, n’est pas au diapason de la diversité de la société syrienne et conforte le régime dans ses allégations que les islamistes mènent la révolution.
Cette révolution a commencé à l'intérieur de la Syrie, s’est développée à l’intérieur de la Syrie, et se terminera en Syrie. Ceci dit, je ne vois aucun intérêt à ce que l’opposition syrienne de l’intérieur s’oppose au rôle positif que pourraient jouer les groupes et forces syriens à l'étranger. Les deux parties doivent se compléter et non pas s’opposer.

Le pouvoir et certains milieux médiatiques accusent la révolution syrienne d’être sous le contrôle du courant islamique. Que pensez-vous de la validité de ces allégations et peut-on tout au moins dire que la révolution syrienne est principalement marquée d’un sceau islamique?
Permettez-moi de relater un incident qui m’est arrivé et qui démontre la fausseté de ces allégations. J’ai été invité à assister à une réunion des coordinations de la ville de Homs qui a eu lieu dans le quartier de Bab al-Sba’. Le point principal de l'ordre du jour était de discuter la manière de former un comité comprenant toutes les coordinations de la ville de Homs puis de travailler à établir un comité national qui comprenne toutes les coordinations actives dans le gouvernorat de Homs. Le débat était vif entre les jeunes présents et je me suis permis de proposer de mettre l'accent sur la création de comités dans chaque quartier de la ville, et une fois que ces comités seraient sur pied, que chacun d’eux choisisse leurs représentants pour former un comité au niveau de la ville, avec des sous-comités spécialisés dans les medias, l’organisation des manifestations, etc... Puis le président de session est passé au deuxième point à l'ordre du jour qui consistait à proposer à l'un des hauts dignitaires religieux de Homs de prendre la tête de l'un des comités de coordination dirigeants et d’inviter certains membres du clergé à rejoindre ces comités pour y jouer un rôle de conseil et d’orientation. Et c’est ce cheikh qui répondit au jeune homme à l’origine de cette proposition: «Mon fils, vous commettez une erreur si vous pensez que le rôle des cheikhs est de travailler dans la politique. En termes de légitimité, nous vous soutenons et pensons que vous êtes dans le Droit, mais nous ne pouvons pas diriger un tel mouvement, et il vaut mieux que vous vous adressiez à certains politiciens chevronnés et à quelques-unes des personnalités respectées pour vous conseiller».
En fin de compte, l'ensemble de l’assemblée a loué la position du cheikh et convenu de la nécessité de ne pas impliquer les cheikhs dans cette bataille. Il est intéressant de noter ici que, lorsqu’une partie de l’assemblée a blâmé l’initiative de ce jeune homme et de ses compagnons d'aller consulter le cheikh, celui-ci a répondu qu’ils n'avaient pas trouvé à Homs de politiciens vers lesquels se tourner et demander conseil, et donc l'idée leur été venue de frapper à la porte du cheikh.
Cette histoire, si elle prouve quelque chose, c’est bien que cette révolution est d'abord et avant tout une révolution nationale, populaire et fédératrice. Le fait que certains milieux sociaux qui y sont impliqués soient des milieux musulmans religieux qui pratiquent leurs rites loin de toute rigidité, extrémisme et exclusion de l’autre n’y change rien. La société syrienne a été au cours de sa longue histoire et restera un exemple de pluralisme, de coexistence et de tolérance mutuelle.
Cependant, je tiens à ajouter ici que, dans la Syrie nouvelle libérée de la tyrannie et bénéficiant des libertés et de l’Etat de Droit, il faudra que les islamistes bénéficient d’un espace et du droit d’expression, comme il faudra qu’il y ait un espace et un droit d’expression pour les libéraux, les nationalistes, les gauchistes et les communistes. Il faut que la vie politique de la nouvelle Syrie englobe tous ses enfants, sauf ceux qui ont du sang sur leurs mains et gagné de l’argent par des moyens illégitimes.


Entretien réalisé par Mohamad Ali al Atassi
(Traduction de Sham Al Mallah)
Article publié dans:
www.daralhayat.com