L'effet boomerang  | Angela Gissi
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Angela Gissi   
Entre juin 2000 et août 2001, profitant d'un climat de détente facilité par l’arrivée au pouvoir de Bachar, un groupe constitué d'écrivains, de poètes, d'intellectuels et d'artistes fit une brève irruption sur la scène politique syrienne.Se faisant porte parole d'une société civile syrienne muette, ce groupe introduit pour la première fois des thèmes comme les libertés publiques, les droits de l'homme, la corruption, la participation citoyenne, l'avenir des détenus et des exilés. Très vite se multiplièrent les forums, les discussions et les collectifs de réflexion.

En septembre 2000 quelques uns des plus influents hommes de lettres syriens, comme le poète Adonis et les écrivains Sadiq al-Azm et Abd al-Rahman Munif, signèrent « le manifeste des 99 » qui réclamait : l'abolition de l'état d'urgence et de la loi martiale imposée en 1963, l'amnistie générale pour tous les prisonniers politiques, le droit de retour pour les exilés politiques, la liberté d'expression et l’indépendance de la presse. Quelques intellectuels s'aventurèrent plus loin en exigeant des élections libres et la fin du monopole politique du Baas. Même les partis d'opposition s'activèrent davantage. Initialement le régime encouragea ces initiatives. Des centaines de prisonniers politiques furent relâchés, parmi lesquels de nombreux communistes et membres de l'organisation des Frères musulmans. Le régime ferma aussi les célèbres prisons de al-Mazza et de Palmyre, permit à d'autres partis du FNP d'imprimer et de vendre leurs journaux et accorda la licence de publier deux revues privées, al-Dumari et al-Iqtisadiyya. Mais ce vent de libéralisation ne dura pas. Le gouvernement commença à accuser les activistes d’introduire dans le pays un « mouvement néocolonialiste », et de perpétrer la crise économique. Il endurcit la censure (avec des peines pouvant aller jusqu'à trois ans de prisons et 25.000 dollars d’amende), il bannit les activités politiques jugées hostiles au pouvoir central, et fit arrêter de nombreuses figures de l'opposition. Des membres du parti Baas furent lâchés aux quatre coins du pays pour identifier les activistes qui auraient pu « endommager la stabilité et l'unité de la Syrie ». Comme au bon vieux temps d’Hafez, rencontres et rassemblements furent autorisés à la seule condition qu'une liste des participants et que le programme détaillé de la manifestation soient présentés préalablement aux autorités.

Quel futur?
L'effet boomerang  | Angela GissiAu cours de ces dernières années le climat d'oppression en Syrie et les tensions entre l'Etat et les citoyens se sont exacerbées jusqu'à atteindre la portée des évènements dont on est aujourd’hui témoin. Tandis que le nombre de victimes du massacre syrien augmente jour après jour et que les organisations pour les droits de l'homme font entendre leur voix, le gouvernement al-Assad ne se laisse effrayer ni par les rues ensanglantées ni par les menaces de sanctions occidentales. Ainsi, gère-t-il la crise en jouant la carte de la répression, suivant l'exemple de l'allié iranien qui écrasa violemment les manifestations populaires de 2009. C'est une lutte sans quartier où tous les coups sont permis, selon la formule “Ubi Maior minor cessat” (le faible capitule devant le fort). Dans son délire de toute-puissance Bachar tente le tout pour le tout sans pour autant parvenir à effacer l'encre rouge avec laquelle les martyrs de la révolte ont gravé les mots « Liberté et Démocratie » sur le sol syrien

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Najib Mahfuz
Le prix Nobel pour la littérature, Naguib Mahfouz, s'est distingué au cours de sa vie pour avoir décrit dans son œuvre, avec grande application, la situation socio-politique égyptienne, et pour nous avoir laissé une sagesse incommensurable. Au cours d'un discours publié dans le journal « Al Ahram » Mahfouz parle des perspectives politiques de son pays en idéalisant le futur par la métaphore du rêve : « Rêver n'est surement pas nuisible, et parfois il arrive que le rêve d'aujourd'hui devienne la réalité de demain ». Telle était la pensée de Mahfouz qui théorisait le désir d'un tournant démocratique pour l’Egypte, désir qui renferme en réalité le rêve de tous les opprimés, même des Syriens.
Les paroles de Mahfuz trouvent un terrain très fertile également en Syrie, où les citoyens sont persuadés que le sacrifice d'aujourd'hui est l'espoir de demain. Une seule question demeure : à quel prix la démocratie pourra-t-elle voir le jour?

Angela Gissi
Traduction de l'italien Matteo Mancini
(24/05/2011)



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