La perestroïka de Hafez al-Assad et les promesses de réformes de son fils | Angela Gissi
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Angela Gissi   
La perestroïka de Hafez al-Assad et les promesses de réformes de son fils | Angela Gissi
Hafez al-Assad / Michail Gorbaciov
Dans un discours public le père de l’actuel président syrien, Hafez al-Assad prononça les paroles suivantes: «Je désire que personne ne taise les erreurs (de l'administration publique), et je veux qu'aucun manque au devoir ne soit caché». Cette phrase parut pendant plusieurs semaines sur le quotidien syrien Tishrin, devenant ainsi la devise de la rubrique intitulée «Tishrin et les inquiétudes des citoyens», où le journal, dans un élan mystérieux de solidarité envers le peuple, invitait les lecteurs à signaler les difficultés administratives quotidiennes relatives au dysfonctionnement des services publiques, et les situations délicates de pénurie. Cette version syrienne moderne de l'homo civicus était un élément de plus instrumentalisé par Hafez comme la preuve du caractère démocratique de sa gestion.

Le même quotidien se risqua à faire un bizarre parallèle entre le coup d'état de Hafez en 1970 et le mouvement de reconstruction économique, promu par le leader soviétique Mikhail Gorbatchev. Dans le climat de guerre froide qui caractérisait les années 1980, une telle initiative rendit Gorbatchev extrêmement populaire (du moins en Europe et aux Etats-Unis) au point de lui permettre de remporter le prix Nobel pour la paix en 1990.

Très vite les termes russes de reconstruction (perestroïka) et de transparence (glasnost) furent compris par tous, dans le monde, au point que leur traduction devint inutile. Bien que Hafez al-Assad n'eut pas la même popularité que Gorbatchev, et qu'en dehors de la Syrie et du monde arabe rares étaient ceux qui comprenaient la signification de «mouvement correctif» (al-haraka al-tashihiyya, le nom officiel donné au coup d'état de Hafez) ; le journal Tishrin affirma tout de même que c’était Hafez qui avait entrepris la première perestroïka au monde. Et ce qui se passait en Europe de l'Est fut au-contraire présenté en Syrie comme une sorte de «mouvement correctif» du socialisme. Cet euphémisme, habituellement attribué au putsch d'Hafez, devait servir à calmer l’inquiétude croissante, aussi bien interne qu'externe, vis à vis de la manière dictatoriale et oppressive avec laquelle Hafez gouvernait le pays depuis quasi un quart de siècle.

Bachar al-Assad: promesses de réforme
A la mort de Hafez, l'ascension au pouvoir du technocrate Bachar fit naître une lueur d'espoir chez les Syriens qui, déjà dans les années 1990, avaient commencé leur lent réveil pour se libérer de cette léthargie de l'ignorance et de l’oppression à laquelle ils étaient soumis. Les Syriens animés par l'optimisme qui les caractérisent virent en Bachar un homme de dialogue, le pionnier de la libéralisation politique de leur pays. Ils se fièrent à l'intention, apparemment sincère, du jeune président, à ses âpres critiques du système désormais vétuste, à son engagement pour une transparence, et à son combat contre la corruption.

«Un objectif à la fois» telle était la devise qui inaugura l'ère Bachar dans le secteur économique. Secteur où ce-dernier attira d'importants investissements locaux et étrangers, en favorisant ainsi le l’entreprise privée au détriment de l'étatisme dominant de la gestion paternelle. Les télécommunications représentèrent le banc d'essai. Jusqu'à la mort d'Hafez, internet comptait à peine quelques milliers d'utilisateurs. Il fut introduit pour la première fois en 1988, disponible uniquement pour les institutions scientifiques, puis pour les universités et enfin pour les entreprises. A Damas il était possible de se connecter au serveur local créé par les syriens eux-mêmes, avec un système de proxy qui brouillait plusieurs sites. La plupart du temps, dès que l'on tentait d'accéder à sa boîte hotmail ou yahoo apparaissait sur l'écran une interdiction d'accès à ces sites. Il était toutefois possible de s'abonner à un serveur libanais, de se connecter à Beyrouth et d'accéder ainsi à tous les sites. A quelques mois de son élection Bachar déclara: «Le jour viendra où internet fera son entrée dans tous les foyers». Aujourd'hui internet est l'instrument de la révolte du peuple syrien, révolte commencée et réprimée dès sa naissance il y a environ 10 ans.

Angela Gissi
Traduction de l'italien Matteo Mancini
(24/05/2011)



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