Syrie, un point d’interrogation | Iris Nadolny, Damas, souk, Evgeny Morozov, Tal al Mallouhi, Bachar el-Assad, parti Baas, Tal al Mallouhi
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Iris Nadolny   
La «journée de la Rage», annoncée comme le début possible d’une révolution en Syrie, n’a pas rassemblé de manifestants. La Syrie semble donc ne pas prendre le chemin de la contestation qui agite actuellement plusieurs pays arabes dont la Libye, le Yemen et le Bahreï n. Quelles sont les raisons de cette inertie?
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Damas, souk

La situation syrienne
La condition des Syriens n’est pas fondamentalement différente de celles des Egyptiens et des Tunisiens. Environ 30% d'entre eux  vivent sous le seuil de pauvreté (1), et malgré la libéralisation de l’économie, qui devrait normalement faire décoller cette dernière, le fossé entre riches et pauvres devient de plus en plus profond. Enfin, pour ce qui est de la liberté de la presse, sur le classement mondial de 2010, la Syrie occupe le 173ème rang sur 178 pays recensés (2) ; c’est tout dire!

Un retour à l’article 38 de la constitution syrienne est également éclairant. Celui-ci subordonne la liberté d’expression à l’idéologie de l’État et de la société, c’est à dire à «ce qui garantit la conservation de la structure nationale et nationaliste et la consolidation du système socialiste» (3).

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Evgeny Morozov
Internet, moyen efficace pour initier une révolution?

Les sites Facebook qui avaient annoncé la «Journée de la Rage» n’avaient pas pu atteindre grand nombre de Syriens, vu que le social network comptait alors parmi les sites interdits par l’Etat. Pourtant, la page Facebook du Président Bachar el-Assad prouve que le régime s’en sert (4). Le chercheur et bloggeur Evgeny Morozov souligne que si une révolution organisée via des médias sociaux échoue, les conséquences pour les organisateurs sont en revanche plus graves, car ils peuvent facilement être repérés (5).

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Tal al Mallouhi
Dans de tels cas, la répression est terrible comme le prouve la condamnation à 7 ans de prison de la jeune bloggeuse Tal al Mallouhi, emprisonnée depuis deux ans déjà, pour avoir tout simplement écrit son envie de voir changer le paysage politique de son pays, sous le contrôle depuis 50 ans du parti Baas. Paradoxalement - mais s’agit-il vraiment d’un paradoxe après cette belle leçon de répression adressée à tous les bloggeurs potentiels? - le régime a desserré la censure d’un cran puisque l’accès à facebook est permis depuis une semaine.

Intimidations et arrestations
Mais revenons à ce mouvement avorté dans l’oeuf. Selon le New York time, les services secrets syriens étaient au courant des manifestations annoncées devant le Parlement. Les policiers et les forces de sécurité y étaient présents en grand nombre – au contraire des manifestants. Déjà en amont de "la journée de la rage", les actes d’intimidations avaient augmenté et des opposants avaient été arrêtés (6). Le système de surveillance et de répression a donc parfaitement fonctionné. Mais cela n’explique qu’en partie le calme syrien.

En effet, Bachar el-Assad peut compter sur un certain appui des Syriens. Tout d’abord, il jouit d’une relative estime auprès des minorités religieuses (courants chiites et confessions chrétiennes) qui pensent qu’il est le garant de la cohabitation pacifique entre les religions, considérée comme un modèle exemplaire au Moyen Orient. En outre, il a réussi à consolider un certain nationalisme en brandissant la cause palestinienne et en affirmant une position anti-israélienne et anti américaine,  généralement bien accueillie par l’opinion arabe.

La République syrienne semble faire donc preuve d'une stabilité qui la rend étanche au souffle révolutionnaire qui parcourt la région. Avec le Maroc, elle est considérée comme étant le dernier pays arabe susceptible d'assister à un renversement de pouvoir. Cela n’a pas empêché son président, dans une interview au Wall Street Journal (7), de qualifier les révolutions en Tunisie et en Égypte de "début d'une nouvelle ère". On se plairait à le voir inclure son propre pays dans cette nouvelle donne.

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(1) Rapport arabe sur le développement humain 2009 . Selon ce rapport, 41 % des Egyptiens vivent sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire vivent avec 2$ ou moins par jour.

(2) Reporters sans frontières: Classement mondial 2010. http://fr.rsf.org/press-freedom-index-2010,1034.htmldial

(3) Cité d’après le Rapport arabe sur le développement humain 2009 .

(4) ( http://www.facebook.com/pages/Dr-Bashar-Al-Assad-d-bshar-alasd/56730314485 )

(5) taz.de: Das Internet wird überschätzt. http://www.taz.de/1/leben/taz-medienkongress-2011/artikel/1/das-internet-wird-ueberschaetzt-1/

(6) Réseau euro-méditerranéen des Droits de l’Homme: SYRIE – Recrudescence des actes d'intimidation contre la société civile. http://www.euromedrights.org/fr/dernieres-nouvelles/emhrn-releases/communiques-du-remdh-2011/9119.html

(7) Wall Street Journal: Interview With Syrian President Bashar al-Assad. http://online.wsj.com/article/SB10001424052748703833204576114712441122894.html#articleTabs%3Darticle



Iris Nadolny
17/02/2011