L'Islam rénové d'al-Kawakibi (1854 - 1902) | babelmed
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  L'Islam rénové d'al-Kawakibi (1854 - 1902) | babelmed Abdullrahman al-Kawakibi est né à Alep dans une famille de lettres et de science. Après des études d'arabe, de turc, de persan et de théologie, al-Kawakibi commence sa vie publique à l'âge de 22 ans en publiant des journaux qui seront interdits les uns après les autres par les autorités ottomanes locales. Très vite, il s'occupe des problèmes des plus humbles et des opprimés en ouvrant un bureau d'accueil pour que ces derniers puissent transmettre leurs plaintes aux autorités. En écrivant dans les journaux, al-Kawakibi exprimait son mépris pour le despotisme sous toutes ses formes. Cette attitude lui vaut des sanctions destinées à le faire taire. Dès lors, il choisit en 1899 de s'exiler en Egypte où il rejoint le cercle des intellectuels syriens. Une activité intellectuelle précoce incite ce réformateur syrien à faire circuler sa pensée, en mettant l'accent sur deux thèmes principaux: l'Islam et le despotisme.
Son premier livre Taba' al-Istibdad (Les caractéristiques du despotisme) est une analyse du despotisme qui met l'accent sur le rôle du pouvoir absolu dans une société décadente. Le deuxième livre, Um al-Qura (La mère des villages) est une conférence imaginaire où se rencontrent des représentants de musulmans afin d'analyser la crise de leur religion, s’efforçant de trouver des solutions pour rendre celle-ci un moyen d'émancipation et non pas de répression et de décadence. L'Islam rénové d'al-Kawakibi (1854 - 1902) | babelmed al-Kawakibi observe: «certains sociologues occidentaux constate que la religion influence négativement l'émancipation individuelle et sociale (...) d'autres disent que religion et raison sont contradictoires (...)».
Pourtant, selon lui, ce raisonnement ne peut s’appliquer pour une religion «bâtie sur la raison» comme l’islam.
«Ce que je veux dire par islam, poursuit al-Kawakibi, ce n'est pas la religion actuellement vécue par la majorité des musulmans, mais celle du Coran. C’est à dire, une religion que chaque personne dotée d’une pensée libre est en mesure de comprendre sans subir l'influence de quiconque».
Ce faisant, il finit par réfuter le rôle des hommes religieux qui sont, selon lui, davantage des manipulateurs que des prêcheurs. Ainsi s’emploie-t-il à mettre l'accent sur le lien étroit qu’entretiennent les religieux et les pouvoirs politiques pour soumettre les croyants à leur autorité.
L'islam a besoin d'un mouvement de rénovation, ce qui oblige à réouvrir la porte de l'interprétation. Cette interprétation est nécessaire en s'appuyant sur le dialogue intellectuel qui doit se pratiquer au sein d'une institution, d'où l'importance du rôle joué par les institutions dans le développement de la société. L'Islam rénové d'al-Kawakibi (1854 - 1902) | babelmed L'intégrisme religieux est une des principales raisons de la décadence constatée par al-Kawakibi. Ce phénomène donne à l'islam un aspect violent et menaçant, qui va à l’encontre de tout message humaniste. al-Kawakibi lance un appel à la vigilance afin que l'islam et les musulmans soient capables de se défendre contre un obscurantisme qui les mènera au pire.
Cependant, étant influencé par les idées constitutionnelles et libérales, al-Kawakibi suggère l'instauration d'un Etat de droit fondé sur des institutions démocratiques. Par conséquent, la séparation entre la religion et l'Etat représente la bas même de sa pensée politique. Il en va de même pour la séparation entre les pouvoirs au sein de l'Etat. Ce sont là les conditions primordiales pour éviter le despotisme.
L'héritage d'al-Kawakibi est plus que jamais actuel. Le rejet de toute forme de pouvoir absolu n’est-il pas le meilleur moyen d’accéder à la démocratie, l’aspiration majeure des sociétés civiles? Salam Kawakibi
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