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Soudade Kaadan
Une de nos plus grandes lacunes: la formation cinématographique

Il est difficile pour nous Syriens de faire du cinéma alors qu’il n’y a, en Syrie, aucune formation, aucune école, aucun institut spécialisé. Certains techniciens sont compétents sur le plan technique, mais ils n’ont pas de formation artistique au départ, aussi, ils n’ont pas de vision globale artistique. Parfois, les réalisateurs ont une idée forte, mais leur langage visuel est faible. Le manque de formation technique et artistique pose problème, surtout par rapport à la capacité de réflexion sur le langage cinématographique.

Etre une femme-réalisatrice en Syrie…
Il n’est pas toujours facile d’être une femme dans les équipes syriennes. Les gens sont surpris lorsqu’ils me rencontrent, caméra au bras. Une fois pourtant, cela s’est avéré être un atout. Lorsque j’ai tourné dans la prison de mineurs pour faire mon film «Deux villes et une prison», avec l’ONG Movimondo, les gardiens m’ont laissé entrer avec la caméra…ils ont pensé qu’une femme avec une caméra, cela ne pouvait pas être bien sérieux : j’étais à leur yeux une petite amateure, forcément. Aussi, ils m’ont laissé tourner durant 3 mois en prison avec la caméra! (1)

Une esthétique syrienne? Méditerranéenne?
En étudiant le cinéma avec les libanais, je me suis rendue compte à quel point mon pays avait façonné et conditionné mon esthétique, à quel point j’avais pris l’habitude de dire les choses de façon détournée: nous sommes habitués à dire les choses sur un mode indirect… je me suis sentie souvent incapable de dire les choses directement, sans chercher à les dire à mi- mot. C’est là notre art-syrien de dire les choses…de faire du cinéma aussi…. Au Liban, les gens disent les choses sur un mode plus direct, sans détour. Il y a selon moi ici entre la Syrie et le Liban, une grande différence esthétique. Aussi, si la dissemblance entre deux pays voisins est déjà si importante…il me semble vraiment impossible de parler d’esthétique commune à tous les pays méditerranéens…

Mon spectateur est arabe, mon producteur est européen…mais je me refuse à tout compromis:

Il y a un certain nombre de réalisateurs de documentaires de création en Syrie, mais ils sont tous indépendants. La majorité des réalisateurs montrent leurs films à l’extérieur de la Syrie.
Ce qui est très difficile pour moi, réalisatrice syrienne de documentaires de création, c’est que mon spectateur est arabe, mais ne regarde pas de documentaire. Ceux qui regardent des documentaires sont des Européens. Pourtant, je ne veux pas tomber dans une vision européenne, mon objectif n’est pas de faire un film pour un festival européen. Je ne veux pas faire ce compromis. Je fais des films documentaires pour des spectateurs arabes…c’est ce qui est difficile. Le risque est grand pour nous, réalisateurs arabes, de tomber dans une vision européenne, étant donné que nous sommes souvent financés par des producteurs européens. Personnellement, j’essaie de rester libre, de dire les choses comme je les vois, avec mes yeux de syrienne.



Documentaires réalisés:
•2008, Deux villes et une prison , documentaire, 39 min. Production: Daylight-Damascus 2008
•2007, documentaire sur les jurons en dialecte libanais, 35 min, - Production: Université Saint Joseph, Beyrouth.
•En cours de réalisation: Looking for pink: rencontre avec 5 syriennes devenues célèbres, malgré la pression sociale…

(1) Finalement, le dernier jour du tournage, nous avons même obtenu l’autorisation officielle de tourner.
(14/04/2009)


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