Des réfugiés politiquement corrects?  | Florence Ollivry
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Florence Ollivry   
Vrais et faux problèmes posés par la présence des réfugiés iraquiens en Syrie:
Les réfugiés Iraquiens, s’ils n’ont pas le droit de travailler, bénéficient des infrastructures syriennes, et de ce fait, pèsent, en raison de leur très grand nombre, sur le budget de l’Etat et l’économie du pays (ICG 07/08) : coût en eau, gaz, électricité, services médicaux, scolarisation (note 1). La Syrie, qui est classée par le PNUD, 107e sur 177 pays, occupe l’un des rangs les moins favorables parmi les pays arabes méditerranéens. «En termes économiques, c’est une charge énorme que la Syrie doit supporter pour accueillir les réfugiés Iraquiens» (KAWAKIBI 07/08).
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L’une des conséquences manifestes de la présence Iraquienne en Syrie est une gigantesque inflation du prix des loyers : leur exil devenant durable, les réfugiés Iraquiens ont vendu leurs biens en Iraq, afin de pouvoir investir en Syrie. Ils ne peuvent obtenir des certificats de propriété mais «il existe une méthode approuvée par les pouvoirs publics syriens qui les autorise à acheter des biens immobiliers par le système de garantie des droits». Elle permet la possession d’un bien immobilier par un processus administratif qui ne dépasse pas l’enregistrement chez le notaire. En revanche, ils pourront revendre ce bien sans aucune restriction. Cette solution leur a permis d’investir sur le marché et de participer à la spéculation immobilière» (KAWAKIBI 07/08).
La population damascène, si elle se montre souvent très accueillante à l’égard des réfugiés Iraquiens, a aussi, très naturellement, tendance à propager certains rumeurs : les réfugiés Iraquiens seraient très fortunés et auraient contribué par leur richesse à l’augmentation du prix de la vie et seraient donc à l’origine de la crise économique que traverse le pays... . Pour Salam Kawakibi, la présence Iraquienne et son poids sur l’économie sont utilisés par le gouvernement comme un alibi commode permettant de masquer la défaillance d’une administration rouillée et le piétinement des réformes économiques entreprises par le gouvernement syrien (KAWAKIBI 07/08).
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Selon l’International Crisis Group, les officiels syriens redoutent également que la présence des iraquiens en Syrie devienne source d’instabilité pour la Syrie: ils redoutent la présence d’espions à la solde des Etats Unis, de militants jihadistes, ou de simples causeurs de troubles. Les officiels craignent aussi que les Iraquiens n’aient emporté avec eux des germes de querelles ethniques ou religieuses (ICG 07/08). Suite à l’attentat du 28 septembre dernier, perpétré à Damas près du quartier de Sayda Zaynab, faisant 17 morts et 14 blessés, certaines rumeurs, en Syrie, ont été propagées au sein de la population syrienne, accusant les Iraquiens d’avoir emporté avec eux leurs querelles ethniques et religieuses. Pour plusieurs observateurs, la politique syrienne d’ouverture de ses frontières aux réfugiés Iraquiens reflète un calcul politique : la présence des réfugiés serait utilisée par la Syrie comme un moyen pour dissuader les américains de déstabiliser son régime, d’attirer des fonds internationaux, d’approfondir son influence en Iraq, ou d’exposer les syriens aux lourds coûts du modèle Iraquien –ICG 07/08). Pour les intellectuels syriens et activistes pro-démocrates, l’échec des américains en Iraq, incarné par les réfugiés Iraquiens, a réduit significativement la marge de manœuvre et la résonnance politique des américains dans la région.

L’indifférence de la communauté internationale à l’égard des réfugiés iraquiens:
Si la plupart des réfugiés ont pu retrouver en Syrie une vie normale dans un environnement culturellement proche de celui qu’ils connaissaient en Iraq, et s’ils se déclarent unanimement bien accueillis par ce pays, force est de constater que l’accès au monde du travail leur étant légalement interdit, les perspectives de vie à long terme manquent cruellement. La Syrie est un sas, une gare, en attendant, que la situation s’améliore en Iraq, ce qui n’est toujours pas à l’ordre du jour, ou en espérant obtenir un visa pour un pays tiers.
Concernant la première option, le retour en Iraq, les candidats ne se bousculent pas à la frontière : Alors que le HCR, qui n’encourage aucunement les réfugiés à regagner l’Iraq, où la situation sécuritaire est encore trop dangereuse, a décidé en octobre 2008 de mettre en place une structure d’aide à ceux qui voudraient rentrer en Iraq, 400 personnes seulement ont fait appel à cette structure pour faciliter leur retour en Iraq (Int. LECLERC), soit 0,18% seulement des réfugiés enregistrés auprès du HCR.
En revanche, l’Organisation encourage les pays tiers à accueillir les iraquiens les plus vulnérables, mais malheureusement, trop peu de pays offrent des places pour la réinstallation : en 2007, sur 7852 personnes proposées par le HCR, seulement 833 ont obtenu leur réinstallation vers un pays tiers. En 2008, sur 10244 personnes proposées, 5736 personnes ont pu être réinstallées dans un autre pays (UNHCR 11/08). Le tableau suivant est éloquent….
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En août 2008, pour la première fois depuis le début du conflit Iraquien, la France a offert 500 visas à partager entre les Iraquiens installés en Jordanie, en Syrie, au Liban et en Egypte. Les Etats-Unis, en 2008 ont proposé 12 000 visas. En novembre 2008, les pays de l’Union Européenne se sont dits prêts à accueillir 10 000 réfugiés Iraquiens (APF 27/11/08). Des efforts bien frileux, qui traduisent une déresponsabilisation de la communauté internationale dans la crise Iraquienne, comme en témoigne le titre du rapport de l’I.C.G. : A Failed responsability … Une situation préoccupante, comme le souligne Amnesty International : «La passivité de la communauté internationale empêche de plus en plus les personnes qui fuient l'Iraq d'avoir accès à une protection en dehors de leur pays.» (Amn. Int.).


Note 1: 49132 enfants Iraquiens scolarisés dans les écoles syriennes, d’après le ministère de l’éducation, pour l’année scolaire 2007/2008. Source UNHCR-Syria, Octobe 2008

Sources et abréviations:
•ICG 07/08 : Rapport de Juillet 2008 de l’International Crisis Group, Failed Responsability : Iraqi Refugees in Syria, Jordan and Lebanon, texte complet : http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?id=5563&l=2
•(int. LECLERC) : Interview de Philippe LECLERC, Directeur adjoint de l’UNHCR-Syrie, le 27/ 11/2008 à Damas.
•KAWAKIBI 07/08= Salam KAWAKIBI, «La migration irrégulière en Syrie: Le cas des réfugiés Iraquiens», juillet 2008, projet CARIM, U.E., texte complet : http://cadmus.eui.eu/dspace/handle/1814/10111
•Amn. Int. : Amnesty International La crise des réfugiés irakiens : le discours et la réalité http://www.amnesty.org/fr/library/asset

Florence Ollivry
(25/02/2009)


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