En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence Ollivry
En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas Imprimer
Florence Ollivry   
En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence OllivryLe 6 août 2008, dans l’avion de Damas à Amman, ma voisine de vol arrivait de Bagdad. C’était une Iraquienne d’environ 60 ans, au visage emprunt de douceur, d’intelligence et de dignité. Elle portait un léger voile mauve, qui laissait voir quelques mèches de cheveux. Elle venait de passer deux jours en transit à l’aéroport de Damas, n’avait guère dormi. Elle s’apprêtait à gagner Moscou pour y retrouver sa fille. Elle commença à me parler de la vie à Bagdad : il a fallu peu de mots pour que viennent les larmes : l’évocation de tel voisin assassiné, de tel cousin enlevé, la fatigue des explosions quotidiennes… Elle racontait en pleurant doucement. Je l’écoutais, incapable à mon tour, de retenir mes larmes. Dans cet avion de Damas à Amman, le 6 août 2008, cette femme m’a sommée d’écrire sur l’Iraq, de dire aux européens ce qu’endure son peuple. Iltifât, après 6 mois de vie passés auprès des réfugiés Iraquiens de Damas, je t’obéis. Je te dédie cette série de cinq articles sur tes frères déportés par la violence d’une guerre qui dure déjà depuis 5 ans.

A Damas, je n’ai pas eu besoin de chercher les Iraquiens pour les rencontrer. Ils vivent ici, mêlés à la population syrienne, dans différents quartiers de la ville. Ma démarche n’a pas été de «traquer» des cas extraordinaires de souffrance afin de donner à mon article une dimension tragique : chacun d’entre eux est un cas extraordinaire de souffrance.

«MAHATAT DIMASCHQ» : EN ATTENDANT L’AVENIR…. PARLONS DU PASSÉ.
Les réfugiés parlent de Damas en disant «Mahatat Dimaschq», «Gare de Damas». Pour beaucoup de réfugiés, Damas est un sas vers autre chose, un lieu de transit, d’immobilité, d’attente. Un lieu de réparation, de convalescence du corps et de l’âme, un lieu de parole.
Ce dont ils témoignent tout d’abord, c’est d’une valse quotidienne avec la mort. A Bagdad, elle les a frôlés de si près, que la décision de quitter le pays, loin d’être un acte de lâcheté, traduisait un élan vers la vie. Rester, c’était du suicide.

La main de Nour
Nour, jeune femme Iraquienne, de confession chrétienne, âgée de 32 ans, informaticienne et interprète, originaire de Bagdad.

La ligne de vie de Nour, est, comme sa main, sabrée de cicatrices. Une main en lambeaux, qu’un chirurgien a recousue à la hâte, grossièrement.
Nour a perdu son père durant la guerre Iraq-Iran. Sous Saddam Hussein, sa mère, professeur dans le public, devait se contenter d’un salaire d’1 dollar par mois. Lorsqu’elle touchait sa paye, elle allait acheter une boîte d’œufs, et c’est tout. Nour se révolte «N’est-il pas criminel, celui qui rémunère ses fonctionnaires 1 dollar par mois?!». Quand les américains sont venus, Nour a saisi l’opportunité de postes à l’intérieur de la zone verte pour toucher un salaire convenable en faisant des traductions. Les américains paient bien. Chaque jour, se rendre au travail était une épreuve de courage. Elle croisait souvent le matin sur sa route, des carcasses de voitures calcinées. Le soir, lorsqu’elle parvenait à gagner sa maison saine et sauve, elle rendait grâce à Dieu: «Hamdûllah, je suis vivante ! aujourd’hui encore, vivante!» Pour beaucoup de miliciens en Iraq, travailler avec les américains est un acte de trahison, un crime qui mérite d’être puni de mort. Menaces nombreuses, angoissantes. Un matin, alors qu’elle se rendait au travail en voiture avec 4 amis… BOUM ! Alors qu’elle s’approchait de la zone verte, une voiture a explosé à 10 mètres de la sienne. La voiture dans laquelle elle se trouvait a fait un vol plané. Trois des passagers sont morts sur le coup, un 4e est devenu sourd. Nour est vivante, sa main déchiquetée, sa jambe aussi et son menton. Lorsqu’elle parvient à se dégager de la carcasse de sa voiture, elle parvient aussi à faire sortir l’amie qui était à côté d’elle…Parvenue hors du véhicule, elle s’aperçoit que son amie est déjà morte. 67 autres personnes ont péri dans cet attentat. 150 personnes ont été blessées. Toutes les victimes sont Iraquiennes. Un automobiliste propose à Nour de l’emmener à l’hôpital avec son amie, la seule autre survivante. Nour refuse son aide. Malgré sa détresse, elle préfère se débrouiller seule, elle n’accordera pas sa confiance à cet inconnu : elle a peur que cet homme soit un terroriste, qu’il la prenne en otage pour demander une rançon à sa famille…Les enlèvements sont tellement fréquents à Bagdad…Après ce traumatisme, il a fallu à Nour retourner au travail, tous les matins, pendant deux ans, jusqu’à réunir assez d’argent pour pouvoir quitter le pays, avec sa famille. «Saddam était un criminel dit-elle. Un homme abominable. Mais survivre n’était pas impossible. Aujourd’hui, vivre à Bagdad, c’est comme marcher à tâtons sur un champ de mines. La vie est devenue impossible.»

Les toiles d’Amer:
Amer est artiste-peintre, il a un peu plus de la trentaine, il est de confession musulmane Chiite et originaire de Bagdad.

Amer Bader est artiste-peintre de métier. A Bagdad, il a été menacé par des hommes vêtus de noir et cagoulés, alors qu’il faisait le portrait d’un soldat américain. Ces portraits sont pour de nombreux peintres un simple gagne pain. Il faut bien vivre en temps de guerre. Menaces. Un jour, trois de ses amis peintres, portraitistes de soldats américains, ont été victimes d’un attentat à la voiture piégée. Son tour ne tarderait pas à venir. Ce fut le déclic. Suite à la perte de ces trois amis, Amer décida de quitter le pays. Il laissa ses toiles à Bagdad. Il ne sait s’il les retrouvera un jour.

Les photos de Maha:
Maha, jeune fille chrétienne de Bagdad âgée de 32 ans, enseignante et informaticienne.

Un dimanche, Maha était à l’église avec ses amis. Quelqu’un l’appelle sur son cellulaire, pour une urgence, lui demandant de rentrer chez elle. Elle quitte l’église pendant l’office. Soudain, derrière elle, une forte détonation. BOUM ! L’église vient d’être la cible d’un attentat à la voiture piégée. L’église est dévorée par les flammes, tous les fidèles venus assister à l’office dominical seront engloutis. Trois des plus proches amis de Maha viennent de périr. Inconsolable. A chacune de nos rencontres, dès que nous évoquons l’Iraq, Maha pleure. De caractère généreux et dotée d’une grande force de pardon, la colère de Maha rejaillit pourtant encore souvent, comme un volcan qui se réveille brusquement, comme s’il venait de faire un cauchemar. Les yeux pleins de larmes grises, amères, elle me somme de regarder sa collection de photos d’églises explosées, calcinées.

Elle scande hors d’elle, la liste des églises détruites par des attentats à la voiture piégée:

Eglise des deux apôtres Pierre et Paul, chaldéenne catholique, Bagdad, Ad-dora.
Eglise de St-Georges, assyrienne, Bagdad, Ad-dora.
Eglise de Notre Dame du secours, syrienne catholique, Bagdad, Karrada.
Cathédrale Notre dame des fleurs, arménienne catholique, Bagdad, Karrada.
Eglise St Paul, chaldéenne catholique, Mossoul
Evêché chaldéen catholique, Mossoul.
Eglise byzantine-catholique, Bagdad, Karrada.
Eglise St Jacob, chaldéenne catholique, Bagdad, Assia.
Eglise St Joseph, chaldéenne catholique, Bagdad, quartier de l’Université.
Eglise St Mari, chaldéenne catholique, Bagdad, Bounouq
Eglise St Jean Baptiste, chaldéenne catholique, Bagdad, Ad-dora
Eglise St Paul, chaldéenne catholique, Bagdad, Zafarania
Eglise St Pierre et St Paul, Syrienne orthodoxe, Bagdad, près de l'université technique
Eglise Asseptine, Bagdad, «explosée plusieurs fois».
Ambassade du Vatican à Bagdad.

En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence Ollivry

Maha précise que certaines églises ont été victimes de plusieurs attentats successifs. Car parfois la croix restait perchée au sommet du clocher. Acharnement perfectionniste contre les infidèles, les «Kafir». La croix n’a plus lieu d’être en Iraq. Les terroristes choisissent volontairement d’opérer durant l’office, d’où un nombre important de morts et de blessés pour chacun des attentats d’églises citées ci-dessus. Il arrive aussi que les miliciens tirent sur la foule à la sortie de la messe, à la kalachnikov.
Maha n’a plus un seul ami vivant à Bagdad. L’Iraq qu’elle aimait, est enterré, calciné, égorgé.

En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence Ollivry

L’enlèvement d’Abouna Hanni:
Abouna Hanni, prêtre chaldéen, la trentaine, originaire de Bagada.

Abouna Hanni m’apprend que durant l’été 2008, la loi qui permettait aux chrétiens d’élire des députés représentant leur communauté a été abrogée en Iraq. Il ajoute que les chrétiens ne sont soutenus financièrement ou militairement par aucune milice, par aucun pays extérieur. Ils n’ont aucun moyen de se défendre, d’où leur exil massif. En Iraq, les chrétiens vivent cachés, célèbrent en secret les sacrements de mariage, les baptêmes, les fêtes de Noël et de Pâques. Enlèvements, viols, assassinats. Surtout à Bagdad, à Mossoul et à Bassora. Un jour, devant son église, il trouve des cadavres de fidèles, que quelqu’un a eu le mauvais goût de déposer là, pendant la nuit.
Le père Hanni, comme nombre de ses confrères, a été enlevé, par des hommes cagoulés. Deux semaines durant, ils l’ont torturé. Ils ont attaché ses poignets à une poutre, l’ont fouetté, lui ont brisé le dos, cassé le nez, ils ont tué un homme devant lui. Ses bourreaux lui ont donné trois choix : se convertir à l’Islam, mourir ou payer une rançon astronomique.
Quelqu’un a payé.

Maha a tenu les comptes, elle dressé la liste des prêtres qui, autour d’elle, ont été enlevés et torturés, libérés contre rançon, conversion, ou assassinés, pour trois d’entre eux:

En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence OllivryPère Saad Sirob, chaldéen, enlevé le 15 août 2006 à Bagdad.
Père Bassel Selim, enlevé le 26 juillet 2006 à Bagdad.
Père Raad Wachan, enlevé le 17 juillet 2006, à Bagdad
Père Bassel Ialdo, enlevé le 16 juillet 2006, à Bagdad chaldéen
Père Boulos Iskandar, enlevé le 11 octobre 2006, à Mossoul, égorgé
Père Doglos Al Bazi, enlevé le 19 novembre 2006 à Bagdad, chaldéen
Père Munzer al-Daber, enlevé le 26 novembre 2006, tué par une balle dans la tête.
Père Sami Abdelahad, enlevé le 4 décembre 2006, à Bagdad, chaldéen
Père Jibrayl Chamami, enlevé le 2 avril 2007, à Bagdad chaldéen
Père Nozet Botros, enlevé le 19 mars 2007, à Bagdad, Chaldéen
Père Raghit Kanni, chaldéen catholique, enlevé le 3 juin 2007 à Mossoul, assassiné.
Père Hanni Abdelahad, enlevé le 6 juin 2007, Bagdad chaldéen (Interviewé plus haut).

En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence Ollivry
Père Boulos Iskandar enlevé, torturé, puis égorgé

En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence Ollivry
Père Raghit Kanni torturé, puis assassiné


Yahyah, bloqué dans un no man’s land, au camp de Tanf:
Yahyah, né de parents palestiniens réfugiés à Bagdad après 1948, sunnite, 54 ans.

Pour des raisons politiques, les palestiniens ne peuvent obtenir de visa dans aucun des pays arabes voisins de l’Iraq. La Syrie y compris. Ces réfugiés sont bloqués aux portes du pays, dans le désert. Cependant, nous avons pu rencontrer l’un d’eux à Damas, autorisé pour dix jours à quitter le camp de Al-Tanf, situé à la frontière syro-Iraqienne, pour se rendre à l’hôpital «Palestine» dans le quartier de Yarmuk à Damas.
Palestinien, comptable, père de 6 enfants et grand père de 5 petits enfants, Yahyah a fait le choix, il y a un an, de quitter Bagdad pour venir «survivre» au camp de Tanf. Il raconte que depuis mai 2006, plus de 600 palestiniens ont été assassinés à Bagdad. Pour lui, rester à Bagdad, en tant que Palestinien, c’est du suicide. Depuis mai 2006, plus de 2700 personnes ont fait le choix de venir se cloîtrer dans l’un des 3 «Camps du désert», en parfaite connaissance de cause : ils savent très bien qu’ils y vivront sous la tente, connaîtront des manques d’eau et de nourriture, des conditions climatiques épouvantables en été comme en hiver, qu’ils ne pourront jamais être admis en Syrie. Et pourtant, ils ont préféré l’enfer de ce camp du désert à l’enfer de Bagdad. C’est dire les menaces qui pèsent sur la communauté palestinienne à Bagdad.

Ali, l’intrépide
Ali: ophtalmologue, la trentaine, chiite.

Ali était chirurgien ophtalmologue au CHU de Bagdad «Al Kazmiyé» de 2003 à août 2008.
Selon lui, la situation en Iraq, depuis l’arrivée des américains, est tout de même meilleure que du temps de Saddam Hussein. Et pourtant, à l’hôpital, il est bien placé pour connaître l’horreur de la guerre que traverse son pays. Il en a vu des hommes, des femmes et des enfants à recoudre, des rescapés d’attentats et d’enlèvements. De plus, il n’est nullement protégé par son statut de médecin, au contraire. Souvent issus de familles aisées, les médecins sont fréquemment enlevés par les miliciens, qui les supposent de familles aisées : ils sont la promesse d’importantes rançons. Les menaces de mort, Ali lui aussi connaît.
Ali est venu à Damas suivre une formation de 6 mois aux nouvelles technologies laser, avec le projet de repartir à Bagdad, pour soigner, sauver des vies, reconstruire son pays. Ali n’a pas peur, car il ne pense qu’à son travail, qu’à ses patients. Il préfère être utile à Bagdad et menacé, que d’être à l’abri à Damas, mais sans permis de travail.
Ali est, parmi tous les réfugiés rencontrés, le seul qui dise vouloir retourner à Bagdad. Pas encore dégoûté à jamais de l’Iraq, encore capable d’espérer dans les ressources de son pays, Ali est, parmi tous les réfugiés que nous avons rencontrés, le seul capable d’espérer encore dans l’avenir de son pays.

L’Adieu à Bagdad

Nour, Maha, Abouna Hanni, Amer Bader et Yahyah ont fait une croix sur leur passé Iraquien, une croix sur leur pays. L’Iraq pour eux est désormais un «trou noir sur la carte du monde». L’Iraq n’existe plus. Même lorsque le pays aura retrouvé un semblant de paix, ils ne veulent pas y retourner, ils n’ont plus rien à faire là-bas. Leurs amis sont morts, ou réfugiés aux quatre coins du monde, leurs maisons et les biens de leurs familles ont été occupées, le pays qu’ils aimaient a brûlé, ils sont déçus et dégoûtés de tout, ils ont été trahis pas leurs voisins, par les autorités, ne font plus confiance à personne, ne veulent plus être des marionnettes errantes dans une jungle sans loi. Qu’ils soient chrétiens, chiites ou sunnites, ces cinq là ont perdu la foi en leur pays. L’Iraq, ils le vomissent, le renient, en parlent avec dégoût. Ces cinq là se sont juré de ne plus jamais revenir à Bagdad.

Bagdad-Damas, aller-simple:
Lorsque Nour et sa famille ont pu réunir suffisamment d’argent pour quitter l’Irak, ils ont acheté leurs vols «Bagdad-Damas» à prix d’or. «Nous n’avons plus que des premières places», a assuré la compagnie aérienne. La famille de Nour, écœurée, a payé une fortune pour pouvoir quitter Bagdad. A bord de l’avion surbooké, les passagers n’ayant pas de sièges sont nombreux dans les couloirs…. «Dans l’avion, c’était vraiment le bazar, se rappelle Nour, du «n’importe quoi.» Aucune règle de sécurité n’est respectée…même quitter Bagdad en première classe est dangereux. Atterrissage à Damas. La vie sauve. Hamdullah !

Amer, le peintre, a d’abord gagné la Jordanie. Mais il ne s’y sentait pas accepté. Il avait le sentiment que la population était très méfiante à l’égard des Iraquiens, qu’elle les voyait comme de potentiels terroristes. Il a donc décidé de gagner la Syrie. Il s’y plaît. Hamdullah !

La famille de Maha a acheté des billets d’avion pour fuir vers le Kurdistan d’Iraq, au nord du pays. De là, ils gagneront la Syrie par voie de terre. Le départ est prévu pour jeudi. La veille du départ, mercredi soir, pas de chance : des miliciens enlèvent le frère de Maha. Nuit de torture. A coups de décharges électriques, des hommes cagoulés exigent de lui qu’il leur livre sa sœur. Avec beaucoup de sang froid, il ment, leur fait croire que Maha est réfugiée à Damas, qu’il lui faudra au moins deux jours pour qu’elle arrive jusqu’à Bagdad. Il obtient ainsi un délai de deux jours et promet qu’il reviendra avec sa sœur le vendredi. Il le jure. La vie sauve. Hamdullah ! Le jeudi, billets d’avion en main, Maha, son frère et leurs parents prennent secrètement la fuite vers le Kurdistan d’Iraq. De là, ils gagnent Mossoul, puis la frontière syrienne. La vie sauve. Hamdullah !

Abouna Hanni, après ses deux semaines de détention et de torture, n’ayant reçu aucune aide et aucun soin de l’église chaldéenne d’Iraq, a décidé de quitter définitivement son pays, avec son frère, son père et sa mère. A la suite de ses blessures, il ne peut marcher. Son frère le porte pour l’aider à se hisser jusqu’à bord de l’appareil qui l’emmène à Damas. La vie sauve. Hamdullah !

Yahyah, le palestinien de Bagdad, savait bien en prenant la route de la Syrie, qu’il serait refoulé à la frontière et qu’il vivrait dans l’un des deux camps du désert : Al Walid, côté Iraquien, ou Al-Tanf, dans le no man’s land entre la Syrie et l’Iraq. Il a atteint le camp d’Al-Tanf. Son voyage a lui s’est arrêté là, en plein désert. Un jour, un avenir sera possible, Inch’allah.

Leur vie à Damas:

En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence OllivryNour, est fatiguée de devoir à 32 ans, tout recommencer à zéro dans sa vie. Arrivée en Syrie en décembre 2006, elle vit avec les femmes de sa famille et son frère à Jaramana. Elle travaille au noir dans une entreprise buco-dentaire et touche un micro-salaire qui lui permet de couvrir ses frais de portable et d’internet. Elle attend son visa pour l’Australie.
Le bonheur de Nour à Damas: marcher dans la rue, pouvoir porter des jupes, pouvoir porter sa croix, être une femme libre dans les rues de Damas, sans avoir à redouter un attentat à la voiture piégée.

En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence OllivryAmer, peintre Iraquien, réfugié à Damas en juillet 2007, peint les couleurs de l’Iraq dans son atelier de Qudsiyé. En 2007, il a participé à l’exposition organisée par l’UNHCR réunissant une vingtaine de peintres Iraquiens réfugiés à Damas.






En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence OllivryMaha habite à Jaramana, une banlieue de Damas. Elle est arrivée en Syrie en août 2007, travaille pour l’église chaldéenne de Syrie et se consacre à l’accueil de ses compatriotes iraquiens.
Sa colère contre ceux qui ont assassiné ses amis à Bagdad est longue à passer. Trop de bleus à l’âme, trop de nœuds à défaire. Un jour elle espère que ses blessures guériront et qu’elle aura la force de pardonner.

En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence OllivryAbouna Hanni, réfugié en Syrie depuis août 2007, se dit extrêmement bien accueilli en Syrie, par l’UNHCR, le gouvernement, la population civile et l’église chaldéenne de Syrie. Cette dernière lui a procuré de bons soins à la suite de ses blessures, à son arrivée à Damas. Il vit maintenant à Sednaya, au nord de Damas, avec son frère et ses parents. Il descend deux fois par semaine à la capitale, reçoit les réfugiés Iraquiens, répond aux demandes des familles les plus pauvres. Il compte d’établir en Syrie pour longtemps. Un an après son enlèvement, il souffre encore dans son corps. Mais la plus grande souffrance est dans son cœur.
En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence OllivryYahyah vit depuis un an au camp de Tanf, situé dans le désert, entre l’Iraq et la Syrie, depuis novembre 2007. Il est responsable de la coordination entre les réfugiés d’une part et les ONG, l’Unicef et l’UNHCR d’autre part. Les conditions de vie au camp sont à la limite du supportable : manque de chauffage, de vêtements chauds, de nourriture, inondations..le seul salut : l’attente d’un visa, vers ailleurs….


En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence OllivryAli, chirurgien ophtalmologue, suit une formation de 6 mois dans un hôpital de Damas et se prépare à retourner soigner ses patients à Bagdad.
réfugié de Bagdad à Qudsiyé, bourgade située à 10 min de Damas. Il a gagné la Syrie en août 2008.








En suivant six lignes de vie de Bagdad à Damas | Florence Ollivry
Lignes de vie syriennes et Iraquiennes ayant lié amitié à Damas




N.B.: Les prénoms des deux jeunes femmes dont il question dans cet article ont été changés à leur demande. Les autres prénoms, masculins, ont été laissés tels quels, à la demande de ces réfugiés.
Florence Ollivry
(25/02/2009)

mots-clés: