Moi, Hanna Ben Salem Hanna Mena… | babelmed
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Moi, Hanna Ben Salem Hanna Mena, fils de Mériam Mikaël Zakour, né à Lattaquié en 1924 fait par la présente mon testament, alors que je suis en pleine possession de mes facultés mentales, moi qui ai vécu si longtemps que je crains de ne jamais mourir.
Je me suis rassasié de la vie, bien que je sois convaincu que « tout a son terme » .
J’ai vécu très heureux car je fus promis aux peines dès que j’ai ouvert les yeux sur le monde.
Au cœur de ma peine, je me suis battu contre les peines et j’ai vaincu. Ce fut une grâce divine, une récompense du Ciel et j’en suis reconnaissant.
Lorsque je rendrai mon dernier souffle, je souhaiterais – et j’insiste là-dessus, que la nouvelle de ma mort ne soit diffusée par aucun média ni presse, ni radio, ni télévision parce que j’ai mené une vie humble et je voudrais qu’il en fût ainsi pour ma mort et parce que je n’ai pas de parents. De mon vivant, les miens, tous, n’ont pas su qui j’étais et c’est tant mieux. Il n’est donc pas juste qu’ils aient à me découvrir et à me regretter après mon départ.
On sait que de mon vivant, je n’ai fait que m’acquitter de mon devoir envers mon pays et envers mon peuple. J’ai consacré chacun de mes mots à un seul objectif : prendre le parti des pauvres, des misérables et des damnés de la terre. Après m’être battu physiquement pour cet objectif, j’ai commencé à écrire à l’âge de quarante ans vouant ma plume à ce même but que je poursuis aujourd’hui encore.
Je n’ai ni reproche ni blâme à faire. Je n’y recourrai que par nécessité. Toute ma vie, je n’ai compté que sur moi-même et non sur la chance. J’ai pu applaudir d’une seule main . Je lui dois reconnaissance car la grâce est tributaire de la gratitude.
Pardon vous tous, parents, amis, camarades et lecteurs si je vous demande que mon cercueil soit transporté de chez moi jusqu’au corbillard sur les épaules de quatre personnes payées par le service funèbre et que, une fois inhumé dans le premier tombeau disponible que chacun revienne chez lui : la fête sera alors finie et l’histoire close.
Je ne veux ni tristesse, ni larmes, ni vêtements noirs, ni condoléances sous toute forme que ce soit ni chez moi ni ailleurs. Puis, j’insiste là-dessus, pas de cérémonie d’éloge funèbre car ce qu’on pourrait dire après ma mort, je l’ai déjà entendu. Ces éloges funèbres, tels qu’ils se font, sont repoussants, répugnants et me seraient nuisibles. De grâce, préservez-en mes ossements.
Tout ce que je possède à Damas et à Lattaquié reviendra à ceux qui prétendent être les miens. Libre à eux d’en distribuer une part aux pauvres, ceux-là dont je fis partie et qui furent une partie de moi et avec qui j’eus la relation la plus grande, la plus précieuse et la plus généreuse.
Il revient à ma chère femme, Mériam Domyan Samaan – que je recommande à tous ceux qui prieront pour le repos de mon âme – le droit, si elle peut le faire prévaloir, de disposer de tout mon héritage. Je lui lègue ma maison de Lattaquié. Tout ce qui s’y trouve lui revient de droit et ne peut être vendu qu’après son départ vers le néant dont nous sommes sortis et auquel nous revenons.

(06/09/2008)

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