Grève de la faim en solidarité avec al-Wa’er assiégé | Ebticar, Grève, Homs, Abu Faisal
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Omar Youssef Souleimane   

Depuis lors, quasiment aucune denrée alimentaire n’a pu être introduite dans le quartier al-Wa’er, où vit une population estimée à 75 000 à 100 000 civils, dont la plupart avaient été déplacés depuis la vieille ville de Homs. Leurs lieux d’habitations avaient déjà été détruits lors des batailles des années précédentes et durant le siège de deux ans. Les militants ont, en réaction à cette situation, lancé une campagne en soutien à al-Wa’er.

Cette campagne a été initiée par une grève de la faim (« la grève de la dignité »), annoncée le 10 mai par treize militants des plateaux du Nord d’Homs.

Selon Abu Faisal, porte-parole de l’assemblée civile de Homs, joint par téléphone par SyriaUntold, les militants d’al-Wa’er ont tenu à exprimer leur solidarité avec les femmes et les enfants. Abu Faisal a fait part de son inquiétude quant à la situation dans le quartier : «  les tirs en provenance du côté ouest, près de l’école militaire, ont repris. Nous sommes à court de lait et de conserves. Nous assistons à des scènes d’évanouissement en pleine rue de civils qui errent à la recherche du moindre morceau de pain ».

Le militant Abu Yaseen, originaire de Homs, a fait savoir à SyriaUntold que la grève de la faim avait atteint son dixième jour sans aucune réaction de la part des Nations Unies, et alors que les factions de l’opposition n’ont pas tenté de lever l’état de siège : « les militants espèrent que l’aide humanitaire sera autorisée dès que possible, sans manœuvre de la part régime comme cela a eu lieu le 18 mai, lorsque le régime a laissé les civils atteindre une boulangerie du voisinage, avant d’ouvrir le feu sur la foule une fois massée au même endroit », rapporte Abu Yaseen.

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Outre la grève de la faim, les militants ont lancé deux hashtags (saveWaer et waeristarvingtodeath) sur twitter et facebook, dans l’espoir que cela presse les institutions internationales à agir sans plus attendre. Les collectifs de Homs ont invité l’ensemble des Syriens à disséminer autant que possible ces deux hashtags.

Selon le comité des habitants d’al-Wa’er, la violation de la trêve est due au non-respect par le régime de ses engagements envers les détenus. L’accord de trêve portait en effet notamment sur la libération par le régime de 7365 détenus, après transmission par le comité de négociation du quartier d’une liste de noms, ainsi que la date et le lieu de leur arrestation.

En retour, l’opposition n’a pas respecté son engagement à retirer les rebelles armés d’al-Wa’er. Selon le comité de négociation, le nombre de rebelles qui ont quitté le quartier en décembre 2015, lors de la première phase de l’accord, n’excédait pas 270 combattants, dont la plupart étaient soit blessés soit appartenant à l’Etat islamique ou encore opposés aux termes de l’accord. Ils ne représenteraient pas plus de 8% des combattants à l’intérieur du secteur.

Il s’en est suivi que le régime et ses alliés ont pu justifier le siège par la persistance de factions armées. D’après des medias russes, des snipers de l’opposition ont aussi visé, le 10 mai, des civils dans les villages alentours.

Selon des militants locaux, aucun précédent de siège, dont le plus terrible fut celui de Madaya, dans le gouvernorat de Rif Dimashq, n’a été aussi douloureux que ce qui se joue actuellement à al-Wa’er. AMadaya, 28 000 civils ont été assiégés durant six mois (Juillet 2015-January 2016), et après rupture de stock des denrées alimentaires, le nombre de morts pour cause de famine est monté à trois cas chaque jour. Parmi les 100 000 assiégés d’Al-Wa’er, il y a une forte proportion d’enfants : 6000 d’entre eux ont moins de cinq ans.

Grève de la faim en solidarité avec al-Wa’er assiégé | Ebticar, Grève, Homs, Abu FaisalSi le siège perdure, ne serait-ce qu’un mois encore, cette situation débouchera sur une catastrophe sans précédent. La mort d’un nourrisson de sept mois, Mais Al’Issa, le 14 mai, de malnutrition et à cause de la pénurie de médicaments, en est un signe annonciateur. Son décès a été annoncé par plusieurs médias d’opposition.

De fait, depuis le gel de l’accord, le régime interdit la livraison de médicaments, de carburant et de mazout. Des médecins locaux ont reporté des cas de malformation fœtale dus à la consommation de médicaments périmés lors de la grossesse, ou encore à la pénurie de médicaments, notamment d’antibiotiques. Environ 300 cas de déshydratation et d’anémie ont été reportés parmi les enfants souffrant de malnutrition.

La pénurie de cardiologues et neurologues aggrave encore la situation. Le régime aurait en effet interdit l’accès aux équipes et aux matériels médicaux nécessaires au traitement des cancers, des pathologies rénales, et des pathologies chroniques telles que l’hypertension, le diabète, et les maladies cardiaques. Le nombre de malades nécessitant des soins constant est actuellement estimé à 1500 personnes.

 


 

Omar Youssef Souleimane

Traduit de l’arabe par Hélène François

Article publié dans le site SyriaUntold et repris par Babelmed dans le cadre du programme Ebticar.