Syrie : la révolution encore et toujours | révolution syrienne, Douma, Edelb, Saraqeb, Jourjanar, Maaret Al Noman, Kafer Nobel, Jebel Al Zaouyé, Ariha, Homs, Salah AL Hamdani et Isabelle Lagny
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Omar Youssef Souleimane   

Syrie : la révolution encore et toujours | révolution syrienne, Douma, Edelb, Saraqeb, Jourjanar, Maaret Al Noman, Kafer Nobel, Jebel Al Zaouyé, Ariha, Homs, Salah AL Hamdani et Isabelle LagnyAujourd'hui, les villes syriennes sont à nouveau le théâtre de manifestations pacifiques. Mêmes slogans, mêmes revendications. Le peuple voulait et veut toujours la chute du régime. Ce slogan magnifique vibre dans le ciel de la Syrie depuis le début de la trêve, le 29 février 2016, et remplace le bruit des avions qui tournoyaient avant de lancer les barils de mort.

Personne ne connait l'avenir de cette trève. Nous ne somme sûrs que d'une seule chose : la révolution continue. Des millions de Syriens, dans le pays et à l'extérieur, reviennent à l'essentiel. Ils font un pari : le refus du système dictatorial va l'emporter et un long et difficile processus de reconstruction de la société s'ensuivra.

Au début de la révolution nous croyions dur comme fer que le régime allait tomber rapidement. Après chaque manifestation, nous nous demandions quand Bachar allait partir. Le dictateur a survécu mais la révolution aussi. Elle a tiré les leçons de son incapacité à créer un rassemblement national face au régime et aux islamistes. Elle a même gagné en conscience et en détermination. La guerre et les ingérences extérieures, aussi douloureuses qu'elles aient été, ne sont pas parvenues à l'écraser. Bien au contraire elles n'ont fait que la renforcer.

Pendant la guerre, chaque ville insurgée a eu ses spécificités. Ainsi, à Douma, les miliants ont fait preuve de sagesse et patience ; à Daraya, leur stratégie a consisté à préserver le plus possible la société civile. Alep, souffre depuis deux ans du fait de Daech et du régime. Kafr Nabl, Dmeir et Madaya, chacune de ses villes a fait l'expérience de la guerre et de la mort. Elles ont connu la dévastation, la faim et l'exil.

Aujourd'hui, elles s'illustrent par les slogans et les manifestations. Lors du vendredi de la révolution continue, les manifestants sont sortis dans les rues, lançant les slogans du début de la révolution, empruntant les mêmes parcours, comme si les années de destruction n'avaient été qu'un songe.

Il est évident que ces manifestations ne sont pas improvisées. Bien au contraire, elles sont organisées par les comités de coordinations de la révolution syrienne. Cela ne nuit pas à la révolution mais la renforce. Elle est désormais planifée, organisée, coordonnée et unifiée. Des rassemblements ont eu lieu dans 104 localités reparties à travers tout le pays. Le message le plus important que les manifestants ont voulu faire passer, a été leur refus catégorique de toute partition du pays. Ils brandissaient des banderoles affirmant l'unité de la Syrie et le drapeau de l'indépendance, noir blanc vert et ses trois étoiles rouges, à Douma, à Edelb, à Saraqeb, Jourjanar, à Maaret Al Noman, à Kafer Nobel, à Jebel Al Zaouyé, à Ariha, à Homs..... Si nous comparons ces manifestations avec celles qui ont eu lieu il y a seulement un mois, nous constatons de grandes différences dans les slogans et le nombre de participants. Jusqu'à aujourd'hui, nous autres journalistes, nous nous réjouissions lorsqu'une seule manifestation avait lieu. Aujourd'hui, nous assistons, stupéfaits, à cette mobilisation semblable à une braise, couvée sous la cendre de la guerre.

Dans les jours qui viennent le destin de la Syrie va se dessiner. Si la trève prend fin, les combats reprendront avec plus de férocité. Si elle se poursuit, la mobilisation populaire se développera, non seulement pour faire tomber le régime mais également pour combattre tous ceux qui ont bafoué un peuple qui ne revendiquait que la dignité.

Ces jours-ci, nous célébrons le cinquième anniversaire de la révolution, la révolution de mars, le printemps syrien. Non pas parce que nous sommes optimistes ou pleins d'espoir, mais parce que nous avons choisi un chemin, celui de la liberté. Nous n'en avons pas d'autre.

 


Omar Youssef Souleimane

Traduitde l’Arabe par Lionel Donnadieu

Dès que le soir se blesse

Aux syriens

Je ne sais plus s’il nous reste un récit au cœur des miroirs

ou encore un enfant oublié

L’encre est blanche dans nos artères

Ce que nous croyons connaître, nous l’ignorons

et dès que nous saignons, naît de nous un écho anonyme

Il se mêle à l’odeur de la nuit de mars

entre la poudre à canon et les larmes

Quand je grandirai, je serai une étoile

Ainsi parle la trace de la balle laissée dans la chair

Il ne vous servira à rien d’ouvrir mes brouillons

et de veiller tard en compagnie des nuages

jusqu’à mon retour

Qu’un seul exilé appelle ses frères

et le soir se blesse

 

Omar Youssef Souleimane

(Poéme traduit de l’arabe Syrie par Salah AL Hamdani et Isabelle Lagny)