Syrie: peut-on encore protéger le patrimoine de la culture mondiale ? | patrimoine culturel Syrien, UNESCO, Alep, Grande Mosquée Omeyyade, Sarab Atassi, Hammams
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Hanan Kassab Hassan   

Syrie: peut-on encore protéger le patrimoine de la culture mondiale ? | patrimoine culturel Syrien, UNESCO, Alep, Grande Mosquée Omeyyade, Sarab Atassi, Hammams

Depuis l'éclatement du conflit en Syrie, l'UNESCO n'a pas cessé d'agir pour protéger le patrimoine culturel Syrien. Plusieurs appels et projets ont été lancés, et plusieurs ateliers de formation et de sensibilisation ont été organisés pour rassembler et diffuser les informations sur le pillage et trafic illicite[1]. De même, l'UNESCO avait organisé, du 26 au 28 mai 2014, avec un financement de l'UE et le soutien du Gouvernement flamand une réunion internationale intitulée «Ralliement de la communauté internationale pour sauvegarder le patrimoine culturel syrien»[2]. Cette réunion a eu lieu en séance privée au siège de l'UNESCO à Paris, en présence de plus de 120 experts de 22 pays[3] venus à titre personnel, au vu de leur expertise dans la protection du patrimoine.

Parmi les décisions prises, la création à Beyrouth d'un Observatoire qui rendrait compte de l'état du patrimoine culturel syrien, et collecterait les informations nécessaires pour le restaurer, une fois le conflit terminé. Il sera doté d'une plateforme en ligne permettant aux décideurs de partager l'information sur les structures endommagées, les objets pillés et tout péril menaçant ce patrimoine.

La Syrie et l'Irak: la Conférence de l'UNESCO appelle à la création de zones culturelles protégées.  

Plus catégorique, la Directrice générale de l'UNESCO a appelé à la création de ''zones de protection culturelle'' autour des principaux sites du pays, à commencer par la Grande Mosquée Omeyyade d'Alep. Elle a tenu ces propos lors de l'ouverture de la Conférence Internationale sur les menaces qui pèsent sur le patrimoine culturel syrien. Cette rencontre a eu lieu au siège de l'UNESCO, le 5 décembre 2014, en présence de plus de 500 décideurs politiques, conservateurs de musées, académiciens et experts.

Parmi les mesures demandées, la nécessité de lutter contre le trafic illicite des biens culturels décrit par la DG de l'UNESCO comme ''une stratégie de nettoyage culturel extrêmement réfléchie et d'une rare violence'', et l'application de la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé de 1954 et ses protocoles additionnels. L'objectif est de mettre fin à l'impunité des attaques délibérées contre le patrimoine culturel, reconnues comme un crime de guerre en vertu du Statut de Rome de la Cour pénale Internationale.

On mentionne à cet égard que plusieurs sites historiques syriens ont été mis sur la liste du patrimoine en péril afin de mobiliser tous les soutiens possibles, et d’assurer leur sauvegarde.

Dans la même orientation, l'ICOM (Conseil International des Musées) a publié la Liste Rouge d'urgence des biens culturels syriens en péril dans le but d'aider les professionnels du patrimoine et les forces de l'ordre à identifier les objets syriens qui sont protégés par la législation nationale et internationale.

Plusieurs organisations internationales ont pris aussi des mesures concrètes pour lutter contre ces pratiques[4].

Mais les dommages causés par la guerre ne se limitent pas aux sites et aux bâtiments. Sarab Atassi, secrétaire scientifique de l'Institut Français du Proche Orient à Damas a exprimé sa préoccupation concernant le Fonds et les archives de l'IFPO ainsi que les résultats des travaux de recherche et de documentation menés pendant de longues années par ses équipes. Elle cite en exemple ''l'activité de prospection et d’étude de la ville historique de Damas donnant lieu à un système élaboré de consignation des données fondé sur le cadastre des années 30, et sur une prospection du terrain. Des centaines de documents, des milliers de photographies, ont été regroupés et rangés en vue d’en faire un catalogue informatisé à mettre en ligne. Cet effort ne se limite pas à la ville intra-muros, mais aussi aux faubourgs historiques extra-murosdatant des époques Ayyoubide, Mamlouke, et plus récemment de l’époque du Mandat.

Ce travail assidu n'est qu'une partie de la recherche menée par l'IFPO depuis des années. Mais qu'est-ce qu'il faudrait faire pour protéger et poursuivre ce travail? Sarab Atassi a expliqué que la publication scientifique des sites menacés est devenue une obligation de première nécessité, ainsi que la constitution d'une base de données géo-référencées du patrimoine archéologique syrien selon les directives de l'UNESCO. Il est difficile actuellement d’avancer les recherches entamées car les personnes sont dispersées et les documents de travail difficiles d’accès. Mais avec un peu d’organisation diligentée, il serait possible de récupérer et de mettre en valeur l'ensemble de cette documentation. Lors de deux visites récentes à Damas, Sarab Atassi a pu sauvegarder les dossiers informatiques concernant son travail dans l'Atelier du Vieux Damas, y compris une recherche qu'elle a menée avec une équipe sur les Hammams traditionnels[5]. Le tout (plans, cartes, relevés, couverture photographique, documentaires) a été déposé à l’IFPO de Beyrouth.

Ce témoignage de Sarab Atassi n'est qu'un aspect des risques qui menacent un travail de longues années de recherche et de documentation. Mais c'est aussi un exemple éloquent de la volonté des individus et des institutions de continuer malgré tout; dans l'espoir de sauver l'histoire de ce pays, berceau des civilisations.

 


 

Hanan Kassab Hassan

12/04/2015

Contenu produit en collaboration avec Med Culture



  1. En plus d'une page sur le site de l'UNESCO pour diffuser et renouveler les informations sur le trafic illicite des biens culturels syriens et pour promouvoir une coopération régionale à ce sujet, 2 workshops régionaux ont été organisés sur le même thème par le bureau de l' UNESCO à Amman (10-13 février 2013 et 3-5 Décembre 2013).On mentionne aussi le lancement d'un projet de 3 ans à partir de mars 2014 intitulé EU-UNESCO: Emergency Safeguarding of the Syrian Heritage project avec un financement de l'EU et en collaboration avec ICOMOS et ICROM et d'autres partenaires stratégiques.
  2. Cette réunion fait partie d'un projet de 2,5 millions d’euros de l'Union européenne, intitulé « Sauvegarde d'urgence du patrimoine culturel syrien", que le Bureau de l'UNESCO à Beyrouth met en œuvre depuis le mois de mars de l'année 2014
  3. Parmi ces experts des spécialistes du patrimoine culturel de la Syrie et de la diaspora syrienne, des archéologues, des représentants des ONG syriennes et des partenaires institutionnels de l'UNESCO, ainsi que des professeurs d’universités du Moyen-Orient et d’ailleurs. Des représentants des grandes maisons de ventes aux enchères internationales ont également participé à la réunion.
  4. Une liste des initiatives prises par 38 instances internationales avec une conclusion remarquable est publiée par Silvia Perini  et Emma Cunliffe dans Towards a protection of the Syrian cultural heritage:  A summary of the international responses (Mars 2011 - Mars 2014). L'ouvrage est publié en association avec Heritage for Peace, Catalogne, Espagne. contact@Heritageforpeace.org Silvia Perini: s.perini@sms.ed.ac.uk.
  5. C'est une recherche transversale sur les bains publics de Damas dans le cadre d'un projetde l’UE en coopération avec OIKODROM, Institut de Vienne pour la Durabilité Urbaine, et poursuivi dans le cadre du programme Hammamed//Euromed Heritage IV  ( 2008-2011). Une documentation riche a été recueillie et partiellement diffusée à travers de nombreuses activités participatives, expositions, documentaires et publications.