«Est-ce si difficile de comprendre?» | Mohamad Al Roumi, Albert Camus, Souria Houria (Syrie Liberté)
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Mohamad Al Roumi*   

«Est-ce si difficile de comprendre?» | Mohamad Al Roumi, Albert Camus, Souria Houria (Syrie Liberté)

 

J’entends de plus en plus de responsables politiques, y compris à gauche, qui prétendent ne plus rien comprendre à la situation syrienne, restant ainsi les bras croisés devant les massacres qui continuent et s’amplifient depuis plus de deux ans.

Je peux admettre cette attitude de la part de tout un chacun mais quand il s’agit de personnes qui forment l’opinion, comme les politiques ou spécialistes de politique internationale, cela devient inadmissible. « Laisser aller les choses, voilà la catastrophe », disait Albert Camus.

Ce qui se déroule en Syrie n’est pas une catastrophe qui descend du ciel. Pour des partis, ne pas faire l’effort de comprendre ce qui se passe, ne pas agir, c’est laisser écraser les valeurs fondamentales universelles héritées des Lumières.

Est-ce si difficile de comprendre ce qui se produit quand on voit un peuple nu se faire écraser par puissante machine de guerre pour la seule raison qu’il réclame sa liberté et sa dignité ?

Est-ce si difficile de comprendre que, profitant de l’impuissance de ce peuple, toutes sortes de délinquants, djihadistes, salafistes ou autre réussissent à s’infiltrer pour tenter de dévoyer l’aspiration à la liberté?

Que faut-il de plus que ces images qui nous arrivent par milliers par Internet et ces nombreuses enquêtes de journalistes qui ont osé entrer dans le pays pour rapporter des témoignages et montrer la destructions des villes et les massacres désormais revendiqués par le régime lui-même pour éclairer les partis politiques?

J’entends des dirigeants de gauche prendre position contre une intervention militaire sous-entendant qu’il s’agirait d’un complot impérialiste. Ils oublient que personne ne souhaite ni ne demande cette intervention, et ils passent sous silence le fait que trois forces étrangères – la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais – sont sur le terrain, certains depuis le début de la révolution, avec des armes, des conseillers et des soldats dont le nombre grossit de jour en jour.

Est-il très difficile de comprendre que des manifestants pacifiques ne peuvent pas se défendre quand ils reçoivent sur leur tête un baril de TNT jeté d’un avion?

Est-il difficile de comprendre qu’un Scud lancé à 300 km de distance ne peut pas épargner les civils?

Certains politiques éclairés nous demandent d’aller négocier avec le régime pour montrer notre bonne volonté et arrêter ce bain de sang. Cela me rappelle le cessez-le-feu exigé des Palestiniens qui se battent avec des pierres contre les Israéliens qui utilisent chars d’assaut et mitraillettes. Cela me rappelle aussi les accords de Munich en 1939 qui livrèrent la Tchécoslovaquie à Hitler.

Certains nous reprochent de ne pas réussir à construire une opposition unie. Mais y a-t-il un seul exemple dans l’histoire où l’opposition se soit trouvée unie sur une plateforme de gouvernement commune? Si la Syrie avait réalisé cette union, il s’agirait d’une première mondiale. La volonté commune à toute l’opposition de mettre fin au régime ne suffit-elle pas?

Je pose la question: avez-vous entendu ce peuple, dont un tiers de sa population est délogée ou en exil, qui continue de crier «Dégage»?

 


 

*Mohamad Al Roumi

est président de Souria Houria (Syrie Liberté),

association de soutien à la révolution du peuple syrien (France)