La propagande de Bachar Al Assad et les souks d’Alep | Nathalie Galesne, les souks d’Alep, Ibn Jubayr
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Nathalie Galesne   

« La ville jouit d’un site grandiose, d’un plan merveilleux et d’une beauté rare, s’émerveille au XIII ème siècle le voyageur arabo-andalous Ibn Jubayr. Elle a de vastes et grands marchés qui se touchent, les uns les autres, sur toute la longueur ; ils sont réservés, chacun, à un corps de métier : on sort de l’un pour entrer dans l’autre en épuisant tous les métiers citadins. Tous les marchés sont recouverts de bois, aussi les chalands jouissent-ils d’une ombre épaisse. Ces marchés retiennent le regard par leur beauté et arrêtent l’homme pressé tant il est émerveillé

//Les souks d’AlepLes souks d’Alep

Aujourd’hui un des plus beaux et plus anciens souks du monde est en proie aux flammes. Depuis plusieurs jours le feu dévore ses échoppes et leurs boiseries antiques, engloutit étoffes, denrée, parfums…

« Les boutiques du marché couvert d’Alep brûlent et des tireurs isolés empêchent quiconque d’éteindre l’incendie » livrait un habitant d’Alep à RFI, il y a deux jours, tandis que plusieurs agences de presse rapportaient que l’armée régulière empêcherait tout accès au dédale de ruelles qui composent les 10 km du souk aleppin. Déjà la moitié des 1550 commerces aurait été réduite en cendre.

Le feu s’est engouffré dans les boyaux du souk avec la même intensité destructrice que la propagande du régime de Bachar Al Assad qui accuse immanquablement les forces « terroristes » de l’ALS de cette nouvelle tragédie.

Cette propagande a fini par nous atteindre. Ulcérée au début du conflit par les premières victimes de la répression sanguinaire qui s’est abattue sur la société civile syrienne, l’opinion européenne n’a pas tardée à être gagnée par une lassitude soporifique devant ses souffrances. Cette anesthésie a laissé le champ libre au négationnisme de Bachar Al Assad sourd et aveugle aux aspirations démocratiques de son peuple. Avec le temps, l’irréductible doxa nous pousse toujours plus à mettre sur le même plan le gouvernement syrien et les forces de résistance qui s’y opposent, tandis que la conviction que Bachar Al Assad est encore au pouvoir parce que la majorité des Syriens le soutiendrait a commencé à se frayer un chemin dans les esprits.

C’est pourtant clair, toute campagne idéologique repose sur une falsification de la réalité, la répétition en boucle de messages erronés, et une lourde chappe d'amnésie. Pour autant peut-on oublier la chronologie de cet an et demi de conflit, les foules d'hommes et de femmes qui envahissaient pacifiquement il y a quelques mois encore les places syriennes au péril de leurs vies, les hôpitaux transformés en salles de torture, les enfants mutilés, les exécutions sommaires…Ces villes et villages martyrs, pilonnés nuit et jour par l’armée syrienne, ces populations civiles emmurées dans ce qui leur restent d’habitations? N’est-pas ce que connaît Alep depuis plus de deux mois?

Et alors qu’une des plus belles œuvres architecturales classées au patrimoine de l’humanité risque d’être anéantie, alors que le quotidien de ceux qui y vivaient est désormais ravagé, les mots d’ Ibn Jubayr, écrits il y a un peu plus de 7 siècles, résonnent comme un espoir : « Alep…Ville surprenante qui dure, dont les maîtres ont passé, ils ont péri, mais elle n’est pas prête de disparaître… ».

 

 


 

Nathalie Galesne

02/10/2012